Paris : l'exercice budgétaire compliqué d’Anne Hidalgo

  • A
  • A
2:58
L'édito politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
Partagez sur :

Chaque matin, Nicolas Beytout analyse l'actualité politique et nous livre son opinion. Ce mercredi, il s'intéresse aux idées de la mairie de Paris pour redresser l'économie de la Capitale. Le Conseil de Paris examine le projet de budget de la ville pour 2021 que présente Anne Hidalgo.

Depuis ce mardi et jusqu’à jeudi, le Conseil de Paris examine le projet de budget de la ville pour 2021 que présente Anne Hidalgo.
Il n’y a pas que les États à qui la crise du Covid coûte cher. Les villes aussi voient leurs finances se tendre brusquement, surtout si elles étaient déjà très endettées. C’est le cas de Paris, où l’exercice budgétaire ne s’annonce pas facile-facile.

Le Covid a déjà coûté combien à la capitale ?

L’adjoint chargé des Finances évoque le chiffre de 800 millions, ce qui sur un budget de 10 milliards, est évidemment gigantesque. Il n’y a plus de touristes ou presque, les entreprises voient leur chiffre d’affaires dégringoler et des magasins font faillite, donc les taxes rentrent moins. Le marché immobilier s’est gelé, et donc il y a eu peu de ce qu’on appelle les frais de notaires. Résultat, un budget lourdement déficitaire et une dette qui va exploser, passant de six à plus de sept milliards d’euros.

Que propose Anne Hidalgo pour faire face ?

Comme très souvent en France, lorsque l’on constate un déficit accru, quand on voit que les recettes fiscales diminuent, au lieu de réduire les dépenses, on augmente les impôts et les taxes. Et là, ça promet d’être un festival. Le doublement de la taxe de séjour payée par les touristes est un bon moyen de rendre la capitale attractive et d’aider les hôtels ravagés par la crise à se relever… L’augmentation de 100% de la part municipale de la taxe d’habitation pour les résidences secondaires est, là aussi, très astucieux pour séduire les touristes...

Et puis, il y a ce projet qui promet d’être très populaire : faire payer le stationnement des deux roues dans la capitale. Le sujet, affirme David Belliard, l’adjoint écolo chargé des déplacements, "est sérieusement envisagé". Il faut dire que côté recettes de stationnement, il y aura bientôt un fameux trou puisque la promesse de supprimer 70.000 places pour les voitures, c’est se priver de 180 millions d’euros tous les ans.

Ce qui frappe, dans tous ces projets, c’est leur aspect paradoxal. La ville de Paris se vide chaque année de 10 à 12.000 habitants, mais on va renchérir les achats de logements. Les touristes ont été empêchés de venir par la crise du Covid, on va les taxer davantage pour les faire revenir. Tout est à l’avenant.

Pour autant, le budget devrait être validé, au moins dans ses grandes lignes.

Oui, bien sûr. Anne Hidalgo est largement majoritaire. Même si, petit souci supplémentaire, sa majorité lui donne du fil à retordre. Ce sont les Verts les plus remuants. Ils ont eu la peau d’un proche collaborateur de la maire de Paris, Christophe Girard accusé pour ses liens avec Gabriel Matzneff. Et voilà que dans une grande confusion, plusieurs élus écolos ont été accusés ce mardi par la droite de s’être abstenus sur un vote pour donner le nom de Samuel Paty à une rue de Paris. Pas clair. Ce qui est sûr, c’est que la présidente du groupe écologiste avait regretté le timing de cette initiative. Ambiguës, ces réserves, quand il s’agit d’honorer la victime d’un acte de barbarie islamiste. Anne Hidalgo a sèchement pris acte. Ça ne suffira peut-être pas à chaque fois.