Squeezie, Natoo, Mister V...les YouTubeurs sont-ils la nouvelle manne des maisons de disques ?

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Le succès de "Bye Bye" a été tel, que Squeezie est monté sur scène en juin dernier, lors du festival Solidays. © AFP
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Les YouTubeurs sont-ils la nouvelle manne des maisons de disques ? Le premier YouTubeur de France, Squeezie, vient de signer dans l'un des plus gros labels du pays. Natoo, Cyprien, Norman, parmi les vidéastes les plus célèbres, publient eux aussi des clips qui engrangent un nombre impressionnants de vues. Un succès qui attire les maisons de disques, qui y voient une opportunité, et pour qui l'enjeu est maintenant de transformer ces millions d'abonnés en acheteurs d'albums et de places de concerts.
ENQUÊTE

Cyprien, Squeezie, Natoo... ce sont les stars d'internet et des vidéastes qui ont tous une chaîne YouTube qui cumule plusieurs millions - voire des milliards - de vues. Sans être chanteurs professionnels, ils font régulièrement des clips en plus de leurs vidéos - souvent humoristiques - habituelles, et certaines cartonnent : la chanson de Cyprien "Cyprien répond à Cortex" postée il y a 8 ans compte le nombre astronomique de 47 millions de vues, et est sa deuxième vidéo la plus populaire. Sur les dix vidéos de Squeezie les plus vues, sept sont des clips. 

Les vues comptent plus que la voix

Et ce n'est pas le seul, cet été Squeezie a participé à une chanson, Bye Bye, qui cumule pour l'heure 24 millions de vues en seulement 7 mois. Alors forcément, face à ce succès, les maisons de disques sont prêtes à faire des ponts d'or à ces vidéastes. S'il y a quelques années il fallait avoir une voix et s’appeler Johnny, Alain Souchon ou Florent Pagny pour signer un contrat, désormais c'est le nombre de vues qui prime. Car la force de ces stars du web, c'est leur communauté. 

Dernier exemple en date, la chanson "Influenceurs" du même Squeezie, qui est le Youtubeur le plus suivi de France selon le site SocialBlade, a franchi la barre des 4 millions de vues en...seulement 4 jours. Pour atteindre ce chiffre, Céline Dion a mis deux mois sur son dernier titre, "Courage". 

Une aubaine pour les deux partis

S'il est vrai que les maisons de disques ont besoin de ces vidéastes, c'est aussi parce qu'ils peuvent aussi "se faire" sans elles : le rappeur Prime, par exemple, qui publiait jusqu'alors des vidéos sur les jeux vidéo ou filmant son quotidien, a rempli un Olympia grâce à sa seule promotion sur YouTube. 

Mais l'inverse est aussi vrai. Les communautés Youtube sont certes un très bon vivier de clients potentiels pour les labels, mais elles représentent aussi une aubaine pour ces talents du web. "On s’est rendu compte que beaucoup d’artistes qui avaient essayé de se passer de l’expertise des maisons de disques en sont revenus", confie au micro d'Europe 1 Medhi El Jaï, directeur général du label VeryCords. "Penser qu’on peut se passer de cette expertise commerciale, marketing, mise en place stratégique, analyse, etc, je suis pas certain que cela soit possible", avance-t-il. 

Des YouTubeurs "enfermés" dans leur registre

Si leur "force de frappe" et leur influence sont conséquentes, les YouTubeurs ont quand même une contrainte qui est loin d'être un détail : ils doivent rester dans leur registre. Ainsi, le vidéaste Maxenss, 1.18 million d'abonnés, connu pour ses vidéos drôles, avait "envie de dire aux personnes 'oui mais tu sais, à côté de ça [les vidéos drôles ndlr], j’écris des chansons, des textes un peu sincères, un peu profond… je ne suis pas juste un mec dans sa chambre qui fait des conneries'", résultat : son premier EP, à la saveur plus mélancolique, ne s'est vendu "qu'à" 10.000 exemplaires. Un chiffre qui est bien loin des vues qu'il fait sur chacune de ses vidéos. 

Selon Vincent Manilève, auteur du livre "Youtube derrière les écrans : ses artistes, ses héros, ses escrocs…", l’étiquette "YouTubeur" n’est pas toujours facile à porter… et empêche aussi certaines personnes de s’intéresser à leur musique : "il y a peut-être un côté un peu honteux à l'idée d'être fan de YouTubeurs. On a encore, à tort, cette idée de fans un peu hystériques qu'on a pu voir dans certains reportages", souligne-t-il au micro d'Europe 1. Ajoutant : "c'est très difficile pour eux de faire comprendre qu'ils sont plus que YouTubeurs." Maxenss, maintenant signé dans un gros label, mise sur ses concerts en première partie des rappeurs Bigflo et Oli - souvent invités dans des sketchs de vidéastes de la plateforme -, pour faire connaitre sa musique au plus grand nombre... et pas qu'à ses abonnés. 

Europe 1
Par Angèle Chatelier, édité par Ugo Pascolo