Rénovation de Notre-Dame : l’académicien Jean-Marie Rouart craint "un vandalisme d’Etat"

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Alors que Monseigneur Aupetit, l’archevêque de Paris, a ouvert la porte à un aménagement plus contemporain de la cathédrale Notre-Dame, actuellement en reconstruction après l’incendie qui l’a ravagée en avril 2019, Jean-Marie Rouart appelle sur Europe 1 à une restauration à l’identique. "Du bon sens", juge l’académicien.
INTERVIEW

A quoi va ressembler la cathédrale Notre-Dame lorsqu’elle rouvrira, après avoir été ravagée en avril 2019 par un incendie ? Pour ce qui concerne l’extérieur, il n’y a pas de débat. L’Etat, propriétaire des murs, est contraint de la reconstruire à l’identique, en vertu de la Charte de Venise, signée en 1964. Mais pour l’intérieur, c’est le diocèse de Paris qui a la main. Et récemment, Monseigneur Aupetit, archevêque, a ouvert la porte à un aménagement plus contemporain, du mobilier et des vitraux notamment. Une aberration pour beaucoup d’amoureux de Notre-Dame, dont fait partie Jean-Marie Rouart.

"Je ne veux pas qu'on utilise l’art contemporain pour saccager notre patrimoine"

Dans une tribune publiée lundi par Le Figaro, l’académicien appelle à ce que l’édifice soit restauré à l’identique. "Je crois que c'est le bon sens, et si j'en juge par toutes les réactions que j'ai reçues, c’est une sorte d'unanimité", affirme l’écrivain mardi matin sur Europe 1.

"Mais évidemment, il y a un certain nombre de gens qui crient, pris par le snobisme ambiant. Parce que, vous savez, c'est très facile d'avoir l'air moderne. Il suffit de parler franglais. Vous mettez des mots anglais... ou bien vous faites de l'art contemporain", poursuit l’écrivain. "Moi, je ne suis pas contre l'art contemporain. Mais je ne veux pas qu'on mélange les torchons et les serviettes et qu'on utilise l’art contemporain pour abîmer, pour saccager notre patrimoine." Pas de mélange entre art ancien et contemporain, donc. "Ce métissage, ça aboutit à quoi ? Ça aboutit à une horreur", assène encore l’académicien.

Macron "gentiment ridicule"

Jean-Marie Rouart s’appuie sur les erreurs du passé pour justifier de sa virulence. "Je crois être modéré, quand on voit les horreurs qui ont été faites. Le vandalisme d'État qui est évoqué à propos de ce qu'a fait le président de la République pour le Panthéon, c'est monstrueux", plaide-t-il. "Pourquoi abîmer ce qui a été créé du panthéon du Panthéon? Pourquoi est-ce que monsieur Toubon s'est permis d'abîmer le palais de la Porte Dorée ? Pourquoi est-ce que monsieur Robien, le maire d'Amiens, a bousillé la gare, monstrueuse, ou la magnifique tourde d'Auguste Perret? Vous voyez, mon point de vue, c'est le respect des artistes. Nous avons des artistes immenses. Pourquoi abîmer leurs oeuvres?"

L’écrivain égratigne au passage Emmanuel Macron, qui a modernisé l’Elysée, ce qui est visible notamment lors de ses interventions télévisées. "C'est gentiment ridicule", cingle Jean-Marie Rouart. "J'aime beaucoup Macron, vraiment. Mais je peux dire que ses caprices d'adolescent immature - ce qu'il a fait notamment pour un certain nombre de ses déclarations -, ça me navre. Ça me navre parce que ça nous aura dégouté de l'intelligence. Il y a quand même du bon sens, quelque chose qui devrait être au coeur de l’action d’un président de la République, c’est essayer au moins de maintenir - on ne lui demande pas d’innover - la beauté qu'on a créée avant lui."