Superman est-il ringard ?

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Superman 5:33
Henry Cavill incarne Superman sur grand écran depuis 2013. © Warner / DC
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Un article publié par le magazine américain Variety a mis le feu aux poudres chez les fans de super-héros. Il semblerait que Warner ne prévoit pas de film Superman prochainement car, tel quel, le super-héros ne serait plus pertinent pour notre époque. Est-ce vraiment le cas ? Et si oui, comment sauver Superman ?
ANALYSE

Superman est-il ringard ? La question, sous-entendue dans un article du magazine américain Variety, anime actuellement les fans de pop culture. Le papier passe en revue les plans du studio Warner Bros, détenteur notamment des droits d'adaptation de Batman, Aquaman, Wonder Woman et donc Superman, pour ses prochains films de super-héros. On peut ainsi lire que, selon les pontes de Warner, aucun film centré sur Superman ne serait dans les cartons pour les prochaines années. La raison : le studio réfléchit à "rendre Superman pertinent pour l'audience actuelle". En d’autres termes, le Superman qu’on connaît serait devenu ringard. À moins que…

Un héros plus si inspirant

Le postulat est pour le moins étonnant. Superman, c'est le tout premier super-héros, celui qui vole à la vitesse du son, qui possède une force surhumaine, une peau à l’épreuve des balles, des yeux qui tirent des lasers. Bref, LE super-héros par excellence. Tout le monde le connaît. Et c'est peut-être ça le problème. Superman n’a pas beaucoup évolué depuis 1938. Il est peu ou prou le même qu’il y a 80 ans, à savoir ce héros élevé au rang de demi-dieu grâce à sa puissance, qui défend la Terre dans son costume bleu et son slip rouge.

Le slip justement, c'est la seule modernisation apportée au personnage récemment. Dans Man of Steel, le dernier film centré sur Superman (c'était en 2013, une éternité dans une époque où cinq ou six films de super-héros sortent chaque année), le super-héros avait été dépouillé de son slip rouge, jugé désormais absurde. Une modification cosmétique qui n'a pas affecté la vision de Superman portée à l'écran, identique depuis plus de 30 ans. Kal-El, c'est son nom, est une figure christique, infaillible, qui nous surplombe tous. Un prophète, censé guider l’humanité, rien de moins, comme le montre bien cet extrait de Man of Steel.

Superman a donc été conçu comme un héros inspirant, capable de faire émerger le bon en chacun de nous par sa rectitude inébranlable. Véritable roc, Superman a fasciné les enfants et les adultes pendant des décennies. Cet enfant extraterrestre élevé dans le Midwest par des fermiers est vite devenu un symbole de l’Amérique blanche, catholique et surtout triomphante. Sauf que le monde a changé. L’Amérique a perdu de sa superbe, ses valeurs ne sont plus érigées en modèle de société. Et son étendard, Superman, ne fait plus vraiment rêver aujourd'hui. Notamment car, ailleurs qu'aux États-Unis, les gens ne s'identifient plus vraiment à ce héros monolithique, trop moralisateur.

Pire, il inspire même plus la peur que l’admiration. Que faire si ce héros invincible se retourne contre nous ? Qui l’arrêtera ? Résultat, dans ses deux derniers films, Batman v Superman et Justice League, où il côtoie d'autres super-héros de l'écurie DC Comics, l'Homme de Fer est même plutôt un méchant, manipulé certes, mais un méchant, jusqu’à ce qu’il reprenne ses esprits. S'il sauve la Terre grâce à ses pouvoirs, ce n'est plus lui le leader que les autres héros suivent les yeux fermés.

Superman ne fait plus recette

Moins inspirant, Superman n'attire plus les foules. Ses aventures publiées sous forme de comics sont loin d'être les plus vendues. Et au cinéma, il ne fait plus recette. Man of Steel avait rapporté 600 millions d’euros en 2013. Une jolie somme mais comparativement aux autres films du genre, c’est peu : ça n’en fait que le 30ème film de super-héros le plus rentable. Logique, car Man of Steel était un rebbot, un redémarrage à zéro de l'histoire de Superman, cochant toutes les cases déjà cochées par Superman Returns (2006), lui-même… un reboot ! Bref, la version de 1978 avec Christopher Reeve reste encore la référence, bien qu'elle ait vieilli.

Et ce n’est guère mieux quand Superman fait équipe avec ses copains. Batman v Superman, dans lequel il affrontait l’homme chauve-souris, n’a même pas atteint les 600 millions d’euros. Et Justice League, qui rassemble tous les héros de DC Comics, n’a pas dépassé les 800 millions d’euros. À titre de comparaison, Avengers, l’équipe de super-héros de Marvel, c’est deux milliards d'euros par film ! Même Aquaman, autre héros de DC Comics, a fait mieux l’an dernier : un milliards d’euros pour son premier film ! Pas question donc, pour Warner, de lancer un nouveau projet tant que les scénaristes n'auront pas trouver LA bonne idée.

Pourtant, le constat est simple. Superman doit se renouveler, être plus universel, s’adresser au public dans toute sa diversité : les blancs, les noirs, les jeunes, les vieux, les hommes, les femmes, de tous les continents… Pour ça, il faudrait commencer par lui retirer son étiquette de symbole de l’Amérique triomphante. C'est ce que Marvel a réussi à faire avec Captain America, autre héros symbole de la puissance américaine. Au cinéma, Steve Rogers a connu une cure de jouvence : après un premier film patriotique en 2011, il est devenu non plus le symbole des États-Unis, mais celui de la liberté. Il s'oppose même au gouvernement américain dans Civil War !

Et si Superman était communiste ?

Pourquoi ne pas tenter la même manœuvre avec Superman alors ? D'autant que le matériel existe déjà, dans les pages du comic book Superman : Red Son, publié en 2003. L’auteur, Mark Millar, a eu une idée très forte : et si Superman, bébé, n’avait pas atterri au Kansas mais… en URSS ? Ça donne un Superman bercé par le communisme, avec un costume frappé du marteau et de la faucille. Ce qui ne l'empêche pas de défendre toute la planète, et pas seulement son pays. Le parti pris est radical certes, mais il marque les esprits : en moins de 20 ans, cette histoire est devenue un classique de Superman.

Dans "Red Son", Superman a grandi bercé par le communisme de l'URSS.

Certes, envoyer Superman en URSS, on a vu plus moderne comme histoire. Mais, Red Son c’est d’abord une histoire sur l’humanité. Manipulé par les politiques, dont un Lex Luthor devenu président des États-Unis, et le vilain Brainiac, Superman prend petit à petit conscience de son rôle sur Terre et des devoirs que lui imposent ses super pouvoirs. L'histoire de Red Son pourrait donc être transposée à notre époque, sans nécessairement insister sur l'URSS mais plutôt en appuyant sur le questionnement moral de Clark Kent. Mais cela impliquerait de remettre en question l'influence des États-Unis dans le monde. Et ça, pas sûr que les studios hollywoodiens s’y résolvent (même si une adaptation de Red Son en film d'animation est prévue pour 2020, c'est un début)…

… ou afro-américain ?

Sans aller jusqu'à montrer un Superman communiste, des voix s'élèvent pour défendre l'Homme de Fer. Ainsi, le dessinateur Jorge Jiménez, qui a travaillé sur des comics Superman, est monté au créneau sur Twitter. "Superman est un immigrant qui vient d'une société réputée invincible mais dont la planète a été détruite. Il a le pouvoir de dominer notre monde mais il décide de l'utiliser pour faire de la Terre un endroit meilleur. C'est exactement le genre d'histoire que la nouvelle génération a besoin de voir au cinéma", a-t-il écrit. Autrement dit : ce n'est pas Superman le problème mais le fait qu'Hollywood ne sait plus raconter son histoire correctement.

Une autre solution serait de faire prendre un virage à 180 degrés au personnage. Ça a déjà été fait avec d’autre super-héros : dans les comics, aujourd’hui, Thor est une femme et Captain America est afro-américain. D’après Variety, c’est d’ailleurs une des pistes envisagées par la Warner puisque le studio a été contacté par Michael B. Jordan, un acteur afro-américain (vu dans Black Panther et Creed), qui leur a présenté sa vision de Superman. 

Michael B. Jordan pourrait bien incarner le premier Superman afro-américain (montage Salman Artworks).

Pour l’instant, il n’y a rien de concret mais imaginez la révolution si, demain, le plus grand super-héros de tous les temps était noir ! Au fond, rien ne l’empêche. Ça a d'ailleurs été fait une fois dans un comics présentant une version alternative de Superman. Une chose est sûre : le public serait curieux de voir ça ! Mais il faudra attendre au moins 2023.