Sylvie Testud sur ses César : "Les deux fois, quand on m’a appelée, je l’ai mal pris"

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En 25 ans de carrière et 80 films, l'actrice a reçu pléthore de prix, dont deux César. Au micro d'Europe 1, elle a révélé qu'aller chercher ces récompenses l'a effrayée.
INTERVIEW

Froussarde et bonne camarade. Ce sont les deux impressions qui se dégagent de la personnalité de Sylvie Testud après une heure et demie de balade parisienne aux côtés de Frédéric Taddeï. L'actrice a donné rendez-vous au musée Maillol, rue de Grenelle, à Saint-Germain à Paris, son quartier, alors qu'elle a une double actualité : elle vient de tourner Rendez-vous chez les Malawas, une parodie des émissions comme Rendez-vous en terre inconnue, et Fan Club, premier film en réalité virtuelle dans lequel elle joue, visible au Forum des images.

Stressée mais douée pour ne rien faire

La comédienne a choisi le musée Maillol pour son effet cocon. "C’est un lieu que j’aime bien, une maison avec son petit jardin", un espace "plus confidentiel" que les musées mastodontes. La collection Emil Bührle y est exposée temporairement et attire les foules. Devant les toiles, Sylvie Testud confie qu'elle peint... "très mal". Et en passant à côté de la statue de La petite danseuse de 14 ans de Degas, elle ajoute aussi qu'elle ne danse pas très bien, mais qu'elle s'accroche. Elle se décrit encore comme "très stressée, très speed" mais paradoxalement assez douée pour ne rien faire.

Boulevard Raspail, en sortie d'exposition, elle confirme qu'elle "adore le quartier, plein de petites boutiques, à taille humaine". L'actrice a quitté Lyon, sa ville natale, pour Paris et... la fac d’histoire, avant le cours Florent et le conservatoire. "C’est un peu général. Je n’avais pas envie de choisir. Je me suis toujours débrouillée pour faire quelque chose qui ne m’imposait pas de choix et qui faisait plaisir à mes parents. Il fallait être bon en maths et après, ma mère vous laissait tranquille." À Lyon, elle fréquentait le théâtre, avait même pris quelques cours. L'envie de devenir comédienne était présente, déjà. "Mais je me sentais pas de le dire à mes parents. Je ne me sentais pas du tout de partir là-dedans et l’assumer." D'autant que sa mère, comptable, ne considérait pas que jouer était un métier.

"Plus rien dans votre cerveau"

Avec plusieurs de ses consœurs, elle fait partie de cette génération post-Deneuve, post-Ardant, des actrices qui "s'entendent pas mal" et qui incarnent plus la fille d'à côté que la diva qui brûle la pellicule. Cela a donné un cinéma "un peu différent", dit-elle, des films moins "bigger than life" qu'une photographie du réel. Par hasard, son premier grand succès de cinéma a eu lieu en Allemagne, pays qui lui a d'ailleurs décerné l'équivalent du César de la meilleure actrice, un Lola, cinq avant de devenir... meilleur espoir féminin en France en 2001 pour Les Blessures assassines. La statuette dorée, en tant que meilleure actrice cette fois, arrive en 2004, pour Stupeur et tremblements. "Il suffit qu’on vous appelle au micro à cette cérémonie des César pour qu’il n’y ait plus rien dans votre cerveau. Je suis quand même quelqu’un qui parle facilement et les deux fois, quand on m’a appelée, je l’ai mal pris, je me suis dit 'oh putain, ça fout les jetons et maintenant, il faut que je dise quelque chose'."

Les hauts et les bas d'une filmographie

C'est son côté un peu peureux qui affleure. Cette appréhension, elle l'a ressentie aussi au moment de tourner Stupeur et tremblements et Sagan (2008). Ce sont les titres de sa filmographie qu'elle garderait "bien volontiers" si c'était à refaire. "Ces deux-là, je suis assez contente parce que ce sont des films où j’avais peur de me planter. Ça m’a fait me poser des questions, à des moments il a presque été question que je ne le fasse pas. On ne peut pas être aussi sincère que la personne qui l’a vécu", se disait-elle avant de comprendre qu'il fallait lâcher-prise.

Entendu sur europe1 :
Le malheur des mauvais films, ce n’est pas quand ils sortent, c’est de les tourner. Parce qu’on le sait dès les deux premiers jours

Rue-Saint-Sulpice, avant d'acheter des chaussettes japonaises chez Tabio (et de croiser Marion Cotillard, avec qui elle a tourné La môme), elle poursuit la description de sa carrière. Les longs-métrages qui ont le mieux marché sont les comédies, comme Lucky Luke ou Tamara, indique-t-elle. Et puis, il y a les films qui n'ont pas fonctionné. La comédienne, qui a décrit les coulisses de son métier dans Il n’y a pas beaucoup d’étoiles ce soir, ne glisse aucun nom mais le dit franchement : "Le malheur des mauvais films, ce n’est pas quand ils sortent, c’est de les tourner. Parce qu’on le sait dès les deux premiers jours. C’est immédiat et ensuite il faut attendre des semaines la fin du tournage", conclut l'actrice.