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SAISON 2020 - 2021

Cet été, le 13 août marquera les 60 ans de l'édification du mur de Berlin. Le "mur de la honte" a divisé la capitale allemande pendant 28 ans. Dans ce nouvel épisode du podcast Europe 1 Studio "Au Cœur de l’Histoire", Jean des Cars raconte la construction du mur de séparation entre l’Est et l’Ouest de Berlin. 

En pleine Guerre Froide, L’Est de l’Europe est dominé par l’URSS tandis que l’Ouest représente le monde libre. Dans la nuit du 13 août 1961, l’Armée populaire de RDA occupe Berlin-Est et commence à l’isoler par des barrages... Dans ce nouvel épisode du podcast Europe 1 Studio "Au cœur de l'histoire", Jean des Cars revient sur l’histoire de la construction du mur de Berlin. 

L’année 1989 est décidément une mauvaise année pour Erich Honecker qui dirige d’une main de fer la République Démocratique Allemande, la RDA. Il souffre d’un cancer, et l’économie de l’Allemagne de l’Est se trouve dans un état désastreux. Le peuple commence à manifester sa mauvaise humeur. 

Les étranges touristes venus de la RDA

Courant août, il apprend que c’est un membre de Solidarnosc qui devient Premier ministre de Pologne, un pays frère qui a de grandes velléités d’indépendance. Pire encore, un grand nombre d’Allemands de l’Est, qui n’ont pas l’autorisation de franchir le Rideau de Fer et de venir à l’Ouest, ont décidé de passer leurs vacances dans les pays amis, la Pologne, la Hongrie, la Tchécoslovaquie. 

Mais aussitôt arrivés dans leurs capitales, ils se précipitent pour trouver refuge dans les ambassades de la République Fédérale Allemande, l’Allemagne de l’Ouest. Elles sont littéralement envahies. Trois millions d’Allemands de l’Est sont sortis de la RDA ! 

Cette immense migration n’a pas échappé à l’archiduc Otto de Habsbourg, héritier du trône du défunt Empire austro-hongrois. Alors député allemand au Parlement Européen, il est aussi à la tête du Mouvement Paneuropéen qu’il a créé. Pour bien médiatiser cet afflux d’Allemands de l’Est en Hongrie, le fils du dernier Empereur d’Autriche-Hongrie organise alors un gigantesque pique-nique européen dans le pays, juste à la frontière autrichienne. 

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A cette occasion, 500 vacanciers est-allemands franchissent le poste frontière austro-hongrois de Sopron et entrent en Autriche sans être le moins du monde inquiétés. A partir du 13 septembre, avec l’ouverture effective et la démilitarisation de la frontière, c’est une première brèche qui s’ouvre dans la partie sud du Rideau de Fer… 

Plus au nord, la pression sur la frontière tchécoslovaque atteint au paroxysme. Le Rideau de Fer est-il en train de craquer ? Erich Honecker est inquiet. Sa seule certitude est que, au moins, le Mur de Berlin tiendra. Le grand frère soviétique aidera l’Allemagne de l’Est… 

Pas si sûr ! Car Gorbatchev,  à la manœuvre à Moscou, est lui aussi dans de grandes difficultés financières et cherche à régler ce qui commence à être une révolte en Allemagne de l’Est de façon pacifique. Pour Gorbatchev, il n’est pas question d’envoyer les chars soviétiques comme l’URSS l’avait fait à Budapest en 1956 et à Prague en 1968 : Moscou n’en a plus les moyens et n’a surtout pas envie de déclencher un conflit international.

Le mur de Berlin va-t-il tenir ? Et surtout pourquoi existe-t-il ??

Avant le Mur de Berlin, le Rideau de Fer

On sait qu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’Europe a été séparée en deux blocs, l’Est et l’Ouest. L’Est est dominé par l’URSS, l’Ouest incarne le monde libre. On peut encore circuler relativement librement en Europe.

Le premier à s’inquiéter de la séparation de l’Europe en deux est Winston Churchill. Le 5 mars 1946, alors qu’il reçoit le Président Américain Harry Truman, il évoque dans son discours "le Rideau de Fer" qui serait en train de s’étendre en Europe devant les pays de l’Est soumis au contrôle de l’URSS. 

C’est un discours prémonitoire. En effet, deux ans plus tard, le 25 février 1948, les communistes prennent le pouvoir en Tchécoslovaquie. La situation économique y est catastrophique car elle n’a pu bénéficier du Plan Marshall. Une vague de purges s’étend sur le pays. Des arrestations sont ordonnées, le coup de Prague a réussi. Bientôt, le Rideau de Fer va séparer l’Europe occidentale de l’Europe de l’est dont les pays deviennent tous des satellites de l’ URSS.

L’Allemagne a été coupée en deux lors des traités de paix qui ont mis fin à la guerre. Il y a, à l’Ouest,  la République Fédérale Allemande, la RFA, avec comme capitale Bonn et la République Démocratique Allemande, la RDA, à l’Est, avec comme capitale Berlin. 

Mais le statut de Berlin est complexe. La ville a été elle-même coupée en deux : à l’est de la Porte de Brandebourg c’est la capitale de la RDA, occupée par les soviétiques. A l’ouest, Berlin est occupée conjointement d’une façon tripartite par les Alliés franco-britanniques et américains. La ville est enclavée dans la RDA, très éloignée de la frontière. Une autoroute traverse l’ Allemagne de l’Est, reliant la RFA à Berlin-Ouest.

Après le coup de Prague en février 1948, les 14 et 15 juin, les transports de charbon vers Berlin sont bloqués par les Soviétiques à la frontière est-ouest. L’autoroute est fermée sous prétexte de réparations sur les ponts de l’Elbe. Le 24 juin, les Soviétiques interrompent l’ensemble du trafic vers Berlin à l’exception du trafic aérien. L’affaire s’envenime. 

La fourniture d’électricité à Berlin Ouest est totalement interrompue. En représailles, les Alliés décident de suspendre les livraisons d’acier et de charbon à la zone d’occupation soviétique. En réponse, Moscou met en place le Blocus de Berlin. Les USA et le Royaume Uni décident de ravitailler le secteur ouest de Berlin grâce à un pont aérien qui permettra de fournir aux habitants des vivres et des matières premières. Les Alliés ne veulent pas abandonner Berlin Ouest. Le blocus va durer presque un an, jusqu’au 12 mai 1949.  

Grâce à des négociations à l’ ONU, Moscou y met fin, renonce à mettre en circulation une seule monnaie pour l’ensemble de la ville de Berlin et reconnaît enfin l’existence d’un État indépendant, l’Allemagne de l’Ouest. C’est une première alerte. Le statut de Berlin est fragile, à la merci de la bonne volonté de l’Union Soviétique… 

A l’été 1961, une nouvelle crise éclate à Berlin. Pour la première fois, des policiers en armes, de l’est et de l’ouest, se font face. Le libre passage de l’est à l’ouest pose un grave problème aux autorités de la RDA. Chaque jour, 53.000 Berlinois de l’Est passent la frontière pour travailler à Berlin Ouest. Mais s’y ajoutent des réfugiés qui passent définitivement à l’ouest. Le 9 août, le flux atteint son maximum avec 1.926 personnes. 

Les débuts de la construction du mur

Les autorités de l’ Allemagne de l’Est se préparent à bloquer la frontière dans Berlin. L’Assemblée Populaire vote les pleins pouvoirs au gouvernement de la RDA pour "prendre toutes mesures utiles à la protection de ses intérêts". Dans la nuit du 13 août 1961, l’Armée populaire de RDA occupe Berlin-Est et commence à l’isoler par des barrages et des fortifications. Sur les 80 points de passage entre les zones qui existaient alors, 12 seulement restent ouverts. Un rassemblement de plus de 500.000 personnes a lieu à Berlin-Ouest pour s’opposer au blocage de la frontière.

Le 15 août, des éléments en béton commencent à remplacer les clôtures en barbelés. La construction du Mur de Berlin a commencé. Pour le franchir en voiture, il faut un laissez-passer spécial. Le 19 août, les Alliés protestent dans une note envoyée à Moscou. Elle affirme que les mesures prises sont une violation flagrante du statut des Quatre Puissances à Berlin (L’URSS à l’Est, la France, les USA et le Royaume-Uni à l’Ouest). Peine perdue : le mur est consolidé. 

Une autre barrière, avec des miradors, surveillée en permanence par des "vopos" équipés de mitrailleuses, est construite en parallèle au mur, à l’intérieur de Berlin-Est. Entre les deux, c’est un no man’s land pour mieux repérer et abattre les candidats au passage clandestin du mur.

La brutalité de la construction a eu des conséquences tragiques pour certaines familles, désormais coupées en deux. Franchir le mur est une redoutable entreprise, souvent vouée à l’échec et qui peut entraîner des représailles pour celles et ceux que l’on a laissés derrière soi. 

Pour le premier anniversaire du mur, le gouvernement ouest-allemand publie un bilan du nombre de transfuges : 12. En revanche, 316 personnes sont passées d’est à l’ouest malgré la fermeture de la frontière entre les deux Allemagne. 

Le 17 août 1962, le jeune Berlinois de l’Est Peter Fechter est abattu par la police est-allemande en essayant de franchir le mur. Il est le premier mort du Mur de Berlin. L'événement provoque des protestations diplomatiques occidentales. 

L’année suivante, le Président américain John Fitzgerald Kennedy consacre la troisième journée de sa visite en Allemagne Fédérale à Berlin. Il avait une revanche à prendre. Au début de sa présidence, en avril 1961, le désastre du débarquement à Cuba dans la baie des cochons avait été une fâcheuse catastrophe. Deux mois plus tard, au sommet de Vienne,  Kennedy avait dû subir l’ascendant et le mépris de Khroutchev. Mais en octobre 1962, il va se montrer ferme et courageux vis à vis de Khroutchev en le contraignant à retirer les fusées lance-missiles et leurs rampes de lancement qu’il s’apprêtait à placer en  batterie à Cuba, face aux Etats-Unis. 

Il se sent alors capable de défier l’URSS en prononçant un discours historique devant l’Hôtel de Ville de Berlin et une foule de 400.000 personnes. Et lorsqu’il affirme son soutien à Berlin-Ouest et achève son discours par "Ich bin ein Berliner", "Je suis un Berlinois", il déclenche d’immenses acclamations.  Il se rend ensuite au mur de Berlin, jusqu’au point de passage de Check Point Charlie. Il prononce un autre discours devant un public d’étudiants à l’Université Libre de Berlin dans lequel il affirme croire qu’une réunification des deux Allemagne est possible. 

Le bref séjour de 7 heures du Président américain à Berlin a eu un retentissement mondial et constitue une nouvelle donne dans les rapports Est-Ouest. Hélas, son assassinat en novembre suivant met un point d’arrêt aux espoirs des Berlinois de l’Ouest.

L’affaire Farewell

L’évaluation du danger que représentait l’URSS pour l’Occident va changer dans les années 1980 grâce à une affaire d’espionnage : l’affaire Farewell. 

C’est le nom de code d’un lieutenant-colonel du KGB, Vladimir Vetrov, qui, en poste à l’ambassade soviétique à Paris au début années 1980, pillait les secrets industriels de Matra, Thomson, Airbus et de l’Aérospatiale car il était aussi un ingénieur émérite. 

Ce personnage fantasque, anarchiste et bon vivant, devient l’ami d’un cadre important de Thomson. De retour à Moscou, il devient l’un des principaux officiers du KGB dans le département des technologies à l’étranger. Retourné par son ami français, il va livrer à la DST la liste des pillages de technologie ainsi que celle des agents soviétiques infiltrés à l’Ouest. 

Au sommet du G7 d’Ottawa en 1984, le Président Mitterrand révèle à Ronald Reagan l’ampleur  des "livraisons" faites par Farewell. Par la même occasion, le Président Français se dédouane des reproches faits par les USA d’avoir des ministres communistes dans son gouvernement…  

Ce que découvrent Reagan et ses conseillers est que l’URSS s’est livrée à un grand bluff : la technologie soviétique est défaillante, elle surjoue sa puissance, elle est à bout de souffle. C’est à cette époque que Reagan met en place sa stratégie de "la guerre des étoiles" en obligeant Moscou à une surenchère permanente qui va ruiner l’URSS. Pour l’anecdote, Farewell a été  démasqué par le KGB,  arrêté, et exécuté d’une balle dans la nuque en 1984.

Entre-temps, toutes ses révélations avaient permis aux Occidentaux d’anéantir le réseau d’espionnage soviétique et de modifier leurs codes d’accès à plusieurs systèmes d’armements.

Gorbatchev change la politique de l’URSS

En mars 1985, Gorbatchev arrive à la tête de l’URSS. Sans lui, jamais le mur ne serait tombé en douceur et sans un coup de feu. Il hérite d’une URSS en quasi-faillite. Si les Occidentaux évaluaient à environ 9% les dépenses militaires de Moscou, elles étaient en réalité à 35 % du pib. La conséquence était un appauvrissement dramatique des populations, une productivité au plus bas, 25 millions de Soviétiques vivant en dessous du seuil de pauvreté, sans compter les 1.300.000 détenus croupissants dans l’enfer des goulags.  

Dans ces conditions, il n’était pas facile de tenir tête à Reagan dans les sommets bi-latéraux, ce qu’il arrivait néanmoins à faire car c’était un diplomate hors-norme. 

Dès son arrivée au Kremlin, Gorbatchev avait établi une feuille de route : en finir avec la course aux armements, sortir d’Afghanistan et améliorer les relations avec les Etats-Unis et la Chine. Quant aux Etats du Pacte de Varsovie, Gorbatchev avoue : "Nous ne pouvons plus assumer la responsabilité de leur développement intérieur". L’homme qui va l’aider à réaliser cette politique est âgé de 66 ans. Il s’appelle Yakovlev. C’est lui qui va énoncer les principes de la Glasnost et de la Perestroïka.

L’Allemagne de l’Est a longtemps fait illusion. Elle était considérée comme la première nation technologique et économique du bloc de l’Est. Mais petit à petit, elle s’est rigidifiée, devenant une espèce d'État-Prison dirigé par un secrétaire général usé, Erich Honecker. Elle stagne dans un régime de terreur avec aux frontières l’Armée Rouge et à l’intérieur l’Armée Populaire Est-Allemande. 

C’est un problème pour Gorbatchev. Il faut se débarrasser sans révolution de Honecker. Le KGB va préparer un plan pour lui trouver des successeurs plus souples. Et pour Gorbatchev, il importe aussi d’entretenir des rapports apaisés avec la riche  Allemagne Fédérale. Mais cet équilibre compliqué, il va tenter de l’obtenir.

Gorbatchev et le chancelier Kohl

Du 12 au 15 juin 1989, le chancelier d’Allemagne Fédérale  Helmut Kohl reçoit Gorbatchev à Bonn en visite officielle. C’est au même moment que la décision de baisser le Rideau de Fer entre l’Autriche et la Hongrie a été obtenue par Bonn en contrepartie d’un crédit d’un milliard de Deutsche Marks au bénéfice de la Hongrie.

La première ouverture du Rideau de Fer a donc été financée par l’Allemagne. Après le dîner de gala du 14 juin, Kohl et Gorbatchev font une promenade dans le parc de la chancellerie. Ils parlent d’échanges économiques mais aussi et surtout de la division allemande. Khol explique à Gorbatchev que la réunion des deux Allemagne est le rêve de sa vie… mais qu’il n’est pas certain de la voir réalisée de son vivant. Gorbatchev lui apporte pratiquement son soutien en lui disant qu’il ne lui reprochera jamais d’être un authentique patriote.

Alors, Kohl se lâche : "Au même titre que l’on ne peut arrêter le cours d’un fleuve, personne jamais n’empêchera que les Allemagne se retrouvent. De même que le Rhin va à la mer, le cours de l’ Histoire nous conduit vers la réunification. Mon espoir est que nous puissions, en confiance avec nos voisins, favoriser ce processus. Et cela n’a évidemment pas de prix !"

Gorbatchev lui répond qu’il faudrait s’entendre sur le montant de la transaction et  il lui demande : "Finalement, votre prix, c’est combien ?"

Khol répond du tac au tac : "Votre prix sera le mien…"

Gorbatchev réplique que le chancelier lui donne de drôles d’idées et qu’il devrait prendre garde à ce qu’un jour, il ne le prenne au mot…

Tout est désormais en place. Khol veut la réunification, Gorbatchev est conciliant à condition qu’il y trouve son avantage. Il faut se débarrasser de Honecker. Il ne manque plus qu’un soulèvement en Allemagne de l’Est et on ne donnera pas cher de l’avenir du Mur de Berlin !

 

Ressources bibliographiques :

Michel Meyer, Histoire secrète de la chute du Mur de Berlin (Odile Jacob, 2009, nouvelle édition, 2014)

Henry Bogdan, Histoire des pays de l’Est (Perrin, 1991, réédition actualisée  collection Tempus, 2008)

 

 

"Au cœur de l’Histoire" est un podcast Europe 1 Studio

Auteur et présentation : Jean des Cars
Production : Timothée Magot
Réalisation : Christophe Daviaud  
Diffusion et édition : Clémence Olivier et Salomé Journo 
Graphisme : Karelle Villais