À la Une : "luttes d’influence" et lobbies

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, on parle "luttes d’influence" et lobbies.

Et d’abord autour des pesticides, du glyphosate et de la loi alimentation. "Comment les lobbys cuisinent les députés", c’est le titre en Une de Libération qui raconte "les luttes d’influence, à l’Assemblée nationale, entre syndicats, ONG et fédérations professionnelles". En première ligne, la FNSEA qui a rédigé puis envoyé aux parlementaires une quarantaine d’amendements, pour préserver les pesticides. Des amendements copiés-collés par une dizaine de députés. Pour preuve les fautes d’orthographe du mail d’origine, retrouvé dans le texte des députés.

Une méthode qui a porté ses fruits, puisqu'à la fin, pas d’interdiction du glyphosate, malgré la promesse d’Emmanuel Macron. "Preuve que les lobbies de l’agrochimie restent très puissants, écrit Laurent Bodin dans l’Alsace." Même constat dans La Montagne et dans le Républicain Lorrain où Xavier Brouet rappelle qu’il n’y a pas que le glyphosate. Reculs et renoncement aussi sur "les poules élevées en batteries, la vidéo dans les abattoirs, ou encore l’étiquetage des produits alimentaires transformés. Autant de nouvelles pierres dans le jardin de Nicolas Hulot, sans compter la prochaine, écrit le journal : l’assouplissement de la loi littoral voulu par plusieurs députés En Marche partisans d’un assouplissement. Avec tout ça, conclu Xavier Brouet, Hulot n’aura bientôt plus rien à perdre."

Car voilà, dans la lutte d’influence gouvernementale, "tout ministre d’Etat qu’il est, Nicolas Hulot est loin d’avoir le poids nécessaire pour faire passer ses priorités, écrit Olivier Pirot dans la Nouvelle République, c’est Stéphane Travert, le ministre de l’Agriculture qui a l’oreille du président". Pourtant, il y a bien eu les "make our planet great again" et autres promesse. Pourquoi donc un tel revirement ?

Eh bien, on trouve la réponse en filigrane du dossier du Figaro ce matin : Emmanuel Macron "fait les yeux doux aux chasseurs". Objectif : "séduire le monde rural, écrit le journal, avant les élections européennes". Pour ce faire, le coût du permis de chasse va passer de 400 euros à moins de 200. "Plusieurs homme ont joué un rôle clé pour convaincre le président, précise le Figaro, notamment Thierry Coste, lobbyiste pour la FNC, la fédération nationale des chasseurs." CQFD. Agriculteurs + chasseurs = beaucoup plus de voix que les écologistes, qui ont encore beaucoup de boulot à faire en terme de lobbying.

Les lobbies donc, dont on retrouve l’influence dans d’autres titres ce matin.

Oui, puisqu’on était dans le Figaro, restons-y, avec cette autre enquête sur "les méthodes musclées du lobby vegan". En ligne de mire notamment, l’association L 214 qui multiplie les vidéos chocs sur la maltraitance dans les abattoirs. Un "lobby" qui manque encore d’influence par rapport à l’inter-profession de la viande, puisque l’amendement proposant des caméras obligatoires dans les abattoirs a été rejeté par les députés à l’Assemblée dimanche soir.

Et puis lobbying toujours, ou plutôt tentative d’ingérence, mais dans un tout autre registre : celle des partisans de Recep Tayip Erdogan qui ont fait retirer temporairement la Une du journal le Point sur un kiosque à journaux au Pontet, près d’Avignon. On y voyait la photo du président turc sous le titre "dictateur". De quoi faire dire à Riss dans l’édito de Charlie Hebdo : "Je suis Le Point", "parce que ce qu’a vécu Charlie Hebdo et cet incident sur une couverture du Point ont un dénominateur commun, dit-il : la remise en cause de notre modèle libéral de pensée (…) Aujourd’hui, c’est un kiosquier, demain, ce sera vous", prévient Riss qui plaide pour la condamnation "sans pitié" des agresseurs. "Sinon ce pays continuera en silence à être contaminé par la peur".

Et puis, l’autre question qui intéresse vos journaux c’est la question de savoir "qui influence qui" à Bercy ? On parle de la remise en cause des aides sociales.

"Combien y’a-t-il d’aides sociales en France, je ne sais pas, a répondu le ministre des comptes publics, Gérald Darmanin, mais il y en a trop." Je vous laisse apprécier la logique de l’analyse. Même si ce qui interroge la presse, ce n’est pas tant le côté caduc de la phrase que le "revirement supposé" de Gérald Darmanin.
Lui qui avait tempéré la semaine dernière les propos de Bruno Le Maire sur une possible baisse des aides sociales, "aurait-il changé de cap ?", se demande l’Opinion. "Son discours maintient le flou", juge Hervé Favre dans la Voix du Nord. Bruno Dive dans Sud-Ouest parle d’une "contradiction".

Alors qu’à bien y regarder, "il n’y a là aucun revirement, analyse Pascal Coquis dans les Dernières Nouvelles d’Alsace, ni revirement, ni renoncement, juste un plan de communication bien construit : d’abord, lancer un ballon-sonde, en l’occurrence, la petite phrase de Bruno Le Maire, laisser infuser, puis reprendre ces éléments de langage, malaxer et confirmer : "oui, il y a trop d’aides sociales en France"." Combien, on ne sait toujours pas mais trop c’est sûr ! "Ainsi, la sentence est lâchée, le principe est acté, écrit Pascal Coquis, quand Gérald Darmanin parle de la prime d’activité comme d’une trappe à inactivité, on comprend bien la rhétorique, dit-il, un vocabulaire très précisément choisi, qui transforme en "piège" des aides qui permettent aux plus démunis de rester à flot. De quoi faire de la solidarité une valeur comme les autres dans le modèle libéral, conclue-t-il, autrement dit, une valeur marchande." Preuve s’il en fallait que le lobby "des  gens qui ne sont rien" a très clairement un déficit d’influence auprès du gouvernement.

Enfin, cet appel en Une du Parisien : "français, levez-vous !".

Une injonction à prendre au pied de la lettre puisque comme le note le journal, "nous passons de plus en plus de temps assis, c’est ce que démontrent une étude sur la sédentarité en Europe, commandée par l’assureur Attitude prévention et menée par Harris Interactive : résultat : les français obtiennent la médaille de bronze de l’immobilisme, nous passons en moyenne 7h24 en position assise par jour. Contre 8h13 pour les britannique et 5h50 seulement du côté de la Finlande, résume la journaliste Elsa Mari". Bon et alors ? Me direz-vous.

Et alors, c’est mauvais pour la santé, et pour l’espérance de vie. "Augmentation des risques de maladies cardiovasculaires, cancers, diabète, surpoids : rester assis trop longtemps tue, écrit littéralement le journal, qui vous suggère de marcher, de faire une pause de cinq minutes toutes les heures au travail et pourquoi pas d’investir dans un bureau vélo". Photo à l’appui : c’est un vélo d’appartement dont le guidon est remplacé par une table.

Quand homo sapiens est dépassé par son ancêtre homo erectus. A moins que ce ne soit le lobby des "bougistes". A noter, au milieu de tout ça, l’influence grandissante du lobby de la méditation de pleine conscience, puisque dans le même Parisien, on apprend qu’à l’Assemblée, plusieurs députés suivent les mardis soirs des séances d’initiation à la méditation. "C’est bon pour rééduquer notre capacité d’attention", explique une élue, "pour se recentrer sur soi", ajoute un autre.

Dans l’Express, Jean-François Copé, lui aussi converti, ne dit pas autre chose : "c’est un exercice assez difficile, explique le maire de Meaux, mais cela permet de dresser l’éloge du moment présent lorsque, toute sa vie, on est dans la quête du moment suivant". La méditation qui est également promue de façon appuyée dans le numéro 100 du magazine Cerveau & Psycho qui traite pourtant des neurosciences. Voilà, la lutte d’influence entre promoteurs de "l’activité physique" et lobbyistes de la "méditation". A vous de choisir sachant que l’un comme l’autre, a priori, ça ne fait pas de mal.