A la Une - L’art d’être Français, mais qu’est-ce que c’est ?

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La revue de presse est une chronique de l'émission Trois heures d'info
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Chaque jour, David Abiker scrute la presse papier et le web et décrypte l'actualité.

Bonjour David, au lendemain de la première conférence de presse du président Emmanuel Macron, vous nous dites que les éditoriales ont retenu notamment une notion évoquée par le président : "L'art d'être Français".

Bonjour Pierre, bonjour à tous. Oui, ce matin toute la presse revient sur l’intervention présidentielle d’hier. "Acte 2, les nouvelles priorités", titre le Parisien-Aujourd’hui en France. "Les réponses de Macron", c’est la une de Ouest France, "Macron trace les contours de sa nouvelle ambition" résume le Figaro, Macron a fait la "Promesse du changement dans la continuité", c’est la Voix du Nord, "Je peux mieux faire" reprend Sud-Ouest tandis que Libération ironise "Et il est ou le waouh ?". Et puis au-delà des annonces déjà connues, il y a cette formule utilisée par le Président "L’art d’être Français".

L’art d’être Français, l’apéro ou le drapeau ?

Sur les réseaux sociaux la formule a beaucoup amusé, pour Emmanuel Delahaye du journal l’Alsace, l’Art d’être Français c’est "une formule creuse et ronflante". Dans son édito des Echos intitulé "L’Art d’être président", Jean-Francis Pécresse n’est pas de cet avis : "Le Président célèbre cette fierté du drapeau en chacun de nous, mais surtout il se place à la hauteur de l’enjeu : dépasser la simple réponse à des gilets jaunes en furie pour proposer à tous les Français un projet commun.

"L’art d’être Français, c’est probablement une façon de vivre ensemble qui s’est perdu dans le mouvement des 'gilets jaunes' et qu’il faut rebâtir"

L’art d’être Français, c’est peut-être rebâtir ce qui a été détruit dans l’incendie de Notre-Dame, l’art d’être Français, c’est probablement une façon de vivre ensemble qui s’est perdu dans le mouvement des 'gilets jaunes' et qu’il faut rebâtir". Rebâtir à la façon des artisans qui ont ce matin les honneurs de la presse.

Artisan, le "gilet jaune" poursuit une entreprise de démolition

Il y a ceux écoutent encore Macron et ceux qui ne veulent plus l’écouter, parmi eux, il y a Marc, passé des manifestations pacifiques à l’affrontement. Un artisan employant une quinzaine de personne et dont l’Obs tire cette semaine le portrait. Le 8 décembre dernier, lors de l'acte 4 des "gilets jaunes", il se fait matraquer par la police, sans raison dit-il. Pour lui, c’est l’élément déclencheur d’une violence qui ne le quitte plus. Il est devenu ce que le ministre de l’Intérieur appelle un "ultra-jaune" qui emprunte aux black block et à la gauche révolutionnaire ses méthodes de combat. Marc a tout appris de cet art si particulier de l’émeute.

C’est peut-être ça l’art d’être Français, une synthèse possible entre les héritiers de Georges Marchais, l’attachement au patrimoine et aux savoir-faire des meilleurs ouvriers

Ne pas vomir quand on vous gaze, planquer le matériel sur zone avant les contrôles, éclairer le terrain, aller au contact. Et il aime ça Marc, au point de vouloir larguer son travail raconte l’Obs, comme si sa vie était désormais de jouer du marteau et du burin le samedi dans les rues de Paris. 

De l’artisanat à l’entreprise de démolition, il n’y a un pas qu’il franchit intensément en attendant le premier mai, journée jaune et noir où il entend faire de Paris la capitale de l’émeute. Et ce matin dans la presse, il y a cet artisan qui a appris à détruire et ceux qui ont appris à restaurer et reconstruire, une autre façon de cultiver l’art d’être Français.

L’Humanité célèbre les artisans re-bâtisseurs

Ces artisans qui vont reconstruire Notre-Dame. Ce n’est pas la Une du Figaro Magazine, mais celle du supplément dominical du journal communiste qui a choisi son camp à sa façon. Mettre en valeur ceux qui utilisent le marteau et le burin (et pas la faucille) non pas pour casser des banques, mais pour restaurer la cathédrale de Paris. Pour l’Humanité Dimanche, cet art d’être Français qui ne dit pas son nom, c’est une culture ouvrière, une intelligence de la main que se transmette apprentis et compagnons.

"Les artisans sont dépositaires à leur façon d’un certain art d’être Français"

Et il est curieux après avoir évoqué l’ultra-gauche de voir l’hebdo communiste prendre fait et cause pour la résurrection d’une église où se diffuse l’opium du peuple que dénonçait Karl Marx. C’est peut-être ça l’art d’être Français, une synthèse possible entre les héritiers de Georges Marchais, l’attachement au patrimoine et aux savoir-faire des meilleurs ouvriers.

Paris-Match, un tour de France des apprentis et compagnons

Un savoir-faire qu’on retrouve cette semaine dans Paris-Match qui dédie sa couverture aux soldats du feu mais qui consacre lui aussi de longues pages aux gestes des artisans qui n’ont pas changé et qui eux aussi manient le marteau et le burin. Et Match montre comme se sélectionnent les blocs de pierre immense qui ont pu servir à la restauration du panthéon où l’on sculpte les volutes de chapiteaux corinthiens, comment se taille une gargouille pour la cathédrale de Narbonne, comment les peintres restaurent le transept de la cathédrale de Chartres, comment ont été restaurés les vitraux de la Saint-Chapelle de Paris. En voilà un tour de France des métiers mobilisés pour Notre-Dame et qui révèlent aussi ce que peut être l’art d’être Français.

Les artisans doivent être entendus

Alors pour terminer on jettera un œil à une moustache, pas celle du regretté Jean-Pierre Marielle mais celle de Bertrand Stalter président de CMA France l’établissement qui fédère le réseau des chambres de métiers et de l’artisanat. Il pause fièrement à la Une d’Artisans Mag, magazine de tous ceux qui travaillent de leurs mains et de leur tête comme artisans, qu’ils contribuent à l’économie française, à l’activité des centres-villes ou à la reconstruction de Notre-Dame.

Que lance Bertrand Stalter au président derrière sa moustache d’anthologie ? Que les artisans doivent être entendus. Car eux aussi sont dépositaires à leur façon d’un certain art d’être Français.