A la Une : la presse divisée sur le grand débat national

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La revue de presse est une chronique de l'émission Trois heures d'info
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Chaque jour, David Abiker scrute la presse papier et le web et décrypte l'actualité.

Bonjour David Abiker, ce matin vous avez remarqué que la presse était divisée au sujet de la lettre aux Français d'Emmanuel Macron

Bonjour Nikos, oui ce matin vous avez deux types de journaux : la presse qui dit "chiche" et la presse qui dit "bof". Ceux qui jouent le jeu de ce débat et qui mobilisent les Français : "Macron vous écrit" titre l’Ardennais, "Place au débat" choisit La Croix, "Transformons les colères en solutions", reprend le Figaro. "A vous la parole", interpelle l’Echo Républicain.

Et puis vous avez les journaux qui déjà prennent de la distance, qui n’y croient pas : "Quitte ou double" titre la Provence, "L’écrit de rattrapage" s’amuse Libération, "Macron lance son débat" souligne le Courrier Picard. Quant à l’Humanité, qui a fait le choix de ne pas publier la lettre du Président, le ton est plus clair encore "Les 'gilets jaunes' pas dupes des ruses de Macron". Vous voyez ce matin, il y a deux presses : celle qui se voit partie prenante du débat, qui se voit comme un relai d’utilité public, et celle qui reste à distance, distance prudente ou distance critique.

Alors ce débat est-il une chance ou une provocation ? 

Sur l’utilité et la pertinence de la démarche, vous avez les optimistes et les pessimistes. Prenez Sébastien Georges, dans l’Est Républicain : "Ce grand débat peut constituer un des actes fondateurs de la nouvelle gouvernance promise par le président". Mieux, dans l’Eclair des Pyrénées Patrice Carmouze parle d’un "incroyable exercice de renouvellement de la démocratie et de la politique. Au citoyen de s’en emparer et de prendre le pouvoir". Ouest France est sur la même tonalité : "Bâtir un nouveau contrat pour la nation, le président ne le promet pas, il l’écrit, plus qu’un engagement c’est un contrat. Il faut le prendre au mot. En participant". Voilà pour les éditos qui feront plaisir au chef de l’Etat ce matin.

Ensuite, ça se gâte pour le Grand débat. Dans l’Humanité Paul Masson parle de cette lettre comme d’une manœuvre de plus, une provocation. Pour Libération et Paul Quinio, avec cette adresse aux Français le chef de l’Etat est en fait candidat. Candidat à sauver les trois ans qui lui reste à L’Elysée. "L’arrogant Jupiter tente avec ce texte de se mettre à hauteur de rond-point". Laurent Bodin dans l’Alsace évoque "un débat supposé sans tabou mais dont semble exclue la remise en cause de l’Impôt sur la fortune".

Les questions portent notamment sur la méthode dites-vous.

Le Figaro donne la parole aux présidents d’association d’élus locaux : "D’accord pour être facilitateur disent en cœur Dominique Bussereau, François Baroin et Hervé Morin, mais pas organisateurs. Et ils posent deux conditions à l’implication des maires, une parole libre et que le gouvernement dise ce qu’il fera des conclusions du débat". Le Parisien-Aujourd’hui en France dresse lui le profil du candidat idéal pour piloter la consultation "incontestée et incontestable, garant de l’indépendance et de la neutralité". Alors qui ? Jean-Louis Borloo qui a dit non, alors Jean-Paul Delevoye, haut-commissaire chargé de la réforme des retraites, Jacques Toubon défenseur des droits.

Tout ça c’est quand même très ancien monde, un peu comme la méthode de consultation s’amuse Paul Caraci dans le Midi Libre. "Alors que la viralité des réseaux sociaux structure le mouvement des 'gilets jaunes', le président a opté pour l’écrit, sur du vrai papier, qui reste".

Internet devait être le nouvel espace de débat.

Ce qui pose la question du rôle d’internet pour sortir de cette crise ? Et là, on peut s’arrêter un instant sur la une du Télégramme ou de l’Echo Républicain avec le retour du bon vieux cahier de doléances en papier.  Quid de la démocratie numérique, des forums, de ces réseaux sociaux qui nous annonçaient le triomphe de l’intelligence collective ? A la place, c’est la guerre des tweets. Les fils de discussion pollués par les violents qui éloignent les modérés, les concours de cagnottes dont Nord Littoral nous en parle ce matin, les forums pourris par les fakes news et bien sûr, le règne du cynisme et du ricanement en guise de débat d’idées. Il est chouette internet.

Alors, en défense d’une certaine idée du web démocratique, on lira sur latribune.fr l’interview d’Axel Dauchez ancien dirigeant de Deezer fondateur de make.org qui veut mettre les "civitechs", autrement dit les startups civiques, au service du débat, en support de la démocratie représentative. Il démarre dès le 1er février pour le débat européen. On lira aussi le plaidoyer de Philippe Claudel dans La Croix. Je terminerai avec ses mots à lui, ses mots d’écrivain.

"Pour que le débat démocratique fonctionne dit-il il faut que le langage de l’émotion cède la place à celui de la raison, que la langue redevienne un bien commun et son usage la plateforme sur laquelle rebâtir un véritable projet social. Il faut cesser de transformer les mots en armes. Il faut qu’ils soient le ciment et non la muraille. Il faut simplement, mais ce n’est pas si simple, réapprendre à se parler et à s’écouter".