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Romain David
Soixante ans après sa naissance, le héros moustachu imaginé par René Goscinny et Albert Uderzo est souvent cité pour sa capacité à résister "encore et toujours" à l'envahisseur. Alors même que le peuple gaulois est considéré par les historiens comme un modèle d'assimilation.
LE TOUR DE LA QUESTION

Astérix, le plus gaulois des Français, souffle en 2019 ses 60 bougies. Alors que débute jeudi le 46ème Festival International de la Bande dessinée d'Angoulême, sort mercredi deux nouvelles éditions collector d'Astérix le Gaulois, sa toute première aventure.

Un incroyable succès. Le héros au casque ailé est né le 29 octobre 1959, pré-publié dans la revue Pilote avant d'avoir le droit à un premier album en 1961, tiré à quelques milliers d'exemplaires seulement à l'époque. Six décennies plus tard, la sortie d'un nouvel album se fait à cinq millions d'exemplaires. En France, le dernier opus de ses aventures, Astérix et la Transitalique, s'est écoulé à 1,6 million d'albums, soit trois fois plus, par exemple, qu'un livre de Guillaume Musso qui domine pourtant régulièrement les ventes de roman. "C'est devenu un achat réflexe, comme on achète sa boîte d'œuf, on achète Astérix quand il sort pour l'avoir chez soi, le découvrir, l'offrir…", relève au micro de Wendy Bouchard dans Le Tour de la question, sur Europe 1, Matthieu Charrier, notre spécialiste bande dessinée.

>> De 9h à 11h, c’est le tour de la question avec Wendy Bouchard. Retrouvez le replay de l’émission ici

Un peuple à inventer. Un succès qui doit beaucoup à l'univers pseudo-historique, plein de fantaisie et de références a notre propre époque, reconstitué par les deux créateurs, René Goscinny pour le scénario et Albert Uderzo pour le dessin (ce dernier se chargera de faire perdurer seul la série après la disparition de René Goscinny en 1977, avant de passer le flambeau, en 2013, à Jean-Yves Ferri et Didier Conrad). Après avoir un temps envisagé d'écrire une bande dessinée sur la Préhistoire, le binôme a préféré choisir une période sur laquelle le neuvième art ne s'était pas encore penché. "Ils sont partis d'un moment de l'Histoire que l'on connaissait assez mal dans les années 1960. Les Gaulois avaient trois défaut principaux : ils n'écrivaient pas, donc ils n'ont laissé aucune trace, ils construisaient en bois donc ils n'ont pas laissé de vestiges, et ils ont perdu la guerre contre les Romains ", explique, également dans Le Tour de la question, Bernard-Pierre Molin, auteur d'Astérix, les vérités historiques expliquées.

Une allégorie de la résistance. La seule source longtemps utilisée pour parler des Gaulois a donc été la Guerre des Gaules de Jules César. Or, le général romain s'y montre particulièrement laudatif de façon à mettre également en valeur, par extension, la force de ses armées qui ont réussi à battre un si grand peuple. Cette vision est reprise, et même exacerbée, par le 19ème siècle pour des raisons politiques, dans un contexte post-révolutionnaire. "Les Gaulois sont revenus dans l'histoire avec un historien qui s'appelle Augustin Thierry.  Pourquoi ? Parce qu'il fallait les opposer aux Francs. Le Gaulois était l'ancêtre du peuple, du Tiers Etat", explique François Durpaire, enseignant-chercheur à l'université Cergy-Pontoise.

De là ce constat, assez paradoxal, que fait François Durpaire : "Astérix, c'est le Gaulois mais vu par les Romains", à savoir un guerrier courageux mu par un fort esprit de résistance. Devenu de par son succès un élément du patrimoine français, Astérix est désormais régulièrement cité sous cet angle. Dernière exemple en date, la petite phrase d'Emmanuel Macron sur le "Gaulois réfractaire au changement", abondamment commentée.

Astérix, un Romain en devenir ? Ironie du sort, l'historien moderne considère davantage le Gaulois comme un modèle d'adaptation et d'assimilation. "Il y a un élément des Gaulois que l'on ignore un peu, c'est leur capacité d'adaptation au changement", pointe ainsi François Durpaire. "Ils ont accepté les Romains. Ils n'ont pas tous voulu se faire massacrer, ils se sont complètement adaptés à un autre mode de vie", relève-il. "En quelque sorte, Astérix, ou plutôt ses enfants, vont aux Thermes, ont les mêmes loisirs que les Romains, vivent dans des villes qui sont des mini-Romes", conclut-il.