Cette enquête qui met le FN face à ses contradictions

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Cette enquête qui met le FN face à ses contradictions
La sélection des candidats FN aux législatives n'a pas été aussi scrupuleuse qu'annoncée, à en croire une enquête Buzzfeed.@ JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP
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Au terme d'une longue enquête, Buzzfeed révèle les propos racistes, homophobes ou encore antisémites publiquement tenus sur les réseaux sociaux par une centaine de candidats FN aux législatives.

Avis de tempête sur les candidats FN. Les journalistes de Buzzfeed ont passé au crible les comptes Twitter et Facebook des 573 candidats investis par le Front national pour les législatives. Au terme de cette enquête fleuve, le site a épinglé une centaine de profils dont les publications sur les réseaux sociaux, toutes publiques, pourraient tomber sous le coup de la loi pour leur caractère tantôt raciste, antisémite ou homophobe.

Parmi les profils ciblés, citons celui de d'Alain Avello, spécialiste des questions d'éducation et membre du conseil stratégique de la campagne présidentielle de Marine Le Pen, suggérant en 2013 à un ami Facebook "d'essayer la zoophilie" avec Christiane Taubira. Celui de Bernard Sironneau, conseiller municipal FN de Valence, qui like le 8 août 2015 une caricature de la ministre, placardée sur une boîte de Banania avec le slogan "Y'a bon" - dans un commentaire, l'élu "ne trouve rien de raciste dans cette simple parodie". Celui de Joffrey Bollée, directeur de Cabinet de Florian Philippot et cité dans l'enquête européenne sur les assistants parlementaires du FN, qui estime en 2015 dans un tweet, rapidement supprimé, que l'animateur Laurent Ruquier, ouvertement homosexuel, "porte mieux les robes" que Marine Le Pen. Ou encore, le cas de Caroline Sicard, adjointe de Stéphane Ravier à la mairie de Marseille, postant la photo d'une fillette blonde avec le slogan "Say no to white genocide" (Dites non au génocide des blancs).

Une dédiabolisation ratée

Les commentaires de ce type abondent et mettent à mal l'image de respectabilité que veut mettre en avant un FN dédiabolisé. Ce n'est pas la première fois que le parti de Marine Le Pen crée la polémique en raison du profil sulfureux de certains de ses candidats aux élections locales. On se souvient ainsi de Damien Hameau-Brielles, candidat FN dans la Mayenne aux départementales de 2015, et qui s'était notamment mis en scène avec une arme, pointant la marionnette des Guignols de François Hollande.

Début 2016, Marine Le Pen affichait pourtant sa volonté de mettre un terme à ce genre de dérapage en nommant Jean-Lin Lacapelle "secrétaire national aux fédérations et à l'implantation". La mission de cette ancien directeur des ventes, ami de longue date de la présidente du FN : écarter toute brebis galeuse parmi les postulants à l'investiture frontiste pour les législatives. "Chacun me fait parvenir un dossier. Si le candidat est impeccable, on lance une procédure de validation par la commission d'investiture. S'il y a des doutes, le dossier est étudié plus sérieusement et le candidat est convoqué pour un entretien. Ceux qui doivent être écartés le sont", assurait en septembre le responsable au Figaro.

Le parti minimise le contenu des profils épinglés

Une sélection qui, visiblement, n'a pas été aussi scrupuleuse qu'annoncée. Et les conséquences pourraient être lourdes pour un FN qui, malgré 7,6 millions d'électeurs mobilisés au second tour de la présidentielle, se retrouve en mauvaise posture pour les législatives. Un sondage Opinionway pour Orpi, Les Echos et Radio classique publié le 1er juin place le parti en troisième position avec 18% des voix.

Ils disent la vérité sur l'immigration, sur l'islamisme, sur l'insécurité, mais ils ne tiennent pas du tout des propos racistes contrairement à ce qu'on entend
Nicolas Bay

Mardi matin, plusieurs responsables frontistes tentaient de désamorcer la polémique. Invité de Franceinfo, Nicolas Bay, secrétaire général du FN, a ainsi minimisé le contenu de ses révélations et pris la défense des candidats investis. "C'est totalement mensonger, s'est-il insurgé. "Ils disent la vérité sur l'immigration, sur l'islamisme, sur l'insécurité, mais ils ne tiennent pas du tout des propos racistes contrairement à ce qu'on entend", a-t-il estimé. Le responsable a notamment tenté de défendre le cas d'Agnès Marie-Ange, candidate dans la 10e circonscription de Lyon, qui a liké en 2015 le message : "Le ramadan, c'est le moment de l'année où les dealers ne sont pas disponibles avant 22h". "Elle veut simplement dire qu'il y a parmi les dealers un certain nombre de personnes de confession musulmane, mais ça c'est une évidence.", a déclaré Nicolas Bay, dénonçant une attaque politique : "On essaye de nous chercher des poux dans la tête".

Des exclusions en vue ?

Autre réaction, celle de David Rachline sur France Inter, jugeant également que le FN est devenu la cible privilégiée des médias. "C'est un travail qui a été réalisé pour les candidats du Front et qui n'a jamais été réalisé pour les autres, pourtant il y a des pépites puisque Monsieur Olivier Serva [candidat REM en Guadeloupe, ndlr] nous a expliqué il y a quelques temps qu'un homme qui faisait l'amour avec un autre homme c'était une abomination", a voulu rappeler le maire de Fréjus.

"Il y a un certain nombre de choses qui ne sont pas très honnêtes dans cette enquête", s'agace encore David Rachline pour qui les candidats cités n'ont pas été invités à se défendre. "S'il y a des propos inacceptables avérés, alors ces gens-là seront traduits dans des commissions de conflit qui les verront exclus de notre mouvement politique. C'est clair !", conclut-il.