"Il serait temps que l’Europe, pas seulement l’Allemagne, reconnaisse en Alexis Tsipras un grand leader européen"

SAISON 2018 - 2019
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Chaque samedi, François Clemenceau, rédacteur en chef au Journal du dimanche, revient sur un événement international.

Avec vous ce matin, François Clemenceau, on s’intéresse à la Grèce où, pour la première fois depuis cinq ans, la chancelière Merkel vient de se rendre en visite officielle. Un retournement complet de situation.

Oui quand on pense aux années 2012 et 2014, en pleine crise de la dette souveraine grecque et de l’imposition par l’Union européenne à la Grèce de plans budgétaires et de réformes sociales d’une incroyable sévérité, l’Allemagne était considérée par l’opinion publique grecque et par le gouvernement d’extrême gauche de Syriza, comme un ennemi cruel qui rappelait au pays les pires heures de l’occupation allemande. Sauf que depuis, chacun a fait des efforts. Alexis Tsipras, pour négocier des plans d’aide qui ne cassent pas l’unité et la solidarité de l’Union européenne, et Angela Merkel pour avoir refusé de céder aux sirènes de son camp qui en appelaient à un Grexit car ils estimaient que la Grèce mettait en péril l’euro et serait incapable de rembourser ses dettes.

Résultat, la Grèce a fini par tenir parole, mettre en œuvre les réformes nécessaires tout en recréant des liens de confiance avec ses créanciers. Elle est enfin sortie des plans d’aide qui l’ont aidé à repartir du bon pied. Le problème, c’est que la voici à nouveau dans la difficulté et cette fois c’est l’Allemagne qui vient à la rescousse.

De quoi s’agit-il ?

Vous vous souvenez peut-être qu’en juin dernier, la Grèce a autorisé son frère ennemi balkanique, la Macédoine à s’appeler Macédoine du Nord, ce qui permettait de nouer enfin des relations normales avec cette ancienne république de Yougoslavie mais surtout de favoriser sa candidature à l’Union européenne et à l’OTAN. Le parlement macédonien a ratifié cet accord mais pas le parlement grec où l’hostilité nationaliste à la Macédoine est très forte et où l’on se dit surtout, notamment chez les opposants de Tsipras, que ce serait un bon moyen de se débarrasser de lui.

Angela Merkel est donc venue dire à Athènes à quel point elle était reconnaissante à la Grèce d’avoir négocié cet accord important pour la stabilité de l’Europe du sud. Elle a rappelé à Tsipras que l’Allemagne serait toujours là, en amie, pour l’aider dans la difficulté.

Est-ce que ce sera suffisant pour aider Tsipras à se maintenir au pouvoir ?

En principe, sauf coup de théâtre et élection anticipée, les législatives sont pour septembre prochain. C’est vrai que Syriza est en recul comme la plupart des partis au pouvoir en Europe. Lui aussi affronte des adversaires de plus en plus nationalistes sur sa droite comme à gauche. L’accueil très courageux par la Grèce de centaines de milliers de réfugiés venus du Proche orient et d’Afrique a contribué à affaiblir le pouvoir. Il serait donc temps que l’Europe, pas seulement l’Allemagne, reconnaisse en Tsipras un grand leader européen. Par les réformes qu’il a engagées contre l’avis de sa propre base, par sa solidarité responsable dans la crise des migrants et par son intelligence pragmatique face à la Macédoine.

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