Taxer les CDD pour favoriser les CDI : l'idée simple reprise par Bruno Lemaire qui "cache une infinie complexité"

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Le monde bouge est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h
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Chaque jour, Axel de Tarlé fait un point sur l'économie.

L'économie : Axel de Tarlé. Bruno Lemaire veut surtaxer les contrats courts. Objectifs : Décourager le recours au CDD.

Oui, on connait les chiffres et ils sont édifiants : près de 90 % des embauches se font en CDD. Et ces CDD, sont de plus en plus courts : à peine un jour, près d'une fois sur trois. Difficile dans ces conditions de se projeter professionnellement ? Et même dans sa vie personnelle : on sait par exemple que c'est difficile de trouver un logement quand on est en CDD. D'où l'idée proposée, hier, par notre Prix Nobel d'Economie, Jean Tirole, dans le Journal du Dimanche et reprise par Bruno Lemaire : Récompenser les entreprises qui embauchent en CDI, avec un bonus.

Et à l'inverse, pénaliser les entreprises qui multiplient les CDD, ce qui en plus coûte très cher à l'Assurance chômage et revient donc, à faire financer ses mauvaises habitudes par la solidarité nationale. Ces mauvais employeurs auraient donc un malus. Une mesure qui se veut simple, mais efficace.

Sauf que dans la pratique, l'instauration de ce bonus/malus vire au casse-tête.

Effectivement, car si on regarde dans le détail ce sont souvent de petites entreprises, dans la restauration ou le nettoyage qui multiplient les contrats-courts. Des PME qui peuvent rencontrer des difficultés. A l'inverse, ce sont les grandes entreprises comme les banques et les assurances qui proposent des CDI. Donc, avec ce système, pour faire simple, on va favoriser les grands groupes du CAC 40 et pénaliser nos PME qui font vivre des millions de Français. 

D'ailleurs, immédiatement, hier, Bruno Lemaire après avoir dit qu'il soutenait cette idée du bonus-malus, a ajouté : "Attention toutefois à ne pas fragiliser nos petites entreprises".

Et Donc ? On ne fait rien pour lutter contre la précarité dans le monde du travail ?

L'idée en cours est de regarder secteur par secteur : quelles sont les pratiques, les habitudes, dans la restauration par exemple ? Et ensuite de voir,par rapport à ces pratiques, quels sont les bons et les mauvais employeurs : ceux qui abusent, ceux qui font des efforts pour embaucher en CDI et qui seraient donc récompenser. Des négociations sont en cours dans les branches, mais vous voyez bien le risque : l'usine à gaz.  Et c'est bien le drame de la politique, souvent derrière les idées les plus simples, se cache une infinie complexité.