Jean Germain, l'ex-maire de Tours, s'est suicidé

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avec Guillaume Biet et AFP , modifié à
INFO E1 - L'ancien maire PS de Tours devait comparaître mardi au premier jour du procès dit des "mariages chinois". Son corps sans vie a été retrouvé près de son domicile, accompagné d'une lettre d'adieu.

L'ex-maire PS de Tours, Jean Germain, a été retrouvé mort mardi près de son domicile, selon les informations recueillies par Europe 1. Le procureur de la République de Tours, Jean-Luc Beck, a annoncé à BFMTV qu'il avait été retrouvé "dans son garage", avant de préciser : "Il s'est suicidé avec un fusil de chasse, un coup a manifestement été tiré par lui-même". L'ancien maire ne s'était pas présenté mardi matin à l'ouverture du procès dit des "mariages chinois". "Il était très très mal ce matin. Il a disparu en laissant une lettre d'adieu", avait déclaré Me Tricaud, son avocat, lors de l'appel des prévenus. Dans cette affaire, le sénateur âgé de 67 ans, était poursuivi pour "complicité de prise illégale d'intérêts et détournement de fonds publics".

La lettre de Jean Germain : "leur conscience les poursuivra". Après une suspension d'audience, mardi matin, après que le tribunal a constaté l'absence de Jean Germain, Me Tricaud, ému, a lu à la presse le contenu de cette lettre signée de son client. "Je vais vous lire la lettre que Jean Germain a laissée dans son véhicule", a débuté l'avocat avant de citer les mots de Jean Germain :  

"Des indications me laissent penser que, alors que les faits n'ont pas eu lieu, le ministère public va requérir à mon encontre pour des raisons plutôt politiques. C'est insupportable. Autant, je peux reconnaître des erreurs, des manques de discernement. Autant, il m'est impossible d'accepter sans broncher cette forfaiture, rendue possible par les mensonges de Madame Han et de Monsieur Lemarchand. Leur conscience les poursuivra.

Je sais le mal que je vais faire, la peine que je vais diffuser à ceux qui m'aiment. Mais on ne peut laisser la chasse systématique aux politiques se dérouler normalement quotidiennement. Il est des êtres, j'en suis sûr, pour lesquels l'injustice et le déshonneur sont insupportables. Soyez sûrs que je n'ai jamais détourné un centime, que je ne me suis pas enrichi, que j'ai toujours œuvré pour ce que je pensais être le bonheur des Tourangeaux. Je laisse ce courrier à mes proches qui, je l'espère, pourront comme ça comprendre". 

>> Ecoutez la lecture de cette lettre par Me Tricaud, captée par le quotidien régional La Nouvelle République :

"C'est un martyr de la République", dénonce son avocat. "Jean Germain est mort, c'est un martyr de la République. Dans cette affaire, il a été jeté aux chiens et comme il l'a écrit dans la lettre qu'il a laissée, leur conscience les poursuivra", a déploré Me Tricaud après l'annonce de la découverte du corps. Jean Germain "était cité devant ce tribunal sur un tissu de ragots, sur un tissu de rumeurs, de méchancetés gratuites qui avaient pour objectif un plan concerté de parvenir à sa mise à mort politique ", a-t-il poursuivi. "Sachez que des hommes se battent pour la France, se battent pour la République, se battent pour la Touraine et qu'il y a un moment où, à défaut de toute reconnaissance, à défaut de tout remerciement, les faire comparaître sur le banc d'infamie est quelque chose qui ne peut être accepté", a-t-il martelé. "La presse, le parquet, vous êtes aujourd'hui les responsables de la mort de Jean Germain", a conclu le conseil.

Des "noces romantiques en Touraine"...Cette affaire tire son origine dans l'organisation entre 2007 et 2011 de "Noces romantiques en Touraine", pour une clientèle chinoise. Celles-ci comprenaient des visites de châteaux de la Loire, ainsi que de la ville de Tours, avec un vrai-faux mariage prononcé par le maire qui, ceint de son écharpe tricolore posait sur la photo immortalisant l’évènement. Des dizaines de couples chinois sont ainsi venus chercher, sur les bords de la Loire, une touche d'exotisme à la française.

Mais des irrégularités, soulignées par le Canard Enchaîné en 2011, ont été soulevées. Une information judiciaire avait alors été ouverte et quatre personnes mises en examen.

…au doux parfum d'escroquerie.  Au cœur de l'affaire, figure une ancienne collaboratrice de Jean Germain, Lise Han. Originaire de Taïwan, spécialiste de la Chine, cette femme de 50 ans avait été recrutée en 2008 au cabinet du maire. Rémunérée 3.500 euros par mois, elle avait pour mission de s'occuper des relations avec la Chine et dirigeait un bureau appelé "France Chine". Or, l'organisation des mariages chinois était pilotée exclusivement, grâce à la mairie, par la société "Lotus Bleu" dont elle a été précédemment la gérante. A sa prise de fonction au sein du cabinet du maire, Lise Han avait officiellement démissionné de ses fonctions dirigeantes pour laisser les rênes de la société à son mari.

Problème : la justice la soupçonne d'avoir toujours continué à en exercer la gérance dans l'ombre. Lise Han a été mise en examen le 25 janvier 2013 pour "escroquerie", "prise illégale d'intérêt", et "recel de fonds publics". Son ex-mari et son époux actuel ont quant à eux été mis en examen pour "complicité d'abus de biens sociaux".

Que reprochait-on à l'ancien maire ? Jean-Germain ignorait-il ce conflit d’intérêt présumé ? Ou, au contraire, pouvait-il l'avoir laissé perdurer en connaissance de cause ? En mai 2013, la justice avait demandé la levée de l'immunité parlementaire du sénateur-maire mais le Sénat l'avait refusé. Les magistrats avaient  tout de même décidé d'engager des poursuites contre l'élu qui avait ainsi été mis en examen en octobre 2013 pour "complicité de prise illégale d'intérêts et détournement de fonds publics".

Peu après l'annonce de sa mort mardi, le Premier ministre Manuel Valls, se disant "bouleversé", a salué "un élu extraordinaire", qui a "changé en profondeur sa ville". "Je pense d'abord à lui, à sa famille, à ses proches, aux habitants de Tours qui, je crois, l'aimaient et lui avaient fait confiance car ils savaient quel était le bilan de sa ville", a-t-il poursuivi, avant de confier "perdre un ami". Le président de la République, François Hollande, s'est lui aussi exprimé peu après : "C'est un drame terrible qu'un homme puisse se supprimer parce qu'il ne veut pas que son honneur soit atteint", a-t-il déclaré, soulignant "un grand élu vient de disparaître dans des conditions qui sont particulièrement cruelles".

Devant le palais de justice, un bouquet de roses rouges a été déposé. Quant à la ville de Tours, elle a fait mettre en berne les drapeaux des édifices publics et un registre à condoléances a été ouvert à la mairie, d'après La Nouvelle République.

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