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Rohingyas, l'impossible retour en Birmanie

La photo de Paris Match

26 janvier 2018

Episode - 00 minutes - Société

Description de l'épisode

Gwendoline Debono revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.


Gwendoline Debono remplace François Clemenceau le vendredi 26 janvier 2018.

Les premiers rapatriements de réfugiés rohingyas en Birmanie devaient avoir lieu cette semaine, ils sont reporté sine die.

Souvenez-vous à l’automne dernier, l’armée birmane massacre et incendie les villages des membres de la communauté rohingyas. La répression fait suite à une attaque de rebelles rohingyas, l’ONU parle de nettoyage ethnique. En un mois, près de 700.000 Rohingyas quitte la Birmanie pour se réfugier au Bangladesh. Il y a dix jours, les deux pays ont trouvé un accord pour organiser le retour des réfugiés rohingyas. Les premiers rapatriements devaient avoir lieu cette semaine, en réalité c’est impossible.

Non aucune des deux parties n’est prête, voilà ce qu’ont reconnu les autorités du Bangladesh. Elles évoquent la complexité logistique des mouvements de retour. Alors c’est vrai que les délais prévu par l’accord avec les autorités birmane étaient intenables. L’ambition c’est aujourd’hui d’y arriver en deux ans. Voilà très concrètement comme cela doit se passer. La première vague de rapatriement doit concerner environ 30.000 réfugiés rohingyas. Ils sont supposées rejoindre, en Birmanie, des structures en cours de construction puisqu’une grande partie des villages où vivaient les Rohinygas ont été brulés. Avant cela, les réfugiés devront patienter dans des camps de transit, car la Birmanie veut vérifier les identités de ceux qui reviennent. En gros, elle ne veut pas accepter des rohinygas issus des précédents exodes. Mais là aussi, on se demande un peu comment cette étape de vérification d’identité serait possible. Il faut rappeler que les Rohingyas ne sont pas reconnus comme une ethnie birmane par les autorités de leurs pays. Ils sont apatride et la plupart n’ont aucun papier, donc aucune preuve de leur identité.

En même temps, aujourd’hui les Rohingyas ne veulent pas rentrer en Birmanie.

Non plusieurs centaines d’entre eux ont même manifesté la semaine dernière contre ce programme de rapatriement. C’était quelque chose de frappant et de très clair dans les discussions avec les réfugiés dans les camps du Bangladesh. Aucun, mais alors aucun, n’envisageait un retour en Birmanie. Tous les Rohingyas ont perdu des membres de leurs familles dans les massacres, tous ont le souvenir des enfants abattus et des femmes violées. Tous ont le souvenir des soldats birmans, accompagnés par des villageois bouddhistes, qui aspergent de l’essence sur les maisons pour réduire les villages en cendre. Ce n’était certainement pas la première vague de répression contre les Rohingyas mais c’était sans aucun doute la plus importante dans son ampleur et la plus méthodique dans son organisation. Qui retournerait dans un endroit avec la garantie de s’y faire tuer ? Voilà ce que disent en résumé tous les réfugiés. Aujourd’hui, les ONG ne disent pas autre chose. Il ne doit pas y avoir de rapatriements forcés, tant qu’il n’y pas de garanties de sécurité pour eux, en Birmanie. Ce n’est clairement pas le cas aujourd’hui, les autorités birmane ont même transmis au Bangladesh, une liste d’un millier de Rohingyas qu’elles veulent voir arrêter, ça n’incite pas à rentrer chez soi.

L’attitude du gouvernement birman et les récentes déclarations des généraux n’incitent pas à la confiance.

Non c’est le moins que l’on puisse dire. Un autre exemple, au début du mois, l’armée birmane a reconnu avoir exécuté aux cotés de villageois bouddhistes, 10 Rohingyas dans un village. C’est une déclaration et une reconnaissance inédite. Jusqu’ici, l’armée a toujours nié être impliquée dans les massacres, voir l’existence même de ces massacres. Sauf que, le Général qui commande l’armée birmane a ajouté cette phrase: "si ces Rohinygas ont été tués, hé bien c’est que c’était des terroristes". Aung san su ski, chef du gouvernement, a jugé qu’il s’agissait "d’un pas positif". Les réfugiés, eux, auront compris qu’il y aura toujours une bonne raison pour les éliminer de l’autre côté de la rivière, dans ces collines qu’ils peuvent apercevoir depuis leur tente de fortune.

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