Législatives : le troisième tour de la présidentielle a commencé

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Législatives : le troisième tour de la présidentielle a commencé
Les élections législatives auront lieu les 11 et 18 juin prochains. Et les grandes manoeuvres ont déjà commencé. @ PHILIPPE HUGUEN / AFP
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Après la présidentielle, les élections législatives arriveront très vite, dès juin. Et tous les partis fourbissent déjà leurs armes. 

L’élection présidentielle a été – et reste – incertaine ? Les élections législatives devraient l’être tout autant. Voire plus. Car une grande incertitude demeure quant à la capacité des deux finalistes de réunir derrière eux une majorité parlementaire solide. Ni Emmanuel Macron, à la tête d’En Marche !, ni Marine Le Pen, présidente - en congé - du Front national, ne sont donc assurés de l’emporter les 11 et 18 juin prochains. Alors tous, et surtout le Parti socialiste et les Républicains, revanchards après leur défaite de dimanche soir, se sont lancés la bataille. Sans oublier Jean-Luc Mélenchon, qui compte captilaiser sur les 19,6% obtenus dimanche soir. 

En Marche ! et Le Pen sûrs de leurs forces

Chez En Marche ! et au Front national, on n’est pas d’accord sur grand-chose, mais une chose, au moins, fait consensus. Au sein du mouvement d’Emmanuel Macron comme au parti de Marine Le Pen, la cause est entendue : celui qui remportera l’élection présidentielle se verra confier par les Français une majorité lors des législatives de juin. Une certitude qui les pousse tous deux à refuser, disent-ils, les accords d’appareil.

Le FN avec NDA ? En réalité, c’est plus compliqué que cela. Du côté du Front national, un accord n’est pas à exclure avec Nicolas Dupont-Aignan, si d’aventure le président de Debout la France venait à soutenir Marine Le Pen pour le second tour. Pour l’heure, les deux partis affirment vouloir présenter des candidats dans les 577 circonscriptions, mais les choses peuvent bouger, en favorisant des désistements pour le second tour, par exemple. Une chose est sûre, en cas de victoire comme en cas de défaite, le FN espère bien battre son record de députés obtenus, 35 en 1986. Mais à l'époque, le parti frontiste avait profité de la proportionnelle intégrale. 

En Marche ! a laissé de la place. De son côté, si Emmanuel Macron a prévenu que la moitié de ses 577 candidats seront issus de la société civile, il reste pas mal de place pour ses alliés du MoDem et pour des députés sortants qui l’ont rejoint ou sont tentés de le faire. Pour l’heure, une trentaine de députés PS l'ont parrainé pour la présidentielle. D’autres pourraient suivre. Les réformateurs du Parti socialiste, dont le chef de file est l'ancien Premier ministre Manuel Valls, sont ainsi convenus mardi à l’issue de leur réunion hebdomadaire de "créer les conditions d'une stabilité politique derrière Emmanuel Macron". Pas une demande officielle d’alliance, mais presque.

Le mouvement d’Emmanuel Macron a prévu de définir sa stratégie pour les législatives dans les prochains jours. Bienveillance vis-à-vis de députés sortants, intolérance pour d’autres ? Pour l'heure, la doctrine d'En Marche est de présenter des candidats même face aux "vallsistes". Réponses bientôt, donc. 

  • Revancharde, la droite rêve d’une cohabitation

En revanche, aucun sortant LR ou UDI n’a franchi le pas et s’est mis en marche. Car la droite rêve tout haut d’une alternance parlementaire et d’une cohabitation avec le(a) futur(e) président(e) de la République. "J'ai le sentiment que nos idées restent majoritaires", déclarait dès dimanche soir Christian Jacob, patron des députés LR, chargé officiellement de mettre en place une direction de campagne. Car il reste à s’organiser. Une hypothèse souvent évoquée donne François Baroin à la tête de la campagne nationale et le très ambitieux Laurent Wauquiez en dirigeant du parti. Selon Le Monde, les deux hommes ont conclu un pacte de non-agression. Voilà l’autre intérêt des législatives : repousser l’inévitable guerre des chefs qui secouera, à un moment ou à un autre, le grand parti de droite.

La question ne se pose même pas
Jean-Christophe Lagarde

Même état d’esprit du côté de l’UDI, le partenaire fidèle des Républicains. "La recomposition se fera après les législatives, pas avant", prévoit ainsi un député UDI auprès de l’AFP. Pas question donc de remettre en cause l’accord trouvé avant la présidentielle. "Nous avons évidemment nos candidats qui continuent leur campagne", a déclaré Jean-Christophe Lagarde sur LCI. Quant à un ralliement à En Marche ? "La question ne se pose même pas".

  • Au PS, Cazeneuve pour ne pas revivre 1993

Si la droite se veut ambitieuse, le Parti socialise est plus réaliste. Il s’agit surtout, pour le PS, dont le candidat a vécu une déroute dimanche soir avec 6,4% de suffrages, de ne pas revivre la débâcle de 1993, quand 57 députés seulement avaient été élus. Cette dangereuse mission pourrait être confiée à Bernard Cazeneuve, Premier ministre qui, fait rare rue de Solférino, fait à peu près consensus au sein du parti.

Le PS n’en est pas moins menacé de scission dans la future Assemblée, entre les pro-Macron d’un côté et les opposants à l’ancien ministre de l’Economie - s’il est élu - de l’autre. Et comme à la présidentielle, il aborde les législatives dans un étau, entre En Marche ! à sa droite et les insoumis de Jean-Luc Mélenchon à sa gauche. Le Premier ministre aurait donc fort à faire.

  • Mélenchon en leader de la gauche ?

Sur le papier, le candidat de la France insoumise aborde en position de force les scrutins des 11 et 18 juin, face à un Parti socialiste laminé.  De là à prendre le leadership à gauche, il y a un pas encore difficile à franchir. "Le vrai problème, c'est que l'électorat de Mélenchon a un rapport au parti relativement distant", souligne à Reuters Vincent Tiberj, professeur à Sciences-Po Bordeaux. "Ils peuvent bouger d'un parti à l'autre au sein d'un camp, clairement ce n'est pas un matelas de voix stable sur lequel il peut s'appuyer". La décision du quatrième homme de la présidentielle de ne pas prendre de décision seul pour le second tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen et de consulter sa base partisane peut être analysée comme une volonté de fédérer cette base comme de se poser comme l'opposant principal au favori Macron.

On a des ambitions à la hauteur de notre score
Danielle Simmonet, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon

Une chose est sûre, Jean-Luc Mélenchon ne répètera pas l’erreur de 2012. Fort à l’époque de 11,1% des voix, le Frant de gauche n’avait ensuite obtenu que dix députés. Exit l’association de partis et sa multitude de logos sur les affiches, place à la seule France Insoumise. Le mouvement n'a d'ailleurs toujours pas conclu d'accord avec le Parti communiste, au grand dam du parti de Pierre Laurent. Mais La France insoumise est sûre de sa force, et elle a prévu de présenter 577 candidats. "On a des ambitions à la hauteur de notre score", jure Danielle Simonnet, coordinatrice du Parti de Gauche et porte-parole de Jean-Luc Mélenchon.