EDITO - "Le club de rugby de Béziers va être le premier à céder aux pétro-dollars"

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© Europe 1
L'édito sport est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Un investisseur franco-émirati veut racheter le club de rugby de Béziers, premier cas de rachat de ce type dans ce sport. Son objectif ? Faire de Béziers, club mythique qui végète en D2 en ce moment, le plus grand club d'Europe.

Le club de rugby de Béziers est en passe d’être racheté par un investisseur franco-émirati qui veut en faire le plus grand club d’Europe. Cela peut être une bonne nouvelle, de voir le rugby s’ouvrir de cette manière, mais attention à ne pas perdre l’âme de ce jeu.

Le rugby français est à la croisée des chemins. Est-ce que les clubs vont devenir les nouvelles cibles des investisseurs fortunés du monde entier ou est-ce qu’ils vont rester droits dans leurs valeurs ? Béziers va être le premier club français à succomber aux pétro-dollars comme on dit, même si je n’aime pas trop l’expression parce que ça donne un a priori négatif et que je ne vois pas pourquoi on aurait cet a priori.

L’investisseur franco-émirati met le paquet. 30 millions d’euros, pour un club certes mythique dans le rugby français, mais qui végète en ce moment en milieu de tableau de Pro D2, la deuxième division. C’est une somme plus que rondelette. Il faut dire que les objectifs sont pharaoniques : en faire le plus grand club d’Europe, tout simplement. C’est marrant, j’ai déjà entendu ça quelque part, mais dans un autre sport. On se dit que le rugby intéresse peut-être enfin d’autres investisseurs, au-delà du cercle restreint des aficionados.

Et avec les difficultés actuelles des clubs, ça peut évidemment ouvrir d’autres perspectives. Mais est-ce que ça ne va pas provoquer une surenchère dans un milieu qui vit déjà dans une bulle financière ? Moi c’est ça qui m’inquiète un peu. Le club de Béziers est déjà prêt à affoler le marché des transferts, en recrutant des noms ronflants, aussi bien chez les joueurs que dans le staff. Et les autres risquent de vouloir suivre, on ne peut pas vraiment leur reprocher. Le problème c’est qu’ils semblaient justement prendre un autre chemin, et je crains que ça ne rebatte les cartes.

La plupart des clubs du Top 14 ont justement décidé d’être très raisonnables pour faire face à la crise. Cette dernière a fait prendre conscience aux clubs de rugby qu’ils vivaient au-dessus de leurs moyens. Et tous les clubs de l’élite ou presque ont réussi à signer avec leurs joueurs des accords de réduction des salaires. Entre 10 et 20 % de baisse, c’est conséquent. C’est très différent de ce qu’on a vu dans les clubs de foot par exemple, où il n’y a pas eu d’accords globaux. Tout simplement parce que l’histoire de ces deux sports est très différente.

Certes, le rugby est professionnel maintenant, mais il reste un attachement au club, aux dirigeants, qui est beaucoup plus fort que dans le foot, il y a moins d’individualisme dans le rugby, soyons clairs. Ce sont ces fameuses valeurs dont les rugbymen aiment tant parler. Mais là, avec l’arrivée d’investisseurs qui n’ont pas de culture rugby à la base, le risque, c’est qu’on aille au bout du bout de la professionnalisation, en oubliant ce qui fait la particularité du rugby, son essence. On ne peut pas faire de ce sport une sorte de foot avec un ballon ovale.