La Légion d'honneur, plus haute distinction française

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Les histoires extraordinaires est une chronique de l'émission Europe 1 Week end
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La Légion d'honneur, créée par Napoléon est remise depuis deux siècles par le chef de l'Etat. Emmanuel Macron souhaite la réformer pour lui redonner du sens.

A la boutonnière, sous verre, ou sur un lit de mort, elle excite autant la convoitise qu’elle suscite la polémique, la défiance et le soupçon. Un point rouge sur un veston sombre, l’une des distinctions les plus renommées du monde. Une vanité française, un héritage bonapartiste. 1802, le calendrier est encore révolutionnaire. C’est l’An X, la peinture est néo-classique, l’esclavage rétabli dans les colonies. Les femmes ont les cheveux courts et bouclés, Napoléon est Premier Consul et débordant d’énergie. Il chamboule tout et instaure un nouvel ordre de Chevalerie après la chute de la Monarchie et la fin des privilèges accordés à la noblesse. 
L’idée d’une médaille pour réconcilier des Français brouillés et fourbus après dix ans de Révolution, une médaille pour récompenser les plus méritants d’entre eux. Un hochet dira son ministre de la Guerre. "C’est avec les hochets que l’on mène les hommes", lui répondra Bonaparte. Napoléon, pétri de culture antique, donnera à son hochet, le nom de l’ancienne distinction Romaine, la "Legio Honoratorum Conscripta". Une médaille avec son visage d’un côté et un Aigle de l’autre. Une devise efficace : Honneur et Patrie. Quelques feuilles de chêne et de lauriers pour la verdure. Une organisation en cohortes et les premiers légionnaires décorés en 1804 aux Invalides par l’Empereur lui-même.
Une première promotion exclusivement civile. La France applaudira, sans deviner que les trois-quarts des bénéficiaires suivant seront, pendant tout l’Empire, des militaires. Pendant dix ans, la Légion de l’Empereur connaîtra un formidable succès populaire. Chacun imaginant pouvoir décrocher le précieux pompon Républicain. En argent pour les simples légionnaires, en or pour les plus hauts gradés. Personne ne remarquera alors que sous ses dehors antiques, la médaille s’inspirait pas mal aussi de l’ancien Régime, avec son étoile aux cinq doubles rayons de l’Ordre du Saint-Esprit et son Ruban Rouge de l’Ordre Militaire de Saint-Louis. Du neuf avec du vieux, toujours la même histoire. 
Une fois Napoléon à Sainte-Hélène, Louis XVIII se contentera de changer l’effigie de la décoration, de faire frapper le profil d'Henri IV à la place de celui l’Empereur. Deux siècles plus tard, la Légion d’honneur est un peu ternie, souvent galvaudée, parfois salie. Une médaille plus souvent associée à la fortune, au piston et à la jactance de ses récipiendaires qu’à leurs vertus, leurs talents et leurs mérites. Pourquoi ? A quel titre ? Les questions reviennent 1.000 fois chaque année à la lecture des promus qui l’acceptent pratiquement tous sans rechigner.
On oubliera ceux à qui on l’a retirée, un Maurice Papon indigne, ou un Harvey Weinstein qui ne devrait plus conserver la sienne très longtemps, même si la Rosette convenait bien au Cochon d’Hollywood. L’Honneur passant souvent par le refus, on ne dressera pas la liste de tous les Maupassant, Monnet, Nerval, Courbet, Berlioz, Bernanos, Camus, Clavel, Bourvil, Ferré, Tardi, Bardot et Deneuve qui ont décliné le ruban rouge. Mais nous entendrons les arguments de quelques uns de ces résistants.

Un Pierre Cury n’en voyait tout simplement pas la nécessité, Sartre qui estimait que l’écrivain n’avait pas à se laisser transformer en institution. Aucun mérite et d’ordre à recevoir de personne, s’énervait Jean-Luc Godard. Un hochet à la boutonnière qui vous condamne aux bonnes manières, avec lequel ça la fout mal de tâter, flatter, des filles les appas, chantait Brassens. Marcel Aymé écrivit, de son côté, que "pour ne plus avoir à se trouver dans le cas de refuser d’aussi désirables faveurs, il priait les membres du gouvernement, qu’ils voulussent bien, leur Légion d’honneur, se la carrer dans le coin, comme aussi leur plaisirs élyséens".

Une catégorie, encore, ceux qui n’ont jamais été promus, qui auraient pu l’être mais qui avaient prévenu. Les mots de Coluche : "Si on me la donnait, j’irais la chercher en slip, pour qu’ils ne sachent pas ou me la mettre." "La Légion d’honneur, c’est comme les hémorroïdes, aujourd’hui n’importe quel cul peut l’avoir." Toute la poésie et la perspicacité de Jean Yanne qui n’en voulait pas. Une médaille ternie depuis longtemps, souvent galvaudée, parfois salie. Une distinction à laquelle il est sans doute temps de redonner un peu d’éclat, pour ne pas dire un peu d’honneur.