Pardonner au meurtrier de leur fille… ou accepter de l'argent

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Jean-Sébastien Soldaïni avec Noémi Marois , modifié à
JUSTICE - Des Américains doivent eux-mêmes choisir la peine à infliger au meurtrier de leur fille, jugé au Qatar. 

C'est ce qu'on appelle un dilemme. Une famille américaine doit choisir d'ici dimanche la peine à infliger au meurtrier de sa fille. En 2012, Jennifer Brown avait été poignardée à mort dans son appartement de fonction, au Qatar, deux mois seulement après son installation dans le pays où elle enseignait dans une école anglophone. Un garde de sécurité de l'immeuble, originaire du Kenya, avait été arrêté et avait reconnu le crime. Le 25 janvier, la justice qatari avait invoqué la charia pour laisser aux parents la liberté de choisir la peine.

Pardonner ou faire exécuter. La famille peut d'abord pardonner mais pas à l'assassin, plutôt au Qatar. Le prévenu irait, dans ce cas, en prison. 

Mais les parents peuvent aussi privilégier la peine de mort. Toujours en vigueur dans le pays, elle est cependant peu utilisée. La dernière fois qu'une personne a été exécuté au Qatar remonte à 12 ans.

Le prix du sang. La dernière option s'appelle la diyat, autrement dit le prix du sang. L'assassin présumé doit alors verser une somme d'argent à la famille, en dédommagement de la mort de sa victime. 

C'est le tribunal qui se charge, dans ce cas, de fixer la somme à payer à l'aide de critères bien précis. "Tout est fixé par la loi, les critères sont basés sur la demande de dédommagement de la famille en premier lieu et puis sur la statut social de la victime ainsi que la situation financière de la famille", explique à Europe 1 Salman Mahmoud, avocat à Doha. "Il y a d'autres critères pris en compte comme les circonstances de la mort par exemple", ajoute-t-il. En combinant tous ces éléments, "le juge détermine la somme à verser". 

50.000 euros. La somme en argent est difficile à établir puisque la diyat est une loi ancienne qui fixe le dédommagement en nombre de chameaux. Mais la somme moyenne généralement acceptée par les familles vivant à l'étranger ou par celles ne pouvant se payer un avocat au Qatar est de 50.000 euros. 

Sur la chaîne de télévision américaine CBS, les sœurs de la victime ont déclaré en février qu'elles privilégiaient la prison à vie pour punir le meurtrier. "Nous ne voulons pas être comme lui, nous connaissons la valeur de la vie", avaient-elles expliqué.

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