Anti-vaccins : le scepticisme des Français est inquiétant

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Chaque matin, Nicolas Beytout analyse l'actualité politique et nous livre son opinion. Ce jeudi, il s'interroge sur le sondage démontrant que les personnes réticentes à se faire vacciner contre le Coronavirus sont de plus en plus nombreuses.

Un sondage vient une nouvelle fois de montrer que les Français sont très réticents face au vaccin contre le Covid.

La première chose qui saute aux yeux, c’est cette proportion des anti-vaccins qui ne cesse d’augmenter au fil du temps et des sondages. Ils étaient 26% en mai selon une étude menée par la prestigieuse revue scientifique The Lancet, un chiffre qui grimpait à 41% en juin puis à 46% mi-octobre et enfin à 50% le week-end dernier. On peut évidemment chercher une explication favorable : on s’approche du déconfinement, l’épidémie fait moins peur et il y a moins d’empressement à se faire vacciner.

Mais il y a sûrement des explications moins optimistes.

La réalité c’est que c’est une très mauvaise nouvelle. Si le pays veut lutter efficacement contre le virus et retrouver rapidement le cours normal de ses activités, il doit arriver le plus vite possible à ce qu’on appelle l’immunité collective. Pour y parvenir, il n’y a que deux moyens : le vaccin ou les Français tombent malades par millions et fabriquent tous seuls leurs anticorps. Ce qui serait évidemment la pire des hypothèses.

Alors d’où vient cette réticence ?

De très loin. Lorsqu’Édouard Philippe annonce, il a trois ans, qu’il va augmenter le nombre de vaccins obligatoires pour les enfants, c’est une levée de boucliers. C’est un fait, il y a en France un socle d’anti-vaccins estimé à 15% de la population. À ces gens-là s’ajoutent désormais ceux qui sont méfiants car le vaccin a été découvert trop vite, ceux qui n’y croient pas et préfèrent la théorie du complot, et tous ceux qui sont hostiles à la science et au progrès. Les OGM, la 5G, le glyphosate, tout ça mélangé au principe de précaution, ça fait un boulgui-boulga qui fabrique ce rejet.

Les sondages montrent que ce phénomène est beaucoup plus fort en France que dans les autres pays.

C’est sûrement corrélé à notre rejet ou à notre crainte de la mondialisation. Là aussi, nous sommes beaucoup plus braqués que les autres opinions publiques. On en trouve d’ailleurs une preuve dans tous ces sondages. C’est au Rassemblement national, chez La France insoumise et les Verts que les anti-vaccins sont majoritaires. Ils y sont deux fois plus nombreux que les sympathisants d’Emmanuel Macron et des Républicains.

Comment est-ce que la tendance pourrait être inversée ?

Rendre obligatoire le vaccin est refusé par une écrasante majorité de Français. Reste un long travail de reconquête pour lutter contre ce qu’on appelle l’horizontalité. Un terme qui désigne tout simplement le fait que, à l’ère des réseaux sociaux et des chaînes d’info, tout le monde peut revendiquer d’avoir un avis pertinent et le donner. Et comme les élites sont démonétisées, on écoute au moins autant une starlette de la télé-réalité divaguer sur le grand complot et l’injection, grâce au vaccin, de puces qui vous traceront toute votre vie, que les meilleurs scientifiques du monde ceux qui savent (enfin savent vraiment) mais n’arrivent plus à convaincre du fait de leur seul statut. Et contre ça, pas de vaccin.