Manifestations à Hong-Kong : Pékin hausse le ton

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h
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Chaque jour, Didier François traite d’un sujet international.

Le bras de fer se durci à Hong Kong entre le mouvement pro-démocratique et les autorités pro-chinoises avec, pour enjeu, le contrôle de l’aéroport international occupé par plusieurs milliers de manifestants. Au point que depuis ce lundi, tous les vols ont été annulés, provoquant une riposte extrêmement ferme de Pékin.

La Chine menace carrément d’interdire son espace aérien aux avions de la compagnie aérienne de Hong Kong. Un ultimatum a été envoyé à la Cathay Pacific qui devra "renforcer le contrôle interne et améliorer la sécurité de vol" d’ici au 15 août. En fait, les autorités communistes chinoises exigent de la compagnie aérienne qu’elle leur fournisse la liste complète de ses pilotes et de ses personnels, assortie d’une évaluation de leur sympathie à l’égard du mouvement contestation. La Chine refusant le survol de son territoire à tout équipage comptant ne serait-ce qu’un seul activiste pro-démocratie, dénoncés comme des "criminels violents" par la presse officielle qui a lancé une vaste campagne contre les salariés de la Cathay Pacific après que le syndicat des personnels de bord a eu apporté son soutien aux manifestants. C’est un incroyable chantage qui n’a jamais été exercé à ce jour par aucun pays au monde mais qui est redoutablement efficace puisque la rentabilité de l’entreprise est évidement extrêmement dépendante de sa desserte et du survol de la Chine continentale.

La Cathay Pacific va donc céder à l’ultimatum de Pékin ?

Absolument ! Son président (Rupert Hogg) a déjà annoncé dans un message adressé à tous ses salariés qu’ils étaient "obligés" de se conformer aux règlements de l'aviation civile chinoise et que "des conséquences disciplinaires" frapperaient les employés "qui soutiennent ou participent aux manifestations illégales". À commencer évidemment par les actions de protestation au sein même de l’aéroport de Hong Kong. "Les conséquences peuvent être graves et impliquer la résiliation du contrat de travail", prévient le PDG de la compagnie qui annonce avoir déjà licencié trois de ses pilotes. On voit bien qu’on est là face à une nouvelle forme de répression du mouvement démocratique. Certes, beaucoup moins spectaculaire que les charges de polices ou les menaces d’intervention militaire, mais dont les effets pourraient être bien plus dévastateurs pour la pérennité du mouvement.

C’est le système appliqué en Chine continentale ?

Oui et c’est d’ailleurs la raison de ce mouvement de contestation de la population de Hong Kong qui voit un contrôle social absolu se mettre en place, petit à petit. Il grignote les dernières garanties d’autonomie et de démocratie promises en 1997 lors de la rétrocession de Hong Kong à la Chine. Ce qu’il y a de terrifiant dans le système communiste chinois à l’ère de Xi Jinping et des technologies informatiques de masse, c’est la totale efficacité de son emprise sur chaque aspect de la vie des gens. Les programmes de reconnaissance faciale (couplés aux algorithmes d’intelligence artificiels) ont permis au régime de Pékin de mettre en place le plus grand projet de surveillance au monde. Des fichiers géants gèrent en permanence le comportement de tous les citoyens à qui sont affectées des notes sociales qui déterminent leur droit à un passeport, à un billet de train ou à un emploi. Et personne ne peut y échapper ! En 2020, les faits et gestes des Chinois seront scrutés par 600 millions de caméras interconnectées. La Chine est en train d’inventer le totalitarisme 2.0 et c’est bien ce qui fait peur aux Hongkongais.