Élections américaines : Donald Trump n'est pas un accident de la démocratie

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Chaque matin, Nicolas Beytout analyse l'actualité politique et nous livre son opinion. Ce mercredi, il rappelle que Donald Trump n'a pas été élu par accident lors des dernières élections. Selon lui, si Joe Biden devient le nouveau président des États-Unis, les choses ne changeront pas du tout au tout.

C’est la surprise, ce sera très serré entre Joe Biden et Donald Trump.

Oui, et si la surprise Trump se confirme, les Français vont pousser un grand soupir de désolation. Un sondage Odoxa a récemment indiqué que 82% des Français, s’ils avaient pu voter, auraient glissé un bulletin Joe Biden dans l’urne. Une étude BVA révèle même qu’ils n’auraient été que 9% à voter Donald Trump. C’est simple, le président sortant a toujours été foncièrement impopulaire en France. Et comme notre pays a une légère propension à considérer qu’il sait ce qui est bon pour les autres, nous avons eu collectivement tendance à croire, depuis quatre ans, que cet invraisemblable Président était en fait illégitime. Même si, petit détail, il avait été bel et bien élu démocratiquement.

Et qu’il peut donc encore être réélu.

Oui, et ce serait bien sûr une énorme surprise. Mais c’est probablement que nous n’avons pas vu que Trump n’était pas un accident de l’histoire de la démocratie, mais le produit de ce qu’est devenu une partie de l’Amérique profonde, ce pays conservateur, protectionniste, centré sur lui-même et hostile à cette mondialisation dont il détient pourtant quelques-uns des plus beaux fleurons.

En tout cas, si c’était Joe Biden, il serait d’emblée apprécié.

Oui, mais là encore, attention. Si sa personnalité est effectivement l’exact contraire de celle de Donald Trump, sa politique ne s’annonce pas dans tous les domaines comme l’exact inverse de celle des Républicains. Et il ne faut pas croire que la relation entre nos deux pays se seraient d’un seul coup transformée en honey moon, en lune de miel.
A priori, ce sont d’ailleurs les Allemands qui ont le plus à gagner avec l’arrivée d’un nouveau locataire à la Maison-Blanche. Donald Trump ne supportait pas Angela Merkel, ce qui a laissé depuis trois ans un petit espace à Emmanuel Macron dans sa relation avec le président américain.

On pourrait donc avoir une petite carte à jouer ?

Bien sûr. Mais surtout, pas d’angélisme. Le premier mandat de Trump a imposé un changement de regard de Washington sur la Chine. De ce point de vue, rien ne sera plus comme avant. Et si les relations avec Pékin restent hostiles, celles avec l’Europe resteront elles aussi distantes, parce que l’Amérique, désormais ne croit plus au multilatéralisme. Même chose pour les échanges commerciaux : quel que soit le vainqueur, on peut espérer que les agressions caractérisées cesseront un jour, mais sur le fond, tous les États-Unis (les Républicains et les Démocrates) ont changé depuis quatre ans: ils ont désormais l’humeur protectionniste.

C’est un fait, nous n’avons probablement pas perçu ce qu’était devenu l’Amérique, depuis quelques années ; et nous n’avons pas compris que, derrière l’homme caricatural qu’est Trump, et qu’on a adoré détester, c’est toute la sociologie du pays qui avait muté.

Il faut toujours se méfier des parallèles ou des comparaisons trop hâtives, mais Nicolas Beytout serait un homme ou une femme politique en train de réfléchir à l’élection de 2022, il regarderait en grand détail ce qui a conduit à cette surprise incroyable qui ce matin reste possible : la réélection de Trump.

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Le politologue Olivier Duhamel vous raconte l'incroyable histoire des élections présidentielles américaines depuis 1948, de Truman à Obama, de Kennedy à Clinton en passant par les Bush, père et fils… 

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