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L’Europe veut se doter d’une Agence européenne de santé, une autorité chargée de lutter contre les pandémies, un projet qui mêle des enjeux de souveraineté sanitaire et de souveraineté industrielle. Nicolas Barré fait le point sur une question d'actualité économique.

L’annonce est passée un peu inaperçue : l’Europe veut prendre modèle sur les États-Unis pour se doter d’une autorité chargée de lutter contre les pandémies. 

C‘est un projet très stratégique en effet, qui mêle des enjeux de souveraineté sanitaire et de souveraineté industrielle. Il faut souvent un choc pour bousculer les choses. C’est ce qui s’était produit aux États-Unis en 2001, quand il y avait eu cette série d’attaques avec des lettres piégées contenant de l’anthrax, du bacille de charbon, une substance qui tue. Il y avait eu plusieurs morts. Et ça avait déclenché une psychose, c’était peu de temps après les attentats du 11 septembre et tout le monde craignait une attaque bactériologique. L’administration avait donc décidé de créer une agence, baptisée "La Barda", de lutte contre les menaces chimiques ou biologiques.

Comment ça marche ?

Son rôle est d’anticiper non seulement les pandémies mais tous les risques, y compris bioterroristes, qui touchent la santé. La Barda gère des stocks stratégiques de médicaments, de vaccins, de masques etc. Elle s’assure aussi qu’on en fabrique assez sur le sol américain. Et enfin elle finance la recherche des labos privés pour qu’ils accélèrent le développement de traitements qu’elle juge stratégiques. D’où par exemple l’accord à près de 500 millions de dollars signé le mois dernier avec le labo britannique AstraZeneca pour développer un cocktail d’anticorps pour lutter contre le Covid-19. La Barda finance mais du coup elle partage aussi les licences des innovations et elle pose ses conditions en termes de localisation industrielle.

C‘est ce type de partenariat public-privé que l’Europe veut développer ?

Oui entre autres car ce que montre l’exemple américain, c’est d’abord que face à ce type de menace qui survient soudainement, il faut agir à l’échelle du continent. Il faut des moyens et de la coordination entre les pays et les industriels. Pour constituer des stocks, pour développer de la production de substances stratégiques en Europe afin de ne pas dépendre de quelques sites industriels en Chine ou en Inde. Et enfin pour accélérer la recherche. On voit bien que chacun des 27 pays européens ne peut pas y arriver seul. Les Américains ont mis trois bonnes années avant de mettre sur pied la Barda. Les Européens visent 2023 pour se doter d’une autorité similaire. Ce qui paraît sûr, c’est que l’intérêt stratégique du projet ne fait guère de doute.