L’entreprise… la figure providentielle du XXIème siècle ?
Vendredi 27 juin, le think thank d’Havas #NEWDEAL dédié à l’empreinte positive des entreprises organisait une table ronde à la Maison des ESSEC autour de cette question « Quel modèle économique à l’ère Trusk ? »
Aux États-Unis, le couple fraîchement divorcé, composé d’Elon Musk et Donald Trump interroge quant au mélange des genres : politique et business. Tandis que la puissance étatique apparaît décriée dans un monde bouleversé, le modèle de l’entreprise au contraire inspire. Là où l’État faillirait, une société privée aurait donc la capacité de fédérer autour d’un projet commun. Retour sur l’actualité américaine et les débats suscités concernant le rôle politique que joue l’entreprise.
Entrée à la Maison Blanche : Trump Président, le secteur privé au Gouvernement
La nouvelle édition de l’Observatoire des Marques dans la Cité : S’engager à l’ère Trump II (2025), présenté par Benoît Lozé (directeur général stratégies - Havas Paris) s’est notamment intéressé notamment au paradoxe de l’État-Entreprise.
Celui-ci cite Timothy Snyder, historien et opposant à Donald Trump : « l’idée de Musk c’est de transformer le gouvernement américain en l’une de ses entreprises la plus importante. »[1]
En témoigne, « the cultural shift » de certaines entreprises qui de contrepouvoirs en 2018, sont devenus des appuis en 2024 du mouvement trumpiste. Benoît Lozé évoque l’évolution du discours de Marc Zuckerberg (PDG de Meta) : du progressisme assumé (Discours Harvard 2017) au masculinisme (Entretien avec Joe Rogan 2025). En cela l’entreprise s’adapte aux comportements politiques du consommateur américain. La publicité, le marketing, les politiques DEI deviennent alors le miroir d’une société polarisée et fracturé. Les codes idéologiques visuels, verbales, organisationnels du progressisme au conservatisme sont donc repris pour s’adresser à un public cible ou sont dissimulés.
Mais qu’en est-il en France ? Que pensent les Français du rôle politique du secteur privé ?
Les Français perçoivent l’entreprise comme un acteur politique
L’étude montre que 78% des Français pensent que les entreprises font de la politique. Les entreprises françaises sont ainsi répertoriées par une majorité de Français selon des critères idéologiques : sans surprise pour l’intervenant, à gauche sont situées des entreprises publiques comme La Poste et la SNCF puis à droite des entreprises dits « puissantes » comme Total Énergies, BNP Paribas ou LVMH… Cette perception des participants de cette enquête ne reflète d’ailleurs pas toujours les actions et les engagements réels menés par les entreprises.
Le chef d’entreprise, un nouveau chef d’État ?
66% des Français pensent qu’un chef d’entreprise serait mieux à même de réformer la France. Le chef d’entreprise serait donc l’homme providentiel qui manque à la France ? Ce chiffre ne rend pas compte des spécificités françaises. En effet, 83% des Français sont contre l’arrivée d’une personnalité comme Elon Musk pour réformer le pays.
Alors quelle juste place doivent prendre les chefs d’entreprise en France ? Est évoqué le rôle du chef d’entreprise, plus à même d’appréhender la complexité du monde étant donné son rôle à l’international.
Quel juste place politique doit prendre l’entreprise ?
En France, l’entreprise est plutôt perçue comme un lieu refuge, à l’écoute, fédérateur, dans une société fracturée. Celle-ci peut alors partager sa compétence dans la sphère publique sur son domaine de spécialité.
Après avoir mené une introduction quant aux enjeux de cette conférence, Nicolas Narcisse (vice-président exécutif d’HAVAS Paris et fondateur de #NEWDEAL), donne la parole à Mathilde Aubinaud (directrice de #NEWDEAL) en charge de l'animation. Durant cette deuxième partie de la conférence Isabelle Giordano (head of corporate philanthropy à la Fondation BNP Paribas), Marc Guyot (professeur d’économie à l’ESSEC Business School), Brune Poirson (senior Advisor, ancienne députée LREM et secrétaire d’État auprès du Ministre de la Transition écologique et solidaire) ont débattu du rôle politique de l’entreprise. Les intervenants semblent s’accorder sur le rôle de l’entreprise comme garant d’une certaine stabilité et du bon sens.
Pour Marc Guyot, l’entreprise permet à « l’individu de survivre, d’être reconnu et de vivre en communauté », d’où sa dimension politique. Pour Isabelle Giordano, le citoyen est consommateur et salarié, il attend donc dorénavant que l’entreprise soit un lieu d’engagement. Néanmoins, l’entreprise n’est pas garant à l’instar de l’État de l’intérêt général, 9% des entreprises en France sont mécènes comme elle le rappelle. Brune Poirson explique que l’entreprise a intérêt à demeurer un lieu d’ « apaisement » et du dialogue, face aux clivages partisans répondant à la logique des réseaux sociaux.
Il faut ainsi penser pour l’ensemble des intervenants une influence positive des entreprises et de l’État. Ce dialogue riche demeure parfois difficile, comme le rappelle Brune Poirson et son expérience à Matignon avec la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (2019).
L’Europe, une troisième voie pour l’entreprise
Face au modèle chinois et américain, un modèle européen dans le volet privé comme public rencontre quelques difficultés à s’imposer.
Marc Guyot, professeur d’économie à l’ESSEC, rappelle que l’Europe s’est construite dans l’après-guerre et n’a donc pas été pensé « pour traverser une période de guerre. » Alors quel avenir d’ici 5 ans pour des entreprises européennes dits du futur tels Mistral ou Airbus, sachant qu’elles « sont mortelles et qu’elles peuvent disparaître » ?
Comme l’explique Brune Poirson : « les entreprises françaises ont porté depuis longtemps cette dimension européenne. » La question est donc de trouver un juste équilibre entre une régulation qui n’entrave pas la croissance des entreprises mais l’encadre pour la préparer à l’avenir. Pour Brune Poirson, tout l’objet du Green Deal est de « remettre en cogérance tout le socle économique européen, pour une Europe verte et puissante. »
Si l'Europe offre une vision du monde, il reste à inventer ce dialogue avec les entreprises pour assurer la prospérité du continent.
Idée à suivre par #NEWDEAL.
La rédaction d'Europe 1 n'a pas participé à la rédaction de cet article.
[1] “Le grand historien Timothy Snyder : ‘Elon Musk est le dominant et Donald Trump le soumis.’” L’Express, 10 Feb. 2025, https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/le-grand-historien-timothy-snyd….