Lait contaminé Lactalis : un scandale en questions

, modifié à
  • A
  • A
La grande distribution est pointée du doigt. © Montage AFP
Partagez sur :

Premiers bébés malades, retraits successifs de lait contaminé, vente interdite dans les grandes surfaces, responsabilité de Lactalis… Retour sur l'affaire.

F.A.Q

Voilà trois mois que les premiers bébés ont été contaminés par les laits Lactalis contenant des salmonelles. Alors que les lots de tous les produits de l’usine incriminée avaient été retirés, l’affaire a rebondi le 9 janvier, quand Leclerc (rejoint par d'autres enseignes) a admis avoir vendu, malgré l’interdiction, des lots de lait contaminé. Pendant que les parents réclament des réponses, Bercy vise Lactalis, "entreprise défaillante", et demande à la grande distribution de s’expliquer. Europe1.fr fait le point sur un scandale sanitaire qui est loin d’être terminé.

Comment l’affaire a démarré ?

Les premiers cas de contamination sont repérés en septembre dernier, quand deux bébés tombent malade. Il apparaît qu’ils ont été contaminés par des salmonelles, présentes dans un lait premier âge produit par Lactalis dans son usine de Craon, en Mayenne. A posteriori, il est révélé que Lactalis avait procédé en août à des contrôles révélant la présence de salmonelles, mais les résultats n’avaient pas été rendus publics.

Trois retraits successifs. Ce n’est que le 2 décembre que les premiers retraits de laits contaminés sont ordonnés par le ministère de la Santé. Douze lots sont alors concernés. Mais les contaminations continuent et cinq jours plus tard, le gouvernement annonce le retrait de 600 lots. Le 11 décembre, un père de famille porte plainte le premier contre Lactalis pour mise en danger de la vie d’autrui. Finalement, le 21 décembre, tous les produits sortis de l’usine de Craon sont retirés de la vente et le site mis à l’arrêt. Au total, 1.345 références sont retirées.

Mais, le 2 janvier, une mère de famille tombe sur un lot de lait contaminé concerné par le retrait, en faisant ses courses dans un magasin Leclerc du Nord. L’enseigne de grande distribution, bientôt suivie par Auchan, Intermarché ou encore Système U, reconnaît avoir vendu les produits concernés malgré l’interdiction.

Comment fonctionne le rappel de produits ?

Dans la grande distribution, les rappels de produit sont quasi quotidiens mais le consommateur ne les voit pas forcément. Par exemple, depuis octobre, des barres de nougat, des yaourts à la grecque, des petits pots pour bébé ont fait l'objet de rappels. La liste des produits concernés par des rappels se trouve sur le site de la Direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes (DGCCRF).

En théorie, en cas de rappel, le dispositif est rodé : dans les 24 heures, 100% des produits sont retirés de la vente. Concrètement, les enseignes reçoivent des affichettes avec la carte d'identité du produit concerné. L’information est relayée dans les magasins puis les personnels retirent ces produits des rayons, enfin, les produits sont détruits ou mis de côté selon les cas.

Que sait-on sur les dysfonctionnements ?

Comment des lots de lait contaminé ont-ils pu se retrouver dans les rayons de grands magasins ? A qui la faute ? C’est ce que cherchent à savoir les parents. La DGCCRF estime avoir manqué de moyens au plus fort de la crise. "Il y a certains départements où il n'y a plus que cinq ou six agents. On imagine bien qu'ils ne peuvent pas, comme ça sur une demande express, se rendre dans tous les magasins de leur département alors que le problème est urgent", plaide Jean-Jacques Neyhouser, inspecteur à la DGCCRF et représentant CGT. "L'État a été pleinement dans son rôle", a contré le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.

2.500 contrôles effectués. Au total, la DGCCRF a effectué 2.500 contrôles dans des magasins, grandes surfaces, pharmacies, hôpitaux et crèches depuis les premiers ordres de retrait. Il est apparu que 91 d’entre eux vendaient ou utilisaient encore des boîtes de lait contaminé appartenant aux lots rappelés. Parmi eux, 44 pharmacies sont dans le viseur. Bercy a annoncé jeudi que 2.500 contrôles supplémentaires seront lancés la semaine prochaine.

Les enseignes se défendent. Mais Bercy veut aussi des réponses et Bruno Le Maire a convoqué vendredi la direction "défaillante" de Lactalis, ainsi que les patrons de la grande distribution jeudi. Ainsi, Auchan se défend en expliquant avoir reçu, dans un de ses magasins, le 2 janvier, "une livraison comprenant des références concernées par le rappel du 21 décembre", rejetant ainsi la faute sur Lactalis qui aurait continué d’expédier ses produits de l’usine de Craon. L’entreprise a renouvelé ses "excuses aux parents" jeudi soir lors d’une conférence de presse, par la voix de son porte-parole. Malgré les vives critiques de Bercy, Michel Nalet a assuré que Lactalis travaille "en parfaite collaboration" avec les autorités depuis le début de l'affaire.

Certaines enseignes expliquent aussi que les vagues successives de retrait ont rendu la situation confuse, qui plus est en plein rush des fêtes. Chez Leclerc, on avance également un problème spécifique : des lots incriminés étaient en promotion, une opération décidée depuis trois mois et les stocks seraient arrivés avec un étiquetage différent.

Comment améliorer le contrôle ? 

Jeudi soir, le ministre de l'Économie Bruno Le Maire a reçu à Bercy l'ensemble de la grande distribution française. Ces dernières se sont engagées à un contrôle "systématique" en caisse pour éviter que le lait infantile susceptible d'être contaminé ne soit vendu. Pour le ministre de l'Économie, il s'agit de ne laisser passer "aucune boîte" ayant été identifiée "comme faisant partie des lots qui aurait dû être retirés". "Notre objectif est simple, garantir une protection totale aux consommateurs en matière de sécurité sanitaire", a insisté Bruno Le Maire. Autre mesure annoncée : les grandes et moyennes surfaces se sont engagées à "sensibiliser chacun des directeurs de magasins", afin que ces derniers "prennent toutes les mesures de précaution, d'inspection, d'examen des stocks au regard des lors incriminés", a indiqué le ministre. 

Les consommateurs, appelés à vérifier les produits chez eux. Le ministre de l'Agriculture a de son côté enjoint les consommateurs a vérifier s'ils avaient chez eux des produits faisant partie des lots incriminés. Le cas échéant, ils sont invités à les rapporter pour qu'ils soient "détruits" ainsi qu'à consulter le site de la DGCCRF