À quoi ressemblent les conditions de vie d'un agriculteur français aujourd'hui ?

© JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP
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Pauline Jacot, édité par A.H. , modifié à
Épuisement, salaires quasi inexistants, pression des industriels… Cela fait des mois, des années, que les agriculteurs tirent la sonnette d'alarme sur leurs conditions de vie. 
L'ENQUÊTE DU 8H

L'agriculture est en crise. On en entend parler depuis des mois, des années. Mais quelle est vraiment la réalité de la profession ? Aujourd'hui, près d'un agriculteur sur deux gagne moins de 350 euros net par mois.

50 euros par mois. Mathieu, éleveur de vaches laitières dans le Pas-de-Calais, fait partie de ces éleveurs frappés de plein fouet par la baisse des prix. "Ça fait dix ans que je suis installé, dix ans que je travaille sans salaire. Je prends 50 euros par mois, voire 100 euros quand j'ai besoin de quelque chose, sur le compte de l'exploitation. Mais il est hors de question de tirer 1.200 euros de salaire pour vivre, aller en vacances…", confie-t-il à Europe 1. Pour vivre, Mathieu doit compter sur son épouse, qui travaille à l'extérieur. "La triste vérité…", déplore l'éleveur.

Personne n'est épargné. Le cas de Mathieu, extrême, n'est pas l'illustration de ce que vit l'ensemble de la profession. En moyenne, un agriculteur gagne 1.000 euros net par mois, soit deux fois moins qu’il y a cinq ans. Les moins bien lotis sont les éleveurs bovins, de lait et de viande. Pour les éleveurs de porcs, la situation s'améliore. Les prix ont notamment été tirés par la demande chinoise. Mais tous ont pâti de la crise agricole, même ceux qu’on croyait épargnés, comme les céréaliers. Baisse du prix des matières premières, mauvaise météo, des comptes dans le rouge… "Du jamais vu", pour Etienne Horiot, exploitant dans l’Yonne. "Nos récoltes sont réduites de moitié. Ce qui reste n'est pas de bonne qualité. On n'a pas non plus des niveaux de prix sur les céréales qui sont très élevés", décrit-il. "J'estime à peu près à 50-60% des revenus que nous parvenions à dégager avant qui ont disparu, en l'espace de cinq ou six ans", indique l'agriculteur. Les céréaliers français ont perdu en moyenne 50.000 euros de revenu en cinq ans

Pour une PAC mieux distribuée. Dans cette situation, la PAC (la Politique agricole commune, mise en place par l'Union européenne) semble essentielle pour les agriculteurs. Beaucoup d'entre eux disent même en être dépendants. La France est le pays qui touche le plus d’aides : 9 milliards d’euros par an. Cela fait 30.000 euros chaque année en moyenne par exploitation. Pour Sylvain, éleveur de vaches Primholstein près de Rouen, la PAC correspond à 40% de ses revenus. Et selon lui, elle doit être mieux distribuée. Aujourd'hui, la PAC est variable en fonction de la superficie de l'exploitation, à l'hectare, et non en fonction du revenu des agriculteurs. "Des grands propriétaires touchent des aides PAC sans produire, et c'est déplorable. J'espère que nos politiques vont nous comprendre et essayer de nous aider", souligne Sylvain.

Des modèles qui font leur preuve. Désormais, de nouveaux modèles d’agriculture redonnent un peu d'espoir aux professionnels : les filières de qualité, le bio, les labels, le label rouge pour le porc par exemple, mais aussi les circuits courts. La clé se trouve dans la maîtrise de l’amont et l’aval de la chaîne de production. Si la démarche peut sembler moderne, elle n'est pas si récente que cela. C'est ce qu'a entrepris Philippe, avec ses vaches, ses cochons et ses canards, dans un petit village de l'Ariège, il y a 25 ans. "Toute la démarche a été de valoriser cette production vers le consommateur, en vente directe, en vente par correspondance et dans un restaurant du village", explique-t-il. "Le résultat, c'est que 25 ans plus tard, dans cette vallée pyrénéenne un peu paumée, on est 18 personnes à travailler à l'année", se réjouit-il.

Pour faire face à la crise, beaucoup d’éleveurs font aussi le choix de s'associer. Ainsi, ils peuvent partir en vacances ou se retrouver pendant quelques jours, avec leurs collègues, au Salon de l’agriculture.