Michel-Edouard Leclerc sur les espaces culturels : "Je me suis battu pour que chacun puisse accéder à la culture"

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Le PDG de l'enseigne de grande distribution Leclerc est revenu sur la création des espaces culturels, une façon selon lui de faire de la culture pour tous.

INTERVIEW

Il a repris les rênes d'un empire fondé par ses parents. Michel-Edouard Leclerc est le PDG de l'enseigne de grandes surfaces qui porte son nom et qui a révolutionné la consommation. Quelques coups marketing y ont aidé, comme le fait d'avoir gagné un procès contre l'Etat pour mettre fin aux prix fixes des carburants.

A la fin des années 1980, c'est un autre domaine que le distributeur conquiert : celui des produits culturels en créant les espaces culturels Leclerc. C'est ce combat que Michel-Edouard Leclerc a raconté alors qu'il était l'invité dominical de l'émission Il n'y a pas qu'une vie dans la vie.

"Les grands éditeurs rechignaient". Dans une famille biberonnée à la culture - Michel-Edouard Leclerc est d'ailleurs un grand fan d'art et de BD - c'est le monde des livres mais aussi des disques que le groupe Leclerc a d'abord souhaité apporter à sa clientèle. Aujourd'hui, les espaces culturels Leclerc comptent 215 adresses multimédia, faisant du groupe la deuxième librairie de France après la Fnac.

Mais les débuts n'ont pas été simples. "C’est mon père qui a eu l’idée. On a commencé à vendre des livres, des disques, mais les grands éditeurs rechignaient à livrer des livres, même dans les espaces dédiés, dans les supermarchés. Pour moi, toute porte d’entrée dans la lecture, la littérature, a sa place, y compris le livre de gare, y compris la presse, y compris l’internet", souligne l'homme d'affaires.

Entendu sur europe1 :
Jack Lang m'avait dit : 'Il faut choisir entre la défense de Goethe et celle des supermarchés.' Je trouvais ça con.

"La culture a partout sa place". Après les espaces dans les supermarchés, "on a pris nos lettres de noblesse et on a créé les espaces culturels Leclerc, aidés par un certain nombre d’écrivains qui ont joué le jeu comme Jean d’Ormesson. Les grands écrivains sont venus très vite dédicacer", rappelle Michel-Edouard Leclerc. Ce qui n'a pas empêché certains, cependant, de railler la venue récente en dédicace de François Hollande dans un espace estampillé Leclerc.

Qu'importe pour l'homme d'affaires puisque les chiffres de vente lui donnent raison. "Le groupe Auchan, aussi, a créé Cultura. La Fnac s’est repositionnée", ajoute-t-il. "Dans la polémique entre les libraires et les grandes surfaces, les libraires se sont remis en cause, se sont regroupés entre eux, se sont mis sur internet. Qui a pâti de cette extension du domaine de la lutte ? Personne. Au fond, la librairie, la diffusion de la culture a sa place parce que la culture a partout sa place", assure-t-il.

"Je trouvais ça con". On pourrait avancer que les petites librairies traditionnelles n'ont pas apprécié le (large) grignotage de leur part de marché. "Toute une génération nous en a voulu", concède l'homme d'affaires. "Jack Lang (ancien ministre de la Culture, ndlr.) était un peu leur porte-parole. Je me rappellerai toujours de lui me disant, dans un débat sur France 2 : 'Il faut choisir entre la défense de Goethe et celle des supermarchés.' Je trouvais ça con. Il ne faut pas opposer le domaine de la vie quotidienne et l’écriture. Je me suis battu pour que chacun puisse accéder à la culture, à la lecture et à l’art. Ma mission c’est la médiation, la transmission. Mon combat, c’est celui de l’accessibilité."

Europe 1
Par Aurélie Dupuy