Visite du chantier de Notre-Dame : Emmanuel Macron, le marchand d’espoir

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Chaque matin, Nicolas Beytout analyse l'actualité politique et nous livre son opinion. Ce vendredi, il s'intéresse au symbole de la visite d'Emmanuel Macron sur le chantier de Notre-Dame ce jeudi, alors que la France passe le cap des 100.000 morts du Covid 19.

En visitant le chantier de reconstruction de Notre-Dame de Paris, Emmanuel Macron a réaffirmé ce jeudi que sa promesse de rouvrir la cathédrale en cinq ans serait tenue.

Il y a parfois, comme ça, des journées particulières, des jours où presque imperceptiblement on voit l’actualité prendre un autre sens. C’est ce qui s’est produit, ce jeudi, avec cette visite présidentielle sur le chantier de la cathédrale ravagée par le feu il y a deux ans. À l’époque, devant les ruines encore fumantes de l’édifice, Emmanuel Macron avait pris un engagement qui avait paru fou : cinq ans pour tout refaire. Impossible, avaient même claironné des bataillons d’experts venus de tous horizons. Eh bien ce sera fait, a redit ce jeudi le chef de l’État. Et bien sûr, derrière ce message, il y avait l’image subliminale d’un pays qui peut se relever d’une autre catastrophe, sanitaire, cette fois.

Ce procédé c’est une figure rhétorique assez classique, dans le langage politique ?

Oui, rien de fracassant, en effet. Sauf que cette annonce a été faite le jour où la comptabilité officielle des victimes du Covid franchissait la barre, symboliquement terrible, des 100.000 morts. On a beaucoup gambergé à l’Élysée, depuis que l’on voyait poindre ce record morbide. Comment fallait-il passer ce cap difficile sur le plan politique, difficile parce que directement lié à l’action d’Emmanuel Macron face au virus ? Fallait-il rendre un hommage solennel, faire une intervention à la télévision, une démarche pour s’incliner devant la mémoire des victimes ? Plusieurs députés avaient eux aussi poussé dans ce sens, certains déposant des propositions de loi par exemple pour créer une journée de mémoire, comme il y en a pour les victimes des attentats. Rien de tout ça n’a été retenu, ne serait-ce que parce que la crise sanitaire n’est pas terminée, et qu’il n’est pas encore temps, malheureusement, de dresser un bilan.

À la place, il y a eu cette visite à Notre-Dame de Paris.

Voilà, une sorte de contre-pied. Et comme pour parfaire le dispositif, il se tenait, dans la même journée à Matignon, une réunion sur les modalités de sortie du confinement. Notre-Dame, Covid, deux tragédies et deux messages d’espoir le même jour. Parler de reconstruction de la cathédrale, célébrer "l’immense travail accompli" et convoquer "la fierté collective", a d’ailleurs un autre avantage : montrer que le chef de l’État peut tenir ses engagements.

On le sait, la promesse d’efficacité avait été au cœur de sa campagne pour la conquête du pouvoir. Les Gilets jaunes, la contestation sur la réforme des retraites et la crise sanitaire sont passés par là et ont paralysé l’action réformatrice du Président. C’est ce chemin d’action qu’il veut manifestement rouvrir. On l’a vu avec la suppression de l’ENA, promise au mouvement populiste des Gilets jaunes. On le voit avec la réaffirmation que la reconstruction de ND sera faite dans les délais. Et cette fois, il ne dit pas "quoi qu’il en coûte", mais "quoi qu’il arrive", un positionnement plus conforme à sa nature politique.