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Chaque jour, Didier François traite d’un sujet international.

Le Sénat italien a donc refusé ce mardi de voter la motion de censure déposée contre son propre gouvernement par le ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini. Pour autant, la crise constitutionnelle est loin d’être résolue ?

La seule chose qui soit certaine, à ce stade, c’est que le gouvernement italien est cliniquement mort. Matteo Salvini (qui est également le chef de la Ligue du Nord) a fait voler en éclat la coalition qui le liait au Mouvement cinq étoile depuis 14 mois. Le ministre de l’Intérieur ne réclamant rien de moins que "les pleins pouvoirs". C’est lui qui a provoqué cette crise constitutionnelle en déposant une motion de défiance à l’encontre du Premier ministre, Guiseppe Conde. Donc, clairement, les deux partis ne peuvent plus gouverner ensemble. Cette rupture-là est consommée, il n’y aura pas de compromis ni de retour en arrière. Ce à quoi nous sommes en train d’assister, c’est à la discussion sur la façon de débrancher ce gouvernement. Et là, bien malin celui qui sait comment ça va se terminer, parce que le nombre des "combinazione" possibles sont véritablement infinies dans les subtils méandres de la politique transalpine. On voit bien ce que vise Matteo Salvini, il voulait obtenir au plus vite des élections anticipées (idéalement à l’automne, vers octobre) car les sondages lui sont extrêmement favorables. La Ligue du Nord semble avoir vampirisé l’électorat du Mouvement cinq étoiles puisqu’aux dernières élections la Ligue du Nord avait remporté 17,2% des suffrages contre 32,6% pour Cinq étoiles. Alors que les sondages prédisent une inversion de tendance (avec 36% ou 38% d’intentions de votes pour la Ligue), soit une progression de 20 points.

Seulement, Matteo Salvini n’est pas du tout certain d’obtenir de nouvelles élections ?

En tous cas, son premier coup de force a raté car il ne disposait pas de la majorité au Sénat. Or, la Chambre haute a refusé de renverser le Premier ministre (Guiseppe Conte) qui viendra s’exprimer devant elle le 20 août prochain en fonction, pas en démissionnaire. Et l’une des options désormais ouverte serait la formation d’une nouvelle coalition entre le Mouvement cinq étoile et le vieux parti de centre gauche qui dirigeait le pays jusqu’en 2018, le parti Démocrate. Il dispose de 18,7% des suffrages et pourrait donc remplacer la Ligue du Nord au gouvernement. C’est ce qu’a suggéré l’ancien Premier ministre (Matteo Renzi) dont les sénateurs se sont portés au secours de Cinq étoiles pour faire échec à la motion de défiance. On reviendrait ainsi à une polarisation classique en Italie puisque, de son côté, Matteo Salvini a noué ces derniers jours une alliance avec deux autres formations de droite qui ont soutenu sa charge anti-gouvernementale (Forza Italia de Silvio Berlusconi et un groupe néo-fasciste qui s’appelle les Frères de l’Italie). Mais là encore, rien n’est joué ! Élaborer un programme commun aux populistes de Cinq étoiles et aux gestionnaires Démocrates très attachés à l’Europe ne sera pas une tâche aisée. L’autre solution envisagée serait la formation d’un exécutif provisoire dit "institutionnel", composé de techniciens qui géreraient le pays avant que ne soient convoquées des élections générales à une date plus lointaine, que personne ne se risque à évoquer. On le voit bien, Matteo Salvini n’est pas parvenu à ses fins. Mais l’Italie est bel et bien entrée dans une période troublée d’incertitude et d’instabilité politique.