LE SAVIEZ-VOUS ? A qui doit-on les grands magasins ?

SAISON 2019 - 2020
  • A
  • A
4:33
Partagez sur :

Sous le Second Empire, le préfet Haussmann a encouragé une révolution commerciale : la naissance des grands magasins comme le Bon Marché. Découvrez cette histoire dans cet épisode bonus de "Au Cœur de l'Histoire".

En écoutant le récit consacré au préfet Hausmann, vous avez peut être eu envie d'en apprendre d'avantage sur la mue de Paris sous le Second Empire. Dans cet épisode bonus de "Au cœur de l'histoire", le spécialiste histoire Jean des Cars vous raconte comment un génie du commerce, Aristide Boucicaut transforma la vie parisienne avec une invention : les grands magasins. 

Tout commence à Paris, en 1854, quand un ancien vendeur de lainages, sans travail mais imaginatif, transforme une boutique de bonneterie de la rue du Bac. Son nom : "La maison du Bon Marché". On l’appellera vite, plus simplement, "Au Bon Marché". Ce génie du commerce s’appelle Aristide Boucicaut. 

Né en 1810, ses idées sont simples mais très efficaces. Au lieu de percevoir de gros bénéfices sur quelques marchandises mal présentées au fond d’une boutique peu engageante, Boucicaut réduit ses marges. Et surtout, le prix est indiqué sur l’article.  Les gens timides, qui n’osent pas demander le prix, ne sont plus complexés ou gênés. Une révolution ! Et ce prix reste fixe, qu’il s’agisse d’un ustensile ménager ou d’une pièce de tissu. Il n’y a donc aucun risque de mauvaise surprise pour la clientèle. 

Ensuite - et c’est sans doute l’innovation la plus spectaculaire – l’entrée est libre ! C’est à dire que l’on peut flâner dans les allées, faire son choix sans être importuné(e) par un vendeur ou une vendeuse. Et enfin, on peut se contenter de regarder, de comparer, de faire son choix ou, simplement, de rêver.

Désormais le client peut se faire rembourser

Mais Aristide Boucicaut va encore plus loin : il invente l’échange : on peut rendre l’article acheté s’il ne convient pas  à condition, évidemment, qu’il soit en bon état. Le client peut donc se faire rembourser : encore une révolution ! Et puis, en parcourant son magasin, on a la sensation de l’abondance. Mais on  ne s’y perd pas : au lieu d’être en vrac, les articles sont regroupés par spécialités et Boucicaut multiplie les rayons. C’est ainsi qu’apparaît un nouveau personnage de la vie des grands magasins  : le chef de rayon.

Le succès est tel qu’en 1869 les vieilles maisons achetées peu à peu autour du magasin sont remplacées par un nouvel immeuble, beaucoup plus vaste, le long de la rue de Sèvres. Sa charpente métallique sera l’oeuvre de Gustave Eiffel.

Il invente le repos dominical...

Boucicaut est un patron généreux, sensible aux idées sociales de Napoléon III en faveur des ouvriers. Pour son personnel, il invente le repos dominical (on sait qu’il sera imité) et aussi la participation aux bénéfices. A tous égards, Aristide Boucicaut est un visionnaire. De plus, la mode féminine, qui vient réellement de naître, est présentée sur des mannequins en osier. Les femmes peuvent les faire reproduire chez elle par une couturière mais on saura vite que la tenue originale vient du Bon Marché.

… et les soldes ! 

Enfin, Boucicaut aura un trait de génie : le plus grand handicap de tout commerçant est le stock des invendus. Boucicaut invente la vente à un prix sacrifié. C’est ce que appelons les soldes ! Mais il restait à choisir la période de l’année où se déroulerait cette braderie. Ce sera en janvier, une période où les clients, épuisés par l’hiver et désargentés par les fêtes de fin d’année, seront sensibles à des prix plus raisonnables que d’habitude.  

Dernière innovation, en liaison avec la Compagnie Générale des Omnibus qu’Haussmann a créée pour que la population puisse traverser et connaître Paris, le génial Boucicaut fait construire des voitures tirées par deux chevaux : pour ses clients qui ne peuvent se déplacer ou pour les commandes trop lourdes, il invente le service des livraisons à domicile.

Boucicaut s’éteint en 1877. Il aura brillamment transformé la vie parisienne. Emile Zola y consacrera un livre de son cycle "Les Rougon Macquart". "Au Bon Marché" y deviendra "Au bonheur des Dames". 

 

"Au cœur de l'histoire" est un podcast Europe 1 Studio

Auteur et présentation : Jean des Cars 

Cheffe de projet  : Adèle Ponticelli

Réalisation : Guillaume Vasseau

Diffusion et édition : Clémence Olivier

Graphisme : Europe 1 Studio

Direction Europe 1 Studio : Claire Hazan

 

 

 

>> Retrouvez-les sur notre site Europe1.fr et sur Apple Podcasts, SoundCloud, Dailymotion et YouTube, ou vos plateformes habituelles d’écoute.

>> Retrouvez ici le mode d'emploi pour écouter tous les podcasts d'Europe 1

 

Les émissions précédentes