Mais non, Mr Juppé, la campagne n’est pas nulle !

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Alors qu'il soulève "la nullité du débat" imposé par Nicolas Sarkozy, Alain Juppé a tendance a oublier qu'il n'est pas au second tour de la présidentielle mais bien en campagne pour la primaire de la droite et du centre.

Dans un tweet, Alain Juppé a déploré, hier, la "Nullité du débat politique que soulèvent certains à droite et à gauche". "On débat des Gaulois! Et si l'on parlait d'avenir", a-t-il ajouté.

Pour notre éditorialiste, Yves Thréard, le débat n’est pas nul.

Mais non, Alain Juppé a tort : le débat n’est pas nul, il est tout simplement primaire.
Primaire, comme l’élection à laquelle il a voulu participer pour représenter la droite et le centre en 2017.
Alain Juppé s’est trompé de campagne, de niveau. Depuis deux ans, sûr de lui, il est parti la fleur au fusil comme s’il s’adressait à l’ensemble des Français, comme s’il convenait de rassembler, de la gauche à la droite, comme dans un second tour d’élection présidentielle. Erreur ! Avant de rassembler les Français, il faut d’abord rassembler son camp et c’est ce que tente Nicolas Sarkozy, qu’il vise évidemment par ces propos.
Sarkozy estime qu’en dehors de son clan de fans, c’est vers le Front national qu’il faut aller puiser des voix pour gagner la primaire. Les sondages semblent d’ailleurs lui donner raison.
Double erreur donc de Juppé car en accusant Sarkozy de nullité, il accuse aussi ceux qui flirtent avec le FN de nullité. Ils ne peuvent que prendre cela pour une insulte.

Mauvaise réaction donc ?

On n’a vraiment pas l’impression que Juppé connaît Sarkozy depuis 40 ans, il tombe dans tous ses pièges.
Sarkozy, bête de campagne et médiatique, impose son tempo et ses thèmes, comme il le veut.
C’est la sécurité, l’identité française sur fond de menaces islamistes quotidiennes. La réalité est là, l’électorat de droite veut des réponses.
Et que fait Juppé ? Il sort son identité heureuse et veut parler non pas du présent, mais de l’avenir.
Pour se faire comprendre, Sarkozy pratique la caricature et dit : "Dès que vous devenez Français, vos ancêtres sont Gaulois". Sous-entendu, je préfère l’assimilation des étrangers à l’intégration qui préserve les origines.
Et que fait Juppé ? Il réplique au lieu de passer à autre chose. Il commente comme un journaliste au lieu de détourner immédiatement le débat sur un autre thème choc.
Juppé a la réputation d’être un brin suffisant mais là, il est très insuffisant.

Comment Juppé peut-il rebondir ?

Les sondages le montrent, la dynamique est du côté de Nicolas Sarkozy.
Je n’ai pas la recette mais quand on est le favori, on ne court pas après le second en disant que la partie est nulle.
Ce n’est jamais bon d’être mauvais joueur.