"Le football a besoin de passion et d'engouement déraisonnable"

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© Europe 1
L'édito sport est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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La ferveur autour du ballon rond semble avoir du plomb dans l'aile. À cause de la pandémie de Covid-19, de nombreux stades sont vides. Par ailleurs, l'engouement pour le football n'est plus aussi fort chez les 16-24 ans. Dans son édito, Virginie Phulpin estime qu'il faut que le football renoue avec l'émotion et le spectacle pour rebondir.

Le football ne s’arrête pas pendant les fêtes en Angleterre, avec le fameux Boxing Day, et des matchs chaque jour toute la semaine. Mais cette année, les stades sont vides avec la crise sanitaire. Pour Virginie Phulpin, il ne faudrait pas que cela préfigure le football du futur. Elle estime dans son édito que la passion est en train de s’évanouir.   

"Des tribunes sans âme qui vive en Angleterre pour le Boxing Day, c’est un crève-coeur. L’antithèse de la légende du football anglais. Normalement, à cette période de l’année, des dizaines de milliers de supporters vont au stade en famille et on transmet la passion de père en fille et de mère en fils. Cette année, rien. Le vide. C’est logique, avec la crise sanitaire. On se dit que tout le monde reviendra au stade le moment venu, et que le football reprendra toute sa place. Mais est-ce qu’on en est si sûr ?

Moi j’ai un vrai doute, notamment en France. Cette année 2020 a profondément changé notre rapport au football. Regardez, au début de la pandémie, on était tous choqués devant ces stades déserts et on se disait que, non, le foot ne pouvait pas être comme ça. Petit à petit, les semaines de huis clos défilant, on a fini par s’habituer à ce spectacle clinique dépourvu de chaleur et d’émotions ; chacun chez soi, devant son écran, à décrypter les gestes techniques des joueurs.

C’est terrible quand on y pense, de s’habituer à ça ! C’est justement de la passion et de l’engouement déraisonnable dont on a besoin dans le football. Si ce n’est plus un moment de partage, de discussions sans fin et de mauvaise foi, à quoi bon ? Le foot va devenir un spectacle comme un autre, de plus ou moins bonne qualité, qu’on regardera ou qu’on ne regardera pas... Ça n’aura plus tant d’importance que ça.

Les plus jeunes se désintéressent de plus en plus du football

Une étude faite dans plusieurs pays montre que chez les 16-24 ans, seuls 28 % des sondés se disent fans de foot. Cela ressemble à une alerte. Il faut dire qu’il faut être sacrément motivé pour regarder un match. En France il fallait quatre abonnements pour suivre correctement le football. Trop cher et trop compliqué aussi : il faut quasiment des tableaux Excel pour être sûr de ne pas rater les rencontres de son équipe.

En plus de ça, le football se sent tellement surpuissant et indétrônable qu’il verrouille toutes ses images. Donc du foot, on n’en voit plus, et à force de ne pas en voir, on ne s’y intéresse plus. Logique. Aux Etats-Unis, la NBA a fait l’inverse, en laissant circuler les images fortes des matches. Et quelle surprise : ça marche, le basket n’a jamais été aussi populaire.

Et puis donner envie, c’est aussi offrir des émotions, du spectacle. Si les équipes cherchent juste à ne pas perdre, elles vont finir par lasser leur public. C’est Jean-Marc Furlan, l’entraîneur de l’AJ Auxerre en Ligue 2, qui a eu un discours très intéressant la semaine dernière. Pour lui, si on veut sauver le sport-roi, il faut changer de philosophie de jeu. S’amuser, en gros. Ça devrait être possible, comme résolution de nouvelle année, non ? Sinon, des tribunes vides, il y en aura encore beaucoup, même après la pandémie."