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SAISON 2019 - 2020, modifié à

Elle était une icône, une star de cinéma qui forma un couple mythique avec John Gilbert mais aussi une femme discrète qui a arrêté sa carrière à l'âge précoce de 36 ans. Dans ce nouvel épisode de "Au cœur de l'histoire", produit par Europe 1 Studio, Jean des Cars dresse le portrait de Greta Garbo, l'une des plus célèbres actrices au monde disparue il y a tout juste trente ans.

Il y a trente ans, à New-York, disparaissait la plus célèbre actrice du monde. La comédienne d'origine suédoise était aussi la plus adulée et la plus secrète des stars. Dans ce nouvel épisode de "Au cœur de l'histoire", produit par Europe 1 Studio, Jean des Cars retrace la vie de Greta Garbo.

Un événement stupéfiant : pour le lancement du film Ninotchka en novembre 1939, le principal argument publicitaire trouvé par la MGM est, simplement, "Garbo rit !" C’est son 24ème film à Hollywood et pour la première fois, en effet, on va la voir rire aux éclats. Il faut dire que Ninotchka est une comédie réalisée par un maître du genre, Ernst Lubitsch. Mais pourquoi tout miser sur ce rire ? 

C’est la troisième fois que la MGM pratique, avec Greta Garbo, ce style de promotion : la première fois, c’était pour Anna Christie en 1930. L’argument était "Garbo parle !". C’était, en effet, son premier film parlant. On allait enfin connaître le son de sa voix, très spéciale. Quiconque a vu le merveilleux Chantons sous la pluie sait quelle épreuve le passage du muet au parlant a été redoutable pour les stars du muet. Garbo réussit cette transition haut la main. La deuxième fois, c’était en 1934 pour Le voile des illusions. Cette fois-là, le slogan était "Garbo sourit !".

La mythique Greta Garbo avait mis quelques années à parler, quatre ans de plus pour sourire. Il en faudra attendre encore quatre pour que cette habituée de rôles tragiques éclate enfin de rire. Merci Lubitsch ! Le film Ninotchka est un régal burlesque. Il raconte l’aventure de trois envoyés du gouvernement soviétique venus à Paris pour vendre des bijoux ayant appartenu à une grande-duchesse. Ces pittoresques diplomates se laissent griser par la vie parisienne. Moscou envoie un commissaire chargé de remettre de l’ordre, Nina, dite Ninotchka. L’image parfaite de la sévérité communiste. Évidemment, elle aussi va craquer... Mais qui est donc cette mystérieuse Greta Garbo qui a mis tant d’années à se découvrir un tempérament comique ?

Une débutante suédoise rencontre son pygmalion 

Greta Gustafsson est née à Stockholm le 18 septembre 1905. Son père, Carl, appartient à une famille de paysans. La pauvreté l’a obligé à s’installer dans la capitale suédoise où il est balayeur des rues. Avec sa femme Anna, ils habitent un petit appartement dans un quartier pauvre du sud de Stockholm. Ils ont déjà deux enfants, une fille de 2 ans, Alva et un fils de 7 ans, Sven. De son enfance, Greta dira :"Bien que je fusse la plus jeune des trois enfants, mon frère et ma soeur m’ont toujours considérée comme si j’étais la plus âgée. En fait, je ne me souviens pas m’être jamais sentie très jeune... J’ai toujours été un peu encline à la mélancolie. Petite fille, j’aimais m’asseoir dans un coin et rêver... Je crois fermement qu’il est beaucoup plus sage de laisser les jeunes enfants tranquilles, jouer et rêver à leur aise, se construire dans ce monde déjà si étonnant, un autre monde plus étrange encore mais qui leur est propre."

Tout en travaillant studieusement à l’école Katarina où elle entre en 1912, la jeune Greta est, dès l’âge de 8 ans, attirée par l’univers du théâtre. Elle raconte s’être cachée chaque soir sous le porche du South Side Theater, proche de chez elle. Elle y surveillait les allées et venues. Les spectateurs ne l’intéressaient pas. C’était l’entrée des artistes qui la fascinait. 

Parfois, elle osait en franchir le seuil et regardait les comédiens aller et venir d’une loge à l’autre dans une odeur "de maquillage, de poudre, de sueur et de poussière". À 14 ans, Greta quitte l’école pour s’occuper de son père, gravement malade. Il meurt l’année suivante et Greta doit gagner sa vie. Elle est engagée dans le plus célèbre grand magasin de Stockholm, le PUB, initiales de son propriétaire. Du rayon emballage, elle va vite être transférée à celui des vêtements pour dames. Son extraordinaire photogénie en fait un modèle pour le catalogue d’été du magasin. Elle pose pour cinq chapeaux. 

Cela lui permet de faire ses débuts au cinéma en 1921 :  un modeste rôle de servante dans Le gai cavalier de la firme Skandia. Puis, c’est un petit film pour le 40ème anniversaire du magasin. Elle est remarquée dans la rue par un metteur en scène suédois. Il lui donne sa vraie première chance : elle est engagée pour le film Peter le vagabond. Mais le tournage est incompatible avec son emploi au magasin. Elle démissionne car elle croit en son avenir de comédienne. Son metteur en scène lui conseille alors d’entrer au Conservatoire Royal d'Art Dramatique de Stockholm. Elle passe son audition. Elle y est brillamment reçue.

Sa véritable chance est, en 1923, la rencontre avec le metteur en scène Mauritz Stiller, un des plus célèbres cinéastes suédois. Il l’engage pour La légende de Gostä Berling. Stiller a 40 ans. Il sera le Pygmalion de Greta. A une amie, il dira d’elle : "Elle est inexpérimentée, n’a pas de métier, mais elle sera parfaite. Je l’ai tout de suite vu. Et ce visage ! Ce n’est qu’une fois par siècle que la caméra voit un tel visage. Elle écoute mes conseils avec soin, suit précisément mes directives. Elle est comme de la cire dans mes mains".

A la fin du tournage, Greta Gustafsson se choisit un nom d’artiste. Elle s’appellera désormais Greta Garbo. La légende de Gostä Berling est une ample chronique consacrée à l’existence fastueuse de quelques nobles suédois au 19ème siècle, à leurs complications sentimentales, à leur débauche. Le film remporte un triomphe à Berlin. Une firme allemande propose un contrat à Stiller et Garbo. Ils partent pour Istanbul pour les repérages, mais la maison de production fait faillite. Stiller et Garbo reviennent à Berlin. 

C’est alors que la chance sourit au duo et que le destin de Garbo va véritablement basculer. Le producteur Louis B. Mayer convoque Stiller et Garbo à l’Hôtel Adlon. Il leur propose de rejoindre sa prestigieuse société de production, la MGM et de travailler à Hollywood. Il a vu La légende de Gostä Berling et il a été ébloui par Garbo. Stiller négocie un important contrat, tant pour lui que pour son actrice fétiche.

Ses débuts à Hollywood

Malgré leur grande différence d’âges, Greta Garbo et Mauritz Stiller vivent désormais ensemble. Elle s’en explique elle-même :"J’avais un culte pour lui. Certains parlèrent évidemment d’une liaison sentimentale. C’était bien plus. Seuls de très jeunes gens peuvent comprendre cela : la dévotion et l’adoration que peut porter un élève à son maître, une jeune fille à un esprit supérieur... J’accordais ma vie aux plans qu’il me traçait. Il me disait ce que je devais dire et faire".

Le couple débarque à New-York le 6 juillet 1925. Pas de patron de la MGM pour accueillir les arrivants ! Ils vont patienter deux mois dans une chaleur d’enfer avant la signature définitive du contrat pour eux deux. Enfin, ils quittent New-York pour Los Angeles. Stiller va s’installer à Santa Monica, Garbo à l’Hôtel Miramar. Et là, rien ne va se passer comme prévu ! 

Garbo va tourner son premier film américain Le torrent, tiré d’un roman de Blasco Ibanez, auteur espagnol très à la mode à l’époque. Curieusement, ce n’est pas Stiller qui va la diriger mais un certain Monta Bell. Greta Garbo n’est pas à l’aise. Les studios sont immenses, le travail très dur et Stiller en est écarté. Ce mélodrame, sensuel, va captiver le public. Greta Garbo a ainsi tourné son premier film en véritable vedette et la MGM réalise immédiatement sa valeur, à la fois commerciale et artistique. 

Le tournage de son film suivant La tentatrice se passe très mal. Cette-fois le metteur en scène est Stiller. Prend-il sa revanche ? Non, il ne s’entend pas avec le bouillant jeune premier, vaniteux et jaloux de Garbo. Finalement, Stiller est remplacé derrière la caméra. C’est la dernière fois qu’il aura dirigé Garbo. Maintenant, la créature va dépasser le maître.

La naissance d'un couple mythique

C’est alors que va naître un couple mythique : Greta Garbo-John Gilbert. Ils se rencontrent lors du tournage de La Chair et le Diable. Le réalisateur Clarence Brown considère que le coup de foudre entre les comédiens fut immédiat. C’est pour cela que les scènes d’amour du film ont été aussi réussies. S’il y a, sans doute, eu une histoire d’amour entre Greta Garbo et John Gilbert, elle a été soigneusement mise en scène par le service publicité de la MGM... Garbo s’était éloignée de Stiller et elle était disponible. Ils tourneront à nouveau ensemble dans Love, une adaptation d’Anna Karenine, le célèbre roman de Tolstoï. Elle n’est pas fameuse mais le film conforte la célébrité du couple Gilbert-Garbo. 

Deux autres succès suivent : Une femme divine et La belle ténébreuse. C’est pendant le tournage de ce film que Greta Garbo apprend le décès de Mauritz Stiller. On dit qu’il est mort en tenant entre ses mains des photos de l’actrice qu’il avait révélée. Elle avoue se sentir “seule, désorientée, perdue. J’étais prête à abandonner et à repartir en Suède mais le studio a dit non", dira-t-elle. Toutefois, à la fin de 1926, elle revient en Suède pour un voyage promotionnel. Stockholm lui réserve un accueil triomphal. Greta Garbo a 23 ans. Elle est surprise par sa gloire dans son propre pays. Elle ne la soupçonnait pas. 

Pour son premier film parlant, Anna Christie, l’actrice est dirigée de nouveau par Clarence Brown. Enfin, Garbo parle ! C’est un rôle puissant. Il lui vaut d’être nommée aux Oscars mais elle ne l’obtiendra pas. En fait, Garbo n’avait pas envie de faire ce film. Elle rêvait d’être la Sainte Jeanne de George Bernard Shaw mais l’auteur avait farouchement refusé de vendre au cinéma les droits de sa pièce sur la vie de Jeanne d’Arc... Déçue, Greta avait menacé de ne pas tourner Anna Christie. Mais comme tout son argent était placé dans une banque qui venait de faire faillite dans le krach de 1929, elle est obligée de travailler. Que pense-t-elle de la révolution du cinéma parlant ? "Les films parlants ? Je les haïssais au début de leur apparition. Ils n’étaient que grincements et craquements. Ils n’appartenaient ni au théâtre ni au cinéma. Ce n'étaient que de monstrueux cauchemars... Eh bien, à présent lorsque je vois un film muet, je m’ennuie à mourir. Depuis mon retour de Suède, d’étonnants progrès techniques ont été réalisés. Pour moi, en dépit de mon origine étrangère, je ne crains pas d’affronter les microphones californiens. J’ai hâte de me mettre au travail sur la pièce d’Eugène O’ Neill Anna Christie. Pour moi, ce sera comme si je brisais des liens parce que je pourrai donner la parole à des personnes, vivre mes rôles avec un surcroît de naturel et d’expression".

Sur le tournage de Anna Christie, John Gilbert vient rendre visite à Greta Garbo. Entre eux, tout est fini. Les témoins de cette scène diront qu’elle affichait un sourire désinvolte tandis que lui était triste. Il avait définitivement perdu la femme qu’il aimait. Greta Garbo s’est parfaitement intégrée à Hollywood. Elle y résidera dans plusieurs maisons. Elle tissera un réseau d’amis parmi lesquels la comédienne française Françoise Rosay et son mari le réalisateur Jacques Feyder mais surtout Salka Viertel. Celle-ci deviendra la meilleure amie de Greta et bientôt sa scénariste favorite. 

Les films mythiques de Greta Garbo 

Désormais, reine incontestée du Hollywood des années 1930, Greta Garbo tourne ses plus grands films, ceux qui vont faire d’elle un mythe et resteront dans l’histoire du Septième Art. Il y a d’abord Mata Hari. Son partenaire est Ramon Novarro qui est un officier russe amoureux de la belle espionne. Elle est somptueusement habillée par son couturier attitré, Adrian. Ses tenues brodées de danseuse exotique, surchargées de pierreries, contrastent avec la sobriété du manteau noir dépouillé, qu’elle porte lors de son exécution. 

Après Mata Hari, en 1932, elle participe à un film choral Grand Hôtel, tiré du roman de Vicky Baum. Garbo y incarne une étoile de la danse, dépressive et au bord du suicide. Plusieurs intrigues s’entremêlent avec d’illustres stars. Les interprètes sont tous prestigieux, dont Joan Crawford, l’anti Greta Garbo. Celle-ci déplorera n’avoir eu aucune scène avec elle. En effet, la Suédoise quitte le plateau à 17h et Crawford tourne toute la nuit. Ce sera le plus grand succès commercial de Greta Garbo.

Dans Comme tu me veux, adapté d’une pièce de Pirandello, elle joue une femme frappée d’amnésie qui a peur de découvrir sa véritable identité. Garbo est surprenante en blonde platine. Elle a un partenaire prestigieux, Erich von Stroheim. Il a mauvaise réputation à Hollywood mais elle s’entend parfaitement avec lui. Peut-être la connivence de deux exilés...

En 1933, voici le chef d’oeuvre de Rouben Mamoulian La Reine Christine. Confier le rôle de la fascinante reine Christine de Suède à une Suédoise est une belle idée ! Pour l’occasion, on reconstitue le couple mythique cinéma muet Greta Garbo-John Gilbert. Si la réalité historique y est plus que légèrement bousculée, le film est splendide. Garbo trouve là sans doute son plus beau rôle. 

L’année 1934 est celle où, selon la MGM, Garbo sourit enfin, dans Le voile des illusions, d’après un roman de Somerset Maugham. Elle n’a pourtant pas beaucoup de raisons de sourire dans ce drame : une toute jeune femme accompagne son mari médecin en Chine. Elle le trompe avec un séduisant attaché d’ambassade et finalement reviendra vers son époux, pour l’aider à combattre le choléra qui fait rage dans la campagne chinoise.

L’année suivante, elle retrouve son réalisateur préféré, Clarence Brown, pour une nouvelle adaptation de Anna Karenine mais très supérieure à la version muette. Suivent deux bijoux, Camille, tiré du roman La dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils, sous la direction, brillante de George Cukor. Armand Duval est interprété par un jeune comédien plein de talent, Robert Taylor. L’autre bijou est Marie Walewska, de Clarence Brown. Charles Boyer y est un Napoléon très crédible. C’est un très grand rôle pour Greta Garbo, celui d’une amoureuse, résignée, fidèle jusqu’au bout à l'Empereur et au fils qu’elle lui a donné.

Des larmes… au rire

Et en 1939, Ernst Lubitsch la fait rire dans Ninotchka, nous l’avons vu... Le monde entier rira avec elle ! George Cukor, impressionné par les dons de Garbo pour la comédie, concocte pour elle, en 1941, une autre comédie La femme aux deux visages. Elle y joue deux rôles mais il s’agit de la même personne : un professeur de ski guidé et sa soeur jumelle, complètement déchaînée. Tout cela pour séduire Melvin Douglas.

Le résultat est un désastre absolu ! Non que le film soit mauvais mais il tombe mal ! La guerre fait rage en Europe. L’Eglise catholique se déchaîne contre ce film jugé sulfureux. Il sera interdit en Australie, on se demande bien pourquoi...

Ce sera le dernier film de Greta Garbo. Elle devait en tourner un autre mais l’entrée en guerre des Etats-Unis fait annuler le projet par la MGM. La production tient à honorer le contrat de la star, 200.000 dollars. Élégamment, Garbo refuse d’être payée pour un film qu’elle n’a pas tourné. Elle ne tournera plus jamais. 

En 1951, elle devient citoyenne américaine et le 30 mars de la même année, elle reçoit, enfin, un Oscar à Hollywood pour "ses inoubliables prestations cinématographiques". C’est un peu tard : Garbo n’ira pas chercher sa statuette. Elle commence à voyager beaucoup dans sa Suède natale puis à Portofino, en galante compagnie. Elle se rend en Autriche accompagné du baron Eric de Rothschild. On la voit à Capri, dans les Grisons chez son amie Salka Viertel. On la voit aussi à bord du Christina, le yacht d’Aristote Onassis. Elle réside principalement à New-York, dans un appartement avec vue sur l'East River. Peu à peu, ses amis disparaissent. Elle même s’éteindra le 15 avril 1990.. 

Son parcours est unique dans l’histoire du cinéma. Elle a renoncé à sa carrière à 36 ans, en pleine gloire. Malgré le relatif échec de La femme aux deux visages, elle aurait pu continuer, mais elle a préféré s’éloigner sans en donner la raison. Une lassitude ? L’impression qu’elle avait déjà tout donné ? Peut-être l’envie d’être enfin elle-même après 31 films,  31 personnages incarnés avec tout son cœur et toute sa sensibilité. Le désir d’une vie totalement protégée, sans une seule interview, sans épanchement pour cette femme qui, en fait, avait toujours été si timide et si secrète.

 

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"Au cœur de l'histoire" est un podcast Europe 1 Studio

Auteur et présentation : Jean des Cars 

Cheffe de projet  : Adèle Ponticelli

Réalisation : Guillaume Vasseau

Diffusion et édition : Clémence Olivier

Graphisme : Europe 1 Studio