Présidentielle : l’écologie, grande perdante du second tour

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Présidentielle : l’écologie, grande perdante du second tour
S’ils n’en parlent pas beaucoup, Emmanuel Macron et Marine Le Pen proposent tout de même une série de mesures concernant l’environnement. @ AFP
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Les deux finalistes de la présidentielle n’abordent presque jamais l’environnement, malgré un clivage notable entre eux sur ce sujet.

"C’est affligeant", lâchait, jeudi après-midi, Nicolas Hulot dans une interview au Monde, interrogé sur le silence des deux finalistes de la présidentielle autour des questions environnementales. Ni Marine Le Pen, ni Emmanuel Macron ne semblent, en effet, avoir repris le flambeau de l’écologie à Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon, qui avaient placé ce thème au cœur de leur campagne. "C’est assez affligeant. Moins de deux ans après l’accord de Paris (lors de la Cop21 ndlr), on est frappé d’amnésie. C’est une indifférence, un manque d’attention partagé par une grande partie de la classe politique et médiatique. Le thème de l’environnement et de l’écologie est resté à la marge de toute la campagne, avec une petite exception lorsque Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon étaient encore en course et ont permis de ‘déghettoïser’ l’écologue", déplore Nicolas Hulot.

On n'a pas évoqué beaucoup de sujets : l'écologie en fait partie
Emmanuel Macron

Un constat largement partagé par les observateurs. "L’écologie ne passe pas au second tour", titrait Libération mardi 25 avril. "L’environnement, grand absent de l’entre-deux tours", peut-on encore lire cette semaine sur le site Natura-Sciences et sur Le Monde. Pour Sciences et Avenir, "Le Pen et Macron oublient l’environnement".


Les deux finalistes de la présidentielle ont, en effet, très peu abordé l’écologie lors de ces deux semaines d’entre-deux tours. Mercredi soir, lors du débat, aucun des deux candidats n’en a fait mention. L’écologie ne faisait pas partie de la liste des termes abordés, qui avait été fixée en amont par les équipes des deux candidats. Et aucun d’entre eux n’a pris la peine de l’aborder de lui-même. "Transition écologique, transition démographique, transition du monde du travail, transition démocratique : perdus de vue", raillait ainsi le député socialiste Jérôme Guedj, mercredi soir sur Twitter. Une position partagée par deux nombreux commentateurs sur les réseaux sociaux :







"On n'a pas évoqué beaucoup de sujets : l'écologie en fait partie", a reconnu Emmanuel Macron lui-même, jeudi matin sur Twitter. Dans ses meetings, le thème n’est jamais apparu au premier plan, souvent relégué à quelques brèves déclarations en fin de discours. "Je veux qu'ensemble nous puissions défendre pour nos enfants aussi notre environnement dans cette mondialisation capitaliste qui, parfois, le détruit. C'est pour cela aussi que j'assume pleinement de poursuivre le travail que tu as conduis, Ségolène (Royal), en matière de transition énergétique et environnementale", déclarait-il lundi porte de La Villette, en présence de l’actuelle ministre de l’Environnement. Jeudi soir, il a défendu une transition écologique "sur le temps long", avec une nouvelle pensée pour "vos enfants et les générations à venir", mais sans dire un mot de ses propositions [Voir encadré].

Dans les meetings, la question n’a jamais été abordée par Marine Le Pen. La candidate du FN a toutefois évoqué le thème dimanche dernier, lors d’une visite surprise à l’usine Altéo de Gardanne (Bouches-du-Rhône), accusée de déverser des millions de tonnes de "boues rouges" dans les calanques de la région. Devant les portes du site qui lui sont restées closes, elle a promis une "planification écologique" défendue par un "Etat stratège", sans donner beaucoup plus de détails.

‘Effets d’annonce et mesurettes’ contre ‘ligne nationaliste’
Greenpeace

À part ça, ce fut silence radio. Et cela n’étonne pas les associations environnementales. "Aucun des deux candidats ne voit l’écologie comme une solution à des questions économiques et sociétales, comme l’emploi", déplore Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace France, cité par 20 Minutes. Avant le premier tour, l’ONG (qui a appelé vendredi à faire barrage au FN par une action spectaculaire sur la Tour Eiffel) avait déjà adressé de sérieuses critiques aux deux candidats.

"Effets d’annonce, mesurettes et engagements dans la continuité du quinquennat qui se termine : la recette d’Emmanuel Macron sur l’environnement est bien fade. Il se contente de surfer sur les vagues les plus consensuelles : un peu plus de bio, un peu plus de renouvelables", raille Greenpeace sur son site internet. "Le FN essaie de verdir son image afin d’élargir la base de ses soutiens. Mais Marine Le Pen maintient une ligne nationaliste et excluante, incompatible avec la notion même d’écologie", peut-on encore y lire.

Reste une question : les deux prétendants à la fonction suprême de l’Etat ont-ils raison de boycotter l’écologie ? Selon différentes enquêtes d’opinion, seuls 10% des Français font de ce thème une "priorité", loin derrière les questions économiques ou de sécurité. Le thème aurait pu, toutefois, servir à séduire quelques indécis. Environ 15% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon et autant d’électeurs de Benoît Hamon se disent tentés par le vote blanc, 44% des électeurs du premier et 21% de ceux du second n’étant même pas certains d’aller voter, à en croire le Cevipof. Or, selon Ipsos-Steria, l’environnement est une priorité pour 32% des électeurs de Benoît Hamon et 22% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, loin devant ceux qui ont déjà voté Emmanuel Macron (9%) et Marine Le Pen (3%) au premier tour.


Deux visions de l’écologie

S’ils n’en parlent pas beaucoup, Marine Le Pen et Emmanuel Macron proposent tout de même une série de mesures concernant l’environnement. Comme sur de nombreux sujets, les deux s’opposent sur la ligne générale, l’une prônant un "protectionnisme intelligent", l’autre misant davantage sur le "temps long" et l’investissement public.

Dans son projet, la candidate du Front national déclare ainsi vouloir maintenir le nucléaire et imposer un "moratoire" sur l'énergie éolienne, tout en développant "massivement" d'autres énergies renouvelables (solaire, biogaz, bois). Marine Le Pen veut par ailleurs interdire l'exploitation du gaz de schiste tant qu’il y aura des doutes sur sa nocivité, ainsi que les OGM. Partisane d’un "transition énergétique à la française", elle souhaite accorder des avantages fiscaux aux petits producteurs français (une TVA à 0% pour les éleveurs de moins de 100 bêtes, par exemple) et à la filière d’énergie renouvelable. Ambitieux, son programme contient toutefois peu de chiffrage détaillé. Enfin l'eurodéputée considère que l'accord trouvé à l'issue de la grande conférence sur le climat à Paris en 2015, ou "COP 21", est "bancal et inexploitable".

Dans le programme du candidat d’En Marche !, on trouve notamment un programme d’investissement public de 15 milliards d’euros pour la transition énergétique. Emmanuel Macron veut "atteindre 100% de plastique recyclé d'ici 2025", réduire progressivement la production nucléaire, augmenter le prix de la tonne de carbone émise par les industries, doubler la capacité en éolien et en solaire photovoltaïque d'ici 2022. Il envisage aussi une prime de 1.000 euros pour l'achat d'un véhicule moins polluant et une proportion de 50% d'aliments bio dans les cantines scolaires et d'entreprises. Principal reproche fait à l’ancien ministre de l’Economie ? La majorité de ses engagements ne sont que la concrétisation des promesses du gouvernement actuel.