Le casse-tête des dates pour la Présidentielle

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 6h-9h
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Chaque matin, Nicolas Beytout analyse l'actualité politique et nous livre son opinion. Ce jeudi, il revient sur l'annone des dates de l'élection présidentielle de 2022. Un véritable casse-tête pour Emmanuel Macron qui a du choisir entre trois possibilités. Cette annonce a été vivement critiquée par Xavier Bertrand et Marine Le Pen.

À peine l’information sur les dates de la prochaine élection présidentielle avaient-elles fuité qu’elles devenaient un objet de polémiques.

Décidément, le pouvoir a un talent inégalable pour transformer toutes les dates d’élections en polémiques politiques. L’an dernier, le Covid a déglingué le mécanisme des élections municipales dont les deux tours ont été décalés en dépit du bon sens. Cette année, Emmanuel Macron a essuyé de nombreuses critiques pour avoir essayé à plusieurs reprises de repousser les dates des élections régionales, et même pourquoi pas carrément après la présidentielle de 2022.

Présidentielle qui aura lieu les 10 et 24 avril prochains.

Voilà, et cette annonce scandalise Xavier Bertrand. Il l’a dit ce mercredi au micro de Sonia Mabrouk sur Europe 1. Pour lui, rendre publiques ces dates, c’est une manœuvre de l’Élysée qui envoie aux électeurs un message sur le thème : pas la peine de vous déplacer dans trois jours pour les régionales, le vrai match commencera seulement en avril prochain. L’objectif : faire oublier l’échec (écrit d’avance) de la majorité présidentielle à ce scrutin.

Et cette accusation est crédible ?

Impossible à prouver. Et puis, les Français ne sont pas stupides à ce point-là. Mais personne ne peut garantir que cette idée machiavélique n’a pas effleuré l’esprit de certains stratèges de l’Élysée. Cela dit, une autre critique du président des Hauts-de-France semble plus solide : dévaloriser l’élection de dimanche, c’est nourrir l’abstention. Évidemment, après le triste record de dimanche dernier, c’est de la part du pouvoir prendre un risque assez incompréhensible.

Marine Le Pen, elle aussi, a pointé le risque de nourrir l’abstention.

Elle s’est insurgée contre le choix du 24 avril, un jour où toutes les zones scolaires seront en vacances. Là aussi, abstention garantie.

La patronne du Rassemblement national a affirmé qu’il fallait "changer ces dates".

Ce qui est en pratique quasi-impossible : changer les dates de vacances scolaires de Pâques, on imagine le tollé. Changer les dates du scrutin pour éviter les vacances ou les jours fériés du 1er et du 8 mai, ça voudrait dire raccourcir le mandat de plus d’un mois. Ce qui est interdit par la Constitution. Non, la réalité, c’est qu’il n’y a pas, à cause du calendrier, de bonne date pour la présidentielle de 2022. Alors, plutôt que d’aborder le sujet par la question des dates, mieux vaudrait se concentrer sur le sujet, beaucoup plus fondamental celui-là, de la lutte contre l’abstention et prendre appui sur la difficulté qu’il y aura à voter l’an prochain, pour sortir notre code électoral du XXe siècle et le moderniser en autorisant le vote par correspondance, la procuration en un clic et très vite, le vote par Internet. Ce n’est pas parce qu’on revendique d’être une vieille démocratie qu’il faut se figer sur des règles d’un autre âge.