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SAISON 2019 - 2020, modifié à

À la fin du 18ème siècle, un marquis français joua un rôle décisif dans la guerre d'indépendance des Etats-Unis. Dans ce nouvel épisode de "Au cœur de l'histoire", produit par Europe 1 Studio, Jean des Cars dresse le portrait de La Fayette.

Le vote est l'un des piliers de la démocratie aux Etats-Unis, depuis l'indépendance du pays à la fin du 18ème siècle. Pour gagner ce combat contre les Britanniques, les colons américains avaient été épaulés par un Français : La Fayette. Dans ce nouvel épisode de "Au cœur de l'histoire", produit par Europe 1 Studio, Jean des Cars vous raconte le parcours de ce farouche défenseur des "Insurgents" à l’ego surdimensionné. 

Retrouvez l'épisode en audio sur YouTube.

Le 6 février 1779, le marquis de La Fayette, âgé de 22 ans, débarque à Lorient. Il est de retour d’Amérique. Il est tout auréolé de la gloire d’avoir combattu, souvent avec succès, les Anglais aux côtés des Insurgents, ces révoltés des colonies américaines. Toutefois, pour accomplir ces faits d’armes, La Fayette avait bravé l’interdiction du roi Louis XVI. Lorsqu’il avait affrété lui-même, en avril 1777, un navire pour traverser l’Atlantique et rejoindre les colonies anglaises d’Amérique en révolte, Louis XVI n’était pas du tout d’accord. Les souvenirs cuisants de la guerre de Sept Ans ne l’incitaient guère à s’engager, à nouveau, contre l’Angleterre. Mais les temps avaient changé. Les Insurgents avaient remporté quelques victoires et surtout, la marine anglaise ne cessait d’attaquer et d’arraisonner les navires de commerce français, entre les Antilles et la France.

Les exploits du bouillonnant marquis de La Fayette auprès des colons révoltés étaient devenus une sorte d’épopée. Tous les amis des Lumières étaient enthousiasmés par l’engagement de ce jeune aristocrate au service de la liberté. S’il reçoit de Paris un accueil extraordinaire, si on le célèbre comme un héros dans les salons, le Roi n’apprécie pas que ce héros ait enfreint ses ordres. Louis XVI le fait attendre, dix jours. La Fayette patiente chez son beau-père, à l’Hôtel de Noailles où il retrouve sa ravissante épouse, Adrienne. Pendant son absence, il n’avait cessé de correspondre avec elle en l’appelant "Mon cher cœur", alors qu’il n’arrêtait pas de la tromper. 

Fin février, La Fayette est enfin reçu par le Roi. Louis XVI écoute son récit. Courtoisement mais sans enthousiasme. La Reine, Marie-Antoinette, qui s’était moquée de lui avant son départ parce qu’il était un piètre danseur, lui sourit et lui tend sa main à baiser. Un peu de baume sur le cœur de cet orgueilleux qui avait très mal supporté les railleries de la Reine !

Si Louis XVI ne le félicite pas, il le récompense tout de même d’un brevet de Maître de Camp de Cavalerie. Il reçoit aussi l’autorisation d’acheter pour 80.000 Livres le Régiment du Royal Dragons. Mais cela ne suffit pas à La Fayette. Il a d’autres idées en tête. S’il est revenu en France, c’est pour que le Roi et son gouvernement se décident enfin à s’allier aux Insurgents et à les aider dans la conquête de leur indépendance. Mais qui est donc Joseph Gilbert Motier, marquis de La Fayette ?

Un jeune aristocrate assoiffé de gloire 

Il est né en 1757 au château de Saint-Roch à Chavagnac, en Auvergne, au sein d'une famille de petite mais très ancienne noblesse. Son père meurt alors qu’il n’a que 2 ans. Il est élève au Collège du Plessis et à 13 ans, il entre dans le seconde Compagnie des Mousquetaires du Roi. Le décès de sa mère, en 1770, puis de son grand-père maternel font de lui un très riche héritier. A 16 ans, en 1774, il épouse Marie-Adrienne de Noailles, 14 ans, seconde fille du duc d’Ayen. Ce mariage le fait entrer dans le clan Noailles, une des familles les plus puissantes de la Cour. Mais La Fayette n’est pas très à l’aise à Versailles. Ce provincial se sent gauche et souffre d’un complexe d’infériorité. Il rêve de prendre sa revanche par une carrière éclatante. 

C’est alors qu’il rencontre un étonnant personnage envoyé à Paris par le tout jeune Congrès de Philadelphie pour négocier avec "les Amis de l'Amérique", en particulier le Roi de France. En effet, le 4 juillet 1776, les Insurgents ont déclaré l'indépendance de treize colonies américaines, affranchies de la Couronne britannique. Et cet homme, Benjamin Franklin, est chargé d’obtenir le soutien et l’alliance de la France.

Benjamin Franklin, un des pères fondateurs 

L’​arrivée de Benjamin Franklin, le 17 décembre 1776, a surpris tout le monde. C’est un pittoresque vieillard de 70 ans, d’une allure plutôt rustique qui contraste avec le luxe parisien. Vêtu de drap brun, sans perruque, le cheveu plat, une paire de lorgnons sur le nez, il est chaussé de gros souliers et s’appuie sur un bâton blanc. Mais il est malicieux, simple et narquois. De plus, c’est un inventeur de génie. 

Fils d’un modeste fabricant de chandelles de Boston, il s’est d’abord placé chez son frère imprimeur tout en continuant son éducation. À force de travail et d’économies, il a créé en 1729, à Philadelphie, une imprimerie qui est devenue importante. Il organise des bibliothèques, des clubs, des sociétés littéraires. C’est un membre puissant de la franc-maçonnerie. En 1751, il crée l’Université de Pennsylvanie tout en se consacrant à des recherches scientifiques sur l’électricité. L’année suivante, il invente le paratonnerre. Et il met également au point un système de chauffage connu sous le nom de "cheminée de Franklin". Après avoir été nommé Maître Général des Postes en Amérique anglaise, il va en Angleterre pour défendre les intérêts des colons et comprend rapidement que l'Angleterre n’est pas prête à accorder l’autonomie à cette colonie.

Les relations avec l'Angleterre se dégradent en 1773 avec les "tea parties". Alors que les colons d’Amérique étaient accablés de taxes, les Anglais en avaient exempté la Compagnie Anglaise des Indes Orientales, lui permettant ainsi de bénéficier d’un monopole. Plus de concurrence pour les colons ! En signe de protestation, 60 habitants de Boston, déguisés en Indiens, se glissent dans un navire anglais chargé de thé et jettent toute la cargaison dans la baie du Massachusetts. Les Anglais ripostent par des mesures impopulaires, les Corrective Acts, que les colons appellent les Intolérables. Les 13 colonies prennent alors leur destin en main. Elles se réunissent en un premier Congrès en septembre 1774.

Élu député de Pennsylvanie à ce premier Congrès, Franklin sera, avec Washington, Jefferson et Adams, l’auteur de la déclaration d’indépendance le 4 juillet 1776. Il est l’un des quatre pères fondateurs des Etats-Unis. Il faut rappeler que cette date est si importante que le 4 juillet est devenu le jour de la Fête Nationale des Etats-Unis.

Malheureusement, la guerre d’indépendance commence mal. Les troupes américaines, formées de volontaires, sont inférieures en nombre à l’armée anglaise. Le général Washington perd la bataille de Long Island en août 1776. Il doit abandonner New-York aux Anglais. C’est la raison pour laquelle Franklin est envoyé en France, afin de demander et d’obtenir des secours. 

La Fayette se bat aux côtés des Insurgents 

Près de Paris, l’émissaire s’installe dans l’hôtel de Valentinois, au village de Passy. Il est reçu par Mme du Deffand, l’amie de Diderot et des Encyclopédistes. Et c’est là que La Fayette le rencontre. Le marquis est séduit par ce personnage étrange et sa volonté d’affranchir définitivement les colonies américaines. La Fayette a trouvé sa vocation : il va traverser l’Atlantique pour se porter au secours des Insurgents. Le Nouveau Monde le fait rêver. L’historien Jean-Christian Petitfils nous raconte : 

" Bravant les interdits royaux et les injonctions de son beau-père, fort en colère, qui lui faisait défense de s’engager dans l’armée américaine, abandonnant une épouse enceinte, La Fayette affréta à ses frais un navire de 200 tonneaux et 30 hommes d’équipage, "La Victoire". Il s’embarqua dans la nuit du 25 au 26 avril 1777 au port espagnol de Los Pasajes, près de San Sébastien et vogua vers le Nouveau Monde. "

En mer, La Fayette, qui s’est embarqué avec plusieurs autres jeunes officiers, écrit le 7 juin à sa femme : "Le bonheur de l’Amérique est infiniment lié au bonheur de l'humanité. Elle va devenir le respectable et sûr asile de la vertu, de l’honnêteté, de la tolérance, de l’égalité, d’une tranquille liberté”.

À Philadelphie, dans un premier temps, le Congrès l’accueille assez fraîchement. Ses membres changent d’avis lorsqu’ils apprennent que le jeune La Fayette est apparenté aux Noailles. Même les membres du Congrès étaient snobs ! La Fayette est nommé au grade de Major Général de l’Armée des Etats-Unis. Le Français rencontre alors George Washington, général en chef des colons révoltés. L’ancien planteur de Virginie l’accueille avec bienveillance. Il le traite en protégé et bientôt en ami. Il va enfin confier des responsabilités militaires à La Fayette.

Si le marquis est impulsif et étourdi, il est aussi extrêmement courageux. En août 1777, à la bataille de Brandywine, au sud-ouest de Philadelphie, il est blessé à une jambe. L’année suivante, le 28 juin 1778, à la bataille de Monmouth, dans le New-Jersey, La Fayette gagne ses galons que l’on pourrait presque qualifier de diplomatiques. Aux yeux des Américains, il réussit à s’imposer comme le porte-parole de la France et le seul interlocuteur capable d’aplanir les difficultés entre les deux pays. C’est pour cette raison qu’il est revenu en France et que Louis XVI le reçoit en février 1779.

La France va enfin au secours des Insurgents 

Au début de février 1780, le Roi et son Conseil décident enfin d’envoyer un corps expéditionnaire de 5.500 hommes pour aider militairement Washington. Mais Louis XVI se méfie de La Fayette. Il  donne la direction de cette armée au comte de Rochambeau, maréchal de France qui s’était autrefois distingué au siège Maastricht. C’est un homme d’expérience de 55 ans. Parmi les officiers qui l’accompagnent, il y a quelques fleurons de l’aristocratie française : le duc de Lauzun, le baron de Montesquieu, le vicomte de Noailles et.... Axel de Fersen. Ce Suédois est amoureux de Marie-Antoinette. Craignant que la Reine ne s’attache trop à lui, il a décidé de s’éloigner et d’aller se battre en Amérique.

Même si La Fayette n’en a pas le commandement, cette opération est, pour lui, un succès. Afin d'être le premier à rejoindre Washington et le prévenir de l’arrivée de l’escadre, il part en avant-garde sur la frégate L’Hermione. Le corps expéditionnaire français débarque le 11 juillet à Rhode Island. Rochambeau dresse un camp retranché à Newport et La Fayette sert d’intermédiaire avec Washington. Au début mars 1781, Louis XVI refuse à Rochambeau l’envoi de 10.000 hommes supplémentaires mais il accorde une enveloppe de 6 millions de livres à l’armée américaine. Le Roi décide surtout l’envoi d’une escadre aux Antilles commandée par le comte de Grasse. Elle va rapidement s’emparer de Trobago mais elle va surtout permettre, par son appui à Rochambeau, la victoire définitive sur les Anglais.

La victoire de Yorktown

Tandis que La Fayette, à la tête des 1.500 volontaires de Virginie, quitte Newport pour faire sa jonction avec les 3.000 combattants de Washington, l’objectif est d’attaquer New-York. Mais l’amiral de Grasse, venu des Antilles, préfère attaquer en Virginie. Secrètement, les deux armées de Rochambeau et de de Grasse se portent vers Yorktown où s’enferme le général britannique Cornwallis. Alors, de Grasse intercepte la flotte anglaise de secours. Ensuite, il remonte la baie de Chesapeake jusqu’à Baltimore. Là, il transporte les 9.000 hommes de Washington et les 8.000 de Rochambeau jusqu’à Yorktown.  

Le siège de cette ville par les troupes franco-américaines commence le 29 septembre. Lord Cornwallis se rend le 19 octobre et remet son épée à ses vainqueurs. Le courage et l’allant de La Fayette ont fait merveille. La capitulation des Anglais à Yorktown fait éclater la joie des Américains. Ecoutons Jean-Christian Petitfils :

" Philadelphie s’illumina et accueillit en libérateurs les soldats de Louis XVI. 'Jamais la France n’eut son avantage aussi marqué sur l’Angleterre que celui-là', dira, triomphant, Rochambeau. Les Français pouvaient en tout cas tirer orgueil à la fois de leur marine qui avait empêché les secours d’arriver jusqu’à Cornwallis, et de leur armée, qui avait fait preuve de beaucoup de vigueur et de discipline. "

La Fayette, qui a contribué à la victoire, est fait citoyen d’honneur des Etats-Unis d’Amérique. La victoire de Yorktown n’est pas la fin de la guerre d’indépendance. Le roi George III tient encore New-York et Charleston. Les affrontements vont encore durer un ​an mais les négociations sont désormais inéluctables.

A la fin de l’année 1781, La Fayette regagne la France. A Paris, c’est un véritable triomphe qui lui est réservé. On fête partout le "Héros des Deux Mondes" et "le soldat de la Liberté". A la fin de janvier 1782, Paris fête la naissance du dauphin tant attendu (il mourra de tuberculose en juin 1789). Cette joie populaire est associée à la victoire de Yorktown. A l’opéra, La Fayette est couronné de fleurs. Il est fait maréchal. En juin, il est initié à la loge de Saint Jean d’Ecosse du Contrat Social. Si la Fayette devient franc-maçon, c’est peut-être par ambition personnelle mais peut-être aussi par fidélité à Washington, lui-même franc-maçon.

En 1783, les traités de Versailles et de Paris  

La paix est longue à être conclue. Le Congrès a envoyé à Paris deux redoutables négociateurs, John Adams, un des rédacteurs de la Déclaration d’Indépendance, et John Jay pour épauler Benjamin Franklin jugé trop faible et trop favorable à la France depuis qu’il avait rencontré Louis XVI dans son Cabinet secret. La guerre s’étant prolongée pour la France du côté de Gibraltar et de Ceylan, finalement les Espagnols renoncent à Gibraltar, tandis que le roi de France obtient l'île de Tobago et un agrandissement du territoire de Pondichéry, prestigieux comptoir de l’Inde. L’armistice est signé le 20 janvier 1783 à Versailles, par Vergennes, ministre des Affaires Étrangères, Aranda pour l'Espagne, les trois Américains Adams, Jay et Franklin et l’Anglais Fitz Herbert.

Paris acclame La Fayette et Franklin. On se met à chanter sur l’air de Marlborough pour tourner les Anglais en dérision. Le traité de Paris est ratifié le 3 septembre 1783 à l’Hôtel d’York, à Paris, entre l'Angleterre et les Etats-Unis. Par cet acte diplomatique, l’Angleterre reconnaît le principe de la liberté des mers ainsi que la pleine indépendance et souveraineté des Etats-Unis. Cette indépendance allait coûter très cher à la France. Elle pèserait lourd sur le déficit et allait faire basculer la France vers la Révolution.

Que va devenir le marquis de La Fayette ? Il a tiré toute la gloire possible de son épopée américaine. Il a bien joué. Il est au sommet de sa popularité. La suite sera moins glorieuse. Député de la noblesse en 1789, commandant de la Garde Nationale, il fait adopter la cocarde tricolore et savoure son dernier triomphe lors de la Fête de la Fédération le 14 juillet 1790. 

En juin 1792, il tente de soulever son armée en faveur de Louis XVI. Mis en accusation par la Convention, il essaie de passer en Hollande en août 1792 mais il est arrêté par les Autrichiens et reste en captivité jusqu’en septembre 1797. Après le 18 Brumaire, il rentre en France. Rayé de la liste des émigrés et se tient à l’écart de toute activité pendant le Consulat et l’Empire. Après le retour des Bourbons, il vit dans se retraite jusqu’en 1818 où il est élu député de la Sarthe. Non réélu en 1824, il accomplit un voyage triomphal en Amérique en 1825 avant d’être élu député de Meaux en 1827. 

En 1830, lors de la Révolution des Trois Glorieuses, il est porté au commandement de la Garde Nationale. Il sera le principal artisan de l’avènement de Louis-Philippe. En 1831, il passe à l’opposition. Il y restera jusqu’à sa mort en 1834. Cet aristocrate, qui avait échappé à la Terreur, ne profita guère du retour de la monarchie. Sa seule et immense gloire, il la devait à son rôle actif dans l’indépendance américaine.

 

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"Au cœur de l'histoire" est un podcast Europe 1 Studio

Auteur et présentation : Jean des Cars 

Cheffe de projet  : Adèle Ponticelli

Réalisation : Guillaume Vasseau

Diffusion et édition : Clémence Olivier

Graphisme : Europe 1 Studio

Bibliographie : François Durpaire Histoire des Etats-Unis ( Que sais-Je ? PUF, 2013, réédition 2019).