Risque sanitaire à Rouen : un véritable défi pour le gouvernement déjà décrédibilisé

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L'opinion de Nicolas Beytout est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h
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Face à un accident industriel comme celui de Lubrizol, la parole politique n’a aucune chance de s’imposer dans ces moments de crise. Elle est déjà largement décrédibilisée.

Le gouvernement ne parvient pas à se sortir de la polémique sur la gestion de la catastrophe de Lubrizol.

Non, rien n’y fait. Ni les nombreux ministres qui se sont succédés sur place, ni les promesses du Premier ministre de dire la vérité, toute la vérité. Il faut dire que le gouvernement avait commencé par envoyer beaucoup de messages contradictoires : il n’y a pas de "dangerosité particulière", entendait-on, mais la récolte des légumes était interdite et les animaux devaient rester à l’abri.

Il faut reconnaître que c’est assez anxiogène.

Oui, mais c’est quasiment impossible de faire autrement. Plus les autorités publiques en font pour démontrer qu’elles sont vigilantes, plus elles nourrissent le doute de la population. C’est un cercle vicieux. Plus vous êtes prudents, plus vous donnez le sentiment qu’il y a un risque. Si vous minimisez, comme l’a fait le préfet au début de la crise, vous êtes accusés de cacher la vérité. Et si vous faites l’inverse, si vous essayez de coller au plus près de la vérité du moment, on vous reprochera de ne jamais en dire assez.

Comment peut-on sortir de ce cercle vicieux ?

On ne peut pas en sortir, du moins pas dans l’immédiat. Ce genre de catastrophe est un défi pour les gouvernements. Un immense défi à plusieurs inconnues. D’abord, il y a l’urgence : on veut tout savoir tout de suite. Et on a les moyens de l’exiger, grâce aux réseaux sociaux, cet impitoyable outil au service de l’instantanéité.
Ensuite, on veut des preuves, que la pollution n’est pas dangereuse. Or, il n’y a que des analyses, partielles, qui arrivent au compte-goutte. Mais on les veut toutes pour pouvoir les confronter aux autres preuves, bien visibles celles-là : la fumée noire, l’usine dévastée. Et bien entendu, cette comparaison est perdante. Les images sont là, l’odeur est là, donc le risque est là.

Il y a en plus les rumeurs, les fake news et les montages photos.

Le match entre ces manipulations et les experts est forcément perdant. Derrière la publication d’une analyse toxicologique, il y a forcément, chez certains, un soupçon. Propagé par les réseaux sociaux, il devient vite une vérité.
C’est un des changements les plus radicaux apportés par les réseaux sociaux : la parole de chacun vaut celle de tout le monde. L’expert n’a plus de magistère. La science n’inspire plus confiance, au contraire, elle est suspecte. Alors, vous pensez bien que la parole politique, largement décrédibilisée, n’a aucune chance de s’imposer dans ces moments de crise.
Ce doute, ce soupçon, c’est sûrement une maladie grave des démocraties d’aujourd’hui. Un virus que le gouvernement ne peut guérir qu’en donnant toujours plus d’informations, et en attendant que la fièvre retombe.