Lorànt Deutsch défend le renouveau du français : "Avant pour être sérieux, il fallait parler comme Patrick Poivre d’Arvor'"

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L'humoriste et passionné d'histoire Lorànt Deutsch était samedi l'invité d'Isabelle Morizet. Il décrit la langue de Molière comme mouvante, mais loin d'être en déclin. Et ce même si "autrefois, on disait 'Bonjour, comment ça va ?', aujourd'hui, on dit 'Wesh'".
INTERVIEW

Feu les échanges épistolaires, bonjour SMS fleuris d'émoticônes ? Si d'aucuns pensent que le français se meurt, ce n'est pas l'avis de Lorànt Deutsch, invité samedi de l'émission Il n'y a pas qu'une vie dans la vie. Selon l'auteur, passionné d'histoire, qui réédite une version enrichie de son livre Romanesque, la folle aventure de la langue française et en fait même un spectacle, le français évolue mais est loin de dépérir.

La langue, "ce qui fait de nous des Français"

S'intéresser à la langue n'a pas été un hasard pour Lorànt Deutsch. Féru d'Histoire, il a trouvé dans la langue un ancrage. "Je suis persuadé que les mots qu’on emploie sont ce qui définit le mieux et infailliblement nos origines. Aujourd’hui, parler de l’identité, c’est tabou. (…) Le problème, c’est qu’on vient quand même de quelque part. Qu’est-ce qui nous rassemble ? Moi, je pense que c’est notre langue. Plus que tout autre chose, voilà ce qui fait de nous des Français", théorise-t-il, avant de souligner que l'ancêtre des Français est bien davantage à chercher du côté des Romains que des Gaulois, n'en déplaise à Astérix et Obélix.

Entendu sur europe1 :
Avant pour être sérieux, il fallait parler comme Patrick Poivre d’Arvor

Cette digression effectuée, le rôle de la langue reste "l'usage", souligne-t-il. "En fait, c’est le peuple qui depuis toujours fait sa langue en fonction de ses besoins. C’est vrai qu’on est dans une époque où tout va vite. C’est internet, c’est frénétique, c’est l’immédiateté. Voilà ce qui caractérise le mieux les pulsions, les aspirations de notre époque. Aujourd’hui, on a le temps d’avoir 25 rendez-vous dans une journée, autrefois, on n’en avait un, deux." Cette accélération a ainsi des conséquences "jusque dans les mots, qui se réduisent, qui se contractent, qui se compriment, au point de devenir des sons, des tempos", glisse-t-il. "Autrefois, on disait 'Bonjour, comment ça va ?', aujourd'hui, on dit 'Wesh'".

"Ce qu'on perd dans le fond, on le retrouve dans la forme"

Ceux qui estiment cette contraction bien trop lapidaire crient à l'agonie de la langue. "On perd de la nuance, on parle avec moins de mots, il faut le reconnaître", nuance l'acteur. "Mais ce qu’on perd dans le fond, on le récupère dans la forme". "Avant pour être sérieux, il fallait parler comme Patrick Poivre d’Arvor, mais on est en train de retrouver de l’accent, du muscle, de la pêche, de la vigueur (...) On ne s’éloigne pas de la langue française, elle ne se défait pas, elle continue à se faire comme elle l’a toujours fait (...) La langue française n'est pas en train de mourir", affirme-t-il.

Entendu sur europe1 :
La plupart des mots importants qu’on retrouve dans la langue anglaise, ce sont des mots français

"La moitié du vocabulaire anglais, ça vient de chez bibi ! C’est du français. On a de l’avance. Merci les Anglais, finalement, ils travaillent pour nous. C’est vrai qu’il y a des anglicismes, il y a 1.500 mots anglais à peu près aujourd’hui dans la langue française. C’est à la mode, c’est la langue globale de communication, on n’y peut rien", se résout-il. Mais il insiste sur l'impact du français chez nos anciens meilleurs ennemis : "La plupart des mots techniques, importants, officiels, juridiques, les mots en -ion- par exemple, qu’on retrouve partout dans la langue anglaise, ce sont des mots français. Juridiction. Election. Evolution. Revolution. Illusion…", cite-t-il en anglais avec un accent... français revendiqué.

Europe 1
Par Aurélie Dupuy