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Alexandra Jaegy, avec AFP , modifié à
L'avocat pénaliste Hervé Temime, célèbre pour avoir défendu notamment Bernard Tapie, Roman Polanski ou encore Gérard Depardieu, est mort ce lundi à l'âge de 65 ans. Hervé Temime s'est orienté dans le droit pénal général et droit pénal des affaires, faisant partie de cette génération d'avocats spécialisés dans la défense des cols blancs.

Le ténor du barreau de Paris Hervé Temime, avocat de Bernard Tapie, Gérard Depardieu ou de la banque UBS, est décédé à l'âge de 65 ans, a annoncé sa famille lundi. "La famille de Me Hervé Temime a l'immense tristesse de vous annoncer son décès ce lundi", a-t-elle indiqué dans un communiqué transmis à l'AFP. "Le barreau est orphelin. Hervé Temime vient de nous quitter. Il était un immense avocat", a tweeté le garde des Sceaux et ancien avocat Éric Dupond-Moretti. "Il a marqué toute une génération par son intelligence, son humanité et son talent", a poursuivi le ministre de la Justice. "Je pense affectueusement à sa famille et ses proches".

La défense des cols blancs

L'avocat, né en 1957 à Alger (Algérie) et arrivé en France à l'âge de quatre ans, a commencé sa carrière en 1979. Hervé Temime s'est orienté dans le droit pénal général et droit pénal des affaires, faisant partie de cette génération d'avocats spécialisés dans la défense des cols blancs, avec l'essor des dossiers politico-financiers dans les années 1980-1990. La banque UBS, les laboratoires Servier, l'acteur Gérard Depardieu, le réalisateur Roman Polanski, la famille d'Agnès Le Roux au procès de Maurice Agnelet figurent parmi ses principaux clients. Il avait rejoint l'année dernière la défense en France du magnat déchu de l'automobile Carlos Ghosn et avait plaidé en début d'année pour Me Xavier Nogueras dans une affaire de faux au profit du narcotrafiquant Robert Dawes.

Comme beaucoup de ses confrères, sa vocation est née pour "sauver des têtes", à l'époque où on coupait encore celles des condamnés, avait-il expliqué en novembre 2020 à l'AFP. Quelques jours avant le procès en première instance des écoutes téléphoniques où comparaissaient l'avocat Me Thierry Herzog, son client et ami, et l'ancien chef de l'État Nicolas Sarkozy. Depuis plus de quarante ans, il défendait âprement le secret, "qui n'est pas un privilège pour un avocat mais une obligation". L'avocat aux épaisses lunettes avait fondé l'association des avocats pénalistes en 1991 et a siégé au conseil de l'ordre du barreau de Paris entre 1999 et 2002, selon le site internet de son cabinet situé rue de Rivoli, à deux pas du Louvre.

La profession lui rend hommage

Après la triste nouvelle, toute la profession lui rend hommage ce lundi soir. Comme Maître Pierre-Olivier Sur, avocat pénaliste lui aussi, qui évoque son confrère et ami. "C'est une grande tristesse pour tout le barreau. Hervé Temime était le meilleur d'entre nous, un formidable plaideur", souligne-t-il. L'avocat, décédé à l'âge de 65 ans, avait commencé par la défense de voyous avant de faire le point de bascule vers le pénal des affaires. "Il avait réussi à persuader les premiers cols blancs politiques, poursuivis au pénal, que les procédures qu'on allait leur faire étaient réservées aux voyous et qu'il fallait aussi avoir défendu des délinquants pour défendre des cols blancs", admet Pierre-Olivier Sur au micro d'Europe 1.

Son confrère n'a pas oublié de souligner son engagement au barreau. "Il me disait que son rêve était de devenir champion du monde des avocats. C'est chose faite et je salue cette mémoire et cette réussite. Il va nous manquer. Et puis c'est aussi un immense sens de l'humour. C'est ce que je retiens aussi pour essayer de regarder vers la lumière et de sortir de mon chagrin", affirme l'avocat, ému par la triste nouvelle.

"J'aime défendre"

En octobre 2020, il était au micro d'Isabelle Morizet sur Europe 1. Invité de l'émission Il n'y a pas qu'une vie dans la vie pour son livre "Secret défense", il résumait en quelques phrases ce qu'était pour lui un bon avocat. "Les qualités sont d'abord des qualités de caractère liées à sa personnalité. On ne se sent pas arrêter d'être avocat quand on quitte son bureau ou la salle d'audience. Moi, c'est quelque chose qui me colle à la peau. C'est une chance folle d'avoir choisi un métier par vocation, sans savoir ce qu'il pouvait représenter. J'aime défendre", avouait-il au micro d'Europe 1.