Trump lâché de toute part

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En route pour la Maison-Blanche est une chronique de l'émission Europe soir
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De plus en plus de cadres du parti républicain lâche leur candidat à la Maison-Blanche.

Le nouveau héros de la campagne n’est ni Donald Trump, ni Hillary Clinton, mais un homme au pull-over rouge qui a posé une question à la toute fin du débat. Et depuis, il est absolument partout. Ken Bone, c’est son nom, est sur toutes les chaînes dès que l’on allume la télévision ou que l’on jette un coup d’œil sur les réseaux sociaux.

L'homme au pull-over rouge. Vous ne pouvez pas le rater, il enchaîne les interviews. Il est passé en quelques heures de zéro follower sur Twitter à plusieurs milliers. Pour juste quelques dizaines de secondes d'apparition dans le débat, mais qui ont donné le sourire à beaucoup d'Américains. Ken Bone était dans le public dimanche soir et faisait partie du panel d'électeurs indécis sélectionnés pour interpeller les candidats.

Dans un débat extrêmement violent après près d'une heure et demie d'échanges d'insultes, il est apparu avec sa bouille toute ronde, ses lunettes, sa petite moustache et son improbable pull-over rouge à demi-fermeture éclair. Et Ken Bone a posé une vraie question de fond ! Sur l'avenir énergétique du pays : "quelle politique allez-vous adopter à la fois pour préserver l'environnement et sauver les emplois ?". Notamment le sien, puisque Ken Bone travaille dans une usine de charbon. Et comme beaucoup de téléspectateurs, sans avoir eu de réponse, il était surtout désolé par le spectacle offert par Trump et Clinton : "On aurait presque dit papa et maman qui se disputaient. Voir ça de près, ça m'a mis très mal à l'aise. Mais si vous passez sur les noms d'oiseaux qu'ils s'échangeaient, je crois qu'il y a eu des réponses de fond ! C'est juste dommage qu'il ait fallu patauger autant pour y arriver".

Une impression tellement en phase avec celles de millions et de millions d'Américains qui ont vu ce moment comme LE moment. Ken Bone, l'homme qui a sauvé le débat, écrit le Washington Post. C'est d’ores et déjà une chanson.

D'autres moquent gentiment sa dégaine vestimentaire, puisque son pull-over rouge est en vente sur Amazon pour Halloween. Mais surtout, Ken Bone est l'électeur indécis par excellence : il hésite entre Trump qui, à ses yeux, empêcherait à son job d'être délocalisé et Clinton qui, pour lui, est mieux à même de défendre les intérêts de l'Amérique. 

Nous sommes complètement dans des questions de fond : intérêt personnel contre intérêt général. Et du coup, la presse américaine continue de suivre les interrogations de l'homme au pull-over rouge qui est, d'après le New York Times, sur le point de prendre sa décision.

Trump lâché de toute part. Dans le même temps, les cadres du parti sont de plus en plus nombreux à lâcher Donald Trump depuis l'affaire de sa vidéo aux propos obscènes tenus dans un bus. Paul Ryan, le chef républicain du Congrès a dit à ses troupes, en substance : "Sauve qui peut ! Chacun pour sa peau". Choisissez de soutenir ou non Donald Trump, en votre âme et conscience.

Et Trump répond, "bon débarras" ! Ses derniers tweets, comme d'habitude sans filtre : "Ça fait du bien de ne plus avoir de chaînes aux mains. Les Républicains ne savent pas gagner, je vais leur apprendre !". En effet, c'est surtout la base du parti qui est derrière lui. Les trois quarts des électeurs républicains veulent garder Trump comme candidat. Et, en cas de défaite, il y a un risque de règlement de compte. Comme le disent Marsha et Aaron, deux militants que j'ai rencontrés : "Je peux vous assurer qu'ils vont la sentir notre colère… dans les urnes, bien sûr".

Il y a une cabale de l'establishment et de ces politiciens de carrière qui n'aiment pas Trump parce qu'il n'est pas de leur monde. "Trump s'intéresse vraiment à ce pays, il s'intéresse aux électeurs. Mais beaucoup de ceux qui le critiquent et qui le laissent tomber ne s'intéressent qu'à eux-mêmes. Ils s'en moquent du pays et des gens", explique une électrice.

Trump continue de menacer Clinton. Et Trump continue de menacer d'emprisonner son adversaire Hillary dans ses meetings. Et là encore, les critiques viennent de son propre camp puisque ce sont des procureurs républicains qui l'avertissent : "La justice ne peut pas servir d'instrument politique. Les États-Unis ne sont pas une république bananière".

Chronique réalisée par Walid Berrissoul.