L’unité passe par la primaire ? Foutaise !

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
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Yves Thréard n'aime vraiment pas les primaires. Ce matin il fait le procès de cette "hystérie" politique !

Aujourd'hui on connaîtra les candidats autorisés à concourir à la primaire de la droite et du centre, l’occasion pour vous de faire le procès de ce système des primaires. Un système qui a ses limites ?

Effectivement, cette mode des primaires venue des États-Unis ne grandit en rien le débat politique. Je dirais même qu’elle est dangereuse. Ses partisans disent qu’elle introduit de la démocratie dans la vie des partis, qu’elle permet de choisir le meilleur de son camp, qu’elle évite l’émiettement des candidatures. Foutaise ! Les primaires ne servent qu’à assouvir le carriérisme, la soif médiatique d’hommes et de femmes qui, pour la plupart, n’existeraient pas autrement. Ils seront donc sept ou huit à pouvoir concourir. Mais, sincèrement, ils ne sont même pas la moitié à avoir l’étoffe d’un candidat à la présidentielle. Les autres sont là pour se pré positionner afin d’obtenir après un ministère, un poste de chef de parti, une présidence d’assemblée pour service rendu. Ce service, c’est son ralliement au deuxième tour de la primaire.

Ce système est même dangereux, dites-vous ?

Cette compétition "hystérise" le débat, fracture les partis. Elle favorise leur décomposition, qui est d’ailleurs en cours chez les Républicains comme au PS. Comment croire qu’ils pourront gouverner ensemble après avoir lavé leur linge sale en famille, cogner comme des sourds les uns sur les autres ? Qui peut croire que le vainqueur fera la synthèse ? On a vu avec Hollande : cinq ans de politique incohérente, indécise, incapable de mettre tout le monde d’accord. Si Sarkozy ou Juppé gagne, Le Maire aura bonne mine, lui qui dénonce aujourd’hui le risque de retour du "Kärcher" du premier et l’immobilité heureuse du second. Et ce n’est qu’un exemple. En fait, les primaires servent à occuper l’espace médiatique au détriment de l’autre camp. On l’a vu en 2011 avec la gauche. Et la droite, c’est alors dit : tiens, on va faire pareil !

Cela peut faciliter la victoire à la présidentielle, ce fut le cas de Hollande ?

Pas toujours : Chirac a gagné contre Balladur, sans passer par une primaire. Giscard aussi, contre Chaban-Delmas. Encore une fois, la présidentielle, c’est la rencontre d’un homme ou d’une femme avec un peuple. C’est une alchimie, une relation de confiance. Pas le fruit d’un compromis partisan et programmatique. Enfin, et si c’est cela le sujet, la primaire de la droite comme celle du PS ne devraient pas empêcher Marine Le Pen d’être au second tour.