"Chichi" : l'ancien président que tout le monde aime

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
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Alors qu'il a été hospitalisé pour une infection pulmonaire, Jacques Chirac reçoit de très nombreux messages de sympathie.

Jacques Chirac vient d’être hospitalisé et les messages de sympathie sont nombreux. Pourquoi "Chichi" est-il si populaire depuis qu’il a quitté l’Élysée en 2007 ?

"Chichi", tout est dit dans ce surnom qui exprime l’affection et la familiarité, c’est "Chichi, on t’aime".
Aucun autre dirigeant politique, d’hier et d’aujourd’hui, n’inspire la même sympathie et n’est qualifié d’un surnom aussi tendre. Ce serait plutôt le contraire !
Jacques Chirac est aimé parce qu’il n’est plus dans l’univers politique, qu’il est âgé et malade, il est donc inattaquable à ce triple titre.
Et puis Chirac, il est terriblement français, c’est le grand-père de tout le monde.
Il a cette proximité que n’avaient ni de Gaulle, ni Mitterrand et que n’a pas plus Giscard d’Estaing.
C’était l’homme, quand il le pouvait encore, qui aimait les femmes, la bonne chair comme la tête de veau et boire un coup, qui adorait serrer les poignes et qui avait un rire communicatif.
C’était également celui qui avait de bons mots : "les emmerdes, ça volent en escadrille" ; "ça m’en touche une sans faire bouger l’autre". Chirac, il est "abracadabrantesque".
Enfin, il profite du désamour des Français pour leurs dirigeants actuels.

Vous voulez dire que c’est sa personnalité qui est d’abord apprécié ?

Bien sûr, c’est l’homme et non pas sa politique.
Qu’est-ce qu’il a fait d’ailleurs Chirac pendant ses douze ans à l’Élysée ? Il a supprimé le service militaire et empêché que la France ne s’embourbe en Irak en 2003.
Il a aussi reconnu la responsabilité de l’État français dans la rafle de Vel d’Hiv. Ce n’est pas négligeable, mais le chiraquisme n’existe pas.
Chirac est plus radical-socialiste que gaulliste.
Il n’a pas supprimé les 35 heures, il a souvent changé de pied, il a perdu le référendum européen de 2005 et ouvert Matignon à Jospin en 1997.
Certes, il a été obligé de cohabiter mais il a beaucoup péché par immobilisme, de peur de voir la France se diviser ou se désunir.

C’est l’homme du quinquennat aussi ?

Oui, et il l’a beaucoup décidé pour lui, pour ne plus avoir qu’un second mandat de cinq ans à effectuer.
Jacques Chirac, c’est le dernier grand président monarchique que les Français ont eu.
Il a été le dernier à avoir l’allure d’un monarque républicain, qui habitait le costume présidentiel avec élégance et forçait le respect. C’était un président du XXe siècle.
Beaucoup de Français ont la nostalgie de cette époque, c’est pourquoi ils aiment leur "Chichi".