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Sous-estimé lorsqu'il a commencé à s'étendre en Chine, le Coronavirus a désormais déclenché une nouvelle pathologie typique de notre époque, "l’anticipationnite aigüe". Il s'agit d'une inflammation grave de l’anticipation, que l’on pourrait aussi qualifier de boursouflure extrême du principe de précaution. Elle touche principalement les marchés financiers et les réseaux sociaux.

Ça a secoué très fort sur les marchés boursiers !

Au travers de ce choc boursier, on a vu apparaître une maladie nouvelle, typique de notre époque. Cette maladie, je l’appelle l’anticipationnite aigüe. Autrement dit, une inflammation grave de l’anticipation, que l’on pourrait aussi qualifier de boursouflure extrême du principe de précaution. Que se passe-t-il en effet depuis l’arrivée du coronavirus en Italie, depuis ce jour où la maladie a déboulé dans un monde de transparence et d’information ? Auparavant, le virus avait été confiné en Chine, c’est-à-dire à la fois loin de nous (et le danger lointain fait moins peur) et dans un pays où l’information est sous contrainte. Tout ça nous a probablement conduit à minimiser la réalité du phénomène viral. Au fond, on a traversé cette période chinoise un peu comme une période d’incubation pendant laquelle on ne ressent pas la maladie.

Laquelle maladie se révèle lorsqu’elle arrive en Europe.

Dans des pays qui vivent sous la loi du principe de précaution, là où le risque doit être contrôlé et où les gouvernements doivent surdémontrer leur capacité à prendre des précautions. C’est le début de l’anticipationnite aigüe. On met en place des compteurs à morts, des statistiques du nombre de malades, on désigne des "clusters", nouveau vocabulaire pour identifier des zones d’exclusion. Le tout crée un climat d’angoisse et un terrain de jeu parfait pour les réseaux sociaux. Nous vivons, au travers de cette crise sanitaire, le premier choc mondial de l’ère des réseaux sociaux. Dans un contexte étrange où se mélangent les avis catastrophistes et les appels au calme, sans que personne ne puisse arbitrer entre eux, ni apaiser cette peur collective.

Y a-t-il d’autres symptômes de cette "anticipationnite aigüe" ?

Oui, le krach boursier. C’est une règle universelle, la bourse anticipe. Elle cale son humeur sur sa vision de l’avenir. Dans un climat aussi anxiogène, aussi incertain, elle ne voit rien et elle décroche. Les boursiers appliquent eux aussi le principe de précaution, ils vendent. Ils créent eux-mêmes une spirale qui alimente à son tour l’inquiétude et justifie a posteriori le principe de précaution. C’est une des caractéristiques de cette maladie, l’anticipationnite aigüe s’alimente et s’auto-aggrave elle-même.

Comment est-ce qu’elle se soigne ?

Le remède le plus efficace serait bien sûr que l’on en sache plus sur le Coronavirus, pour réduire le gouffre qu’il y a entre le mystère du virus et l’exigence de transparence et d’instantanéité portée par les réseaux sociaux. L’autre moyen de lutter contre cette maladie, c’est, comme dans la vraie vie, de confiner les porteurs à risque. D’empêcher ou de freiner la propagation de la crise d’un secteur à l’autre, de la banque aux entreprises, puis à la bourse, puis au marché pétrolier. C’est le rôle des banques centrales, des gouvernements et des institutions internationales. Sinon, il restera à compter sur le temps pour calmer la crise. Là encore, comme dans la vraie vie.