James Ellroy : "Je veux réécrire l'Histoire selon mon propre cahier des charges"

  • A
  • A
James Ellroy place l'intrigue de son dernier roman après l'attaque japonaise de Pearl Harbor, en 1941.
James Ellroy place l'intrigue de son dernier roman après l'attaque japonaise de Pearl Harbor, en 1941. © JOEL SAGET / AFP
Partagez sur :
Los Angeles, une nouvelle fois : dans son dernier roman, "La Tempête qui vient", l'écrivain américain James Ellroy fait évoluer ses personnages sous la pluie de la Cité des Anges. La noirceur de l'intrigue, elle, reste intacte, comme il l'a décrit au micro Europe 1 de Nicolas Carreau, dimanche, dans "La Voix est livre".
INTERVIEW

Un nouveau roman de James Ellroy, l'un des écrivains américains les plus connus, est toujours un événement. Le pedigree de l'auteur, quatorze romans au compteur avant La Tempête qui vient*, suffit à remplir les librairies pour les dédicaces et affoler le monde littéraire. De passage en France pour la sortie de sa dernière oeuvre, le deuxième volet de sa deuxième tétralogie sur Los Angeles, l'empereur du roman noir américain s'est confié au micro de Nicolas Carreau dans La Voix est livre, dimanche.

Pluie et corruption

Ceux qui ont l'habitude de naviguer sous les latitudes de James Ellroy ne seront pas déboussolés : il y a chez lui toujours autant de personnages immoraux, d'esprits tordus et de corruption. Et encore une fois, le décor se situe à Los Angeles, placée pour l'occasion sous une terrible pluie qui s'abat sans discontinuer sur la mégapole, 700 pages durant. "J'adore Los Angeles sous la pluie", insiste James Ellroy, natif de la Cité des Anges. 

" Tous les lecteurs malins comprennent tout ce que je fais "

La noirceur de l'intrigue, qui se déroule après Perfidia, n'en est que renforcée : après l'attaque de Pearl Harbor, en 1941, les Japonais sont traqués dans toute la ville californienne trempée jusqu'aux os. Dans ce contexte, la police trouve un cadavre à la faveur d'un glissement de terrain. L'enquête commence et le style tout en décomposition-recomposition d'Ellroy se déploie.

Une "superstructure" comme départ

Un style en trompe-l'oeil, justement, que le romancier promène depuis son premier succès mondial, Le Dahlia noir, en 1987. Les faits semblent s'enchaîner sans ligne directrice, au point de laisser penser à de l'improvisation littéraire. "Quand je me lance dans l'écriture, je sais exactement où se situera la fin", réplique James Ellroy. "Tous les lecteurs malins comprennent tout ce que je fais. Je ne vais jamais à l'encontre de la superstructure." Comprenez par là "un plan de 500 pages" où l'écrivain détaille "l'ensemble de l'oeuvre" qu'il va ensuite composer.

Dans sa superstructure, James Ellroy replace le décor historique autour de Los Angeles, bien sûr. Et son imagination fait le reste. "On ne peut pas écrire un roman historique convaincant en s'en tenant aux faits", croit-il. Alors ? Alors James Ellroy fait balancer le tout entre le pêché et la rédemption, avec une foi certaine en lui. "Je veux réécrire l'Histoire selon mon propre cahier des charges et je veux donner mon histoire à l'ensemble de la planète", porte-t-il. "Je ne m'intéresse pas au lecteur, je ne m'intéresse qu'à moi-même." 

*James Ellroy, La Tempête qui vient, éditions Rivages, 702 pages, 24,50 euros

Europe 1
Par Thibaud Le Meneec