Trump lâché par un nouveau ténor républicain

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En route pour la Maison-Blanche est une chronique de l'émission Europe soir
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Le patron républicain de la chambre des représentants, Paul Ryan, a annoncé lundi soir qu'il ne défendrait plus Donald Trump. Un nouveau coup dur pour le candidat.

Beaucoup de choses se sont passées ce week-end aux États-Unis. C’est probablement le week-end le plus fou de la campagne alors qu’il s’est conclu par le deuxième débat entre Donald Trump et Hillary Clinton. L’un des plus vilains de l’histoire.

La campagne est entrée dans une autre dimension. On n'avait jamais vu un candidat arriver à un débat, à un mois du scrutin, aussi mal en point. Donald Trump, hué par son propre camp, lâché par des ténors de son parti, appelé même à renoncer à sa candidature par des élus républicains. Tout a commencé vendredi soir, un avis de tempête politique balaye l’ouragan Matthew des unes des médias : le Washington Post révèle une vidéo où l’on entend Donald Trump tenir des propos extrêmement crus sur les femmes, et sur sa manière d’obtenir des relations sexuelles.

"Sex and Politics". Le milliardaire est alors obligé de présenter des excuses à la télé, ce qu’il ne fait jamais. Tout le monde attendait donc de voir comment il allait s’en sortir lors du débat. Les journalistes américains avaient bien fait de conseiller aux parents de coucher leur enfants avant d’allumer la télé. La première demi-heure, c’était "Sex and Politics". La défense de Trump étant : je suis désolé mais le mari d’Hillary a fait bien pire. "Bien sûr que je ne suis pas fier de moi, mais quand vous regardez Bill Clinton, il n’y a jamais eu quelqu’un qui a autant abusé des femmes dans l’histoire politique. Et Hillary Clinton a attaqué ces femmes. Quatre d’entre elles sont là ce soir. Donc quand elle parle des propos que j’ai tenus il y a onze ans, je pense que c’est scandaleux. Elle devrait avoir honte d’elle-même."

Hillary Clinton n’a pas répondu sur son mari, mais elle a bien souligné la manœuvre grossière. "OK Donald, je sais que vous êtes dans la diversion ce soir. Vous ne voulez pas qu’on parle de votre campagne qui explose". Et si la candidate démocrate avait une occasion en or de mettre Trump K.-O., mais c’est lui qui a cogné le plus fort. Sur la scène du débat, Trump avait l’air d’un ours qui donne des coups de pattes, qui mord et puis qui rôde, en soufflant, d’un pas lourd, autour d’Hillary Clinton pendant qu’elle parle. Il a réussi à tout faire tourner autour d’elle.

Donald Trump a aussi promis de nommer un procureur spécial pour enquêter sur elle et l’affaire de ses emails privés. Hillary Clinton tente alors de répondre, mais il se fait menaçant. "Tout ce qu'il vient de dire est absolument faux, mais je ne suis pas surprise. Heureusement que quelqu'un avec le tempérament de Donald Trump ne fait pas la loi dans ce pays", argue la candidate avant que Trump ne réponde immédiatement, "car vous seriez en prison". Il est d’ailleurs très critiqué sur cette sortie, digne d’un dictateur en puissance qui met ses opposants au cachot.

Quel bilan pour cette stratégie ? Si on écoute les alliés de Trump, cette stratégie a bien fonctionné. "Il l’a mise K.-O.", affirmait fièrement en coulisses son meilleur porte-flingue Rudy Giuliani, l’ancien maire de New York. "Il s’est peut-être fait plaisir. Il peut même dire qu’il a gagné le débat, mais il n’aura pas gagné des électeurs en plus", pointe cependant le M.Sondage d’Hillary Clinton, Joel Benenson. "Il était incohérent. Je pense que les électeurs indépendants, ceux qui n’ont pas encore décidé, veulent entendre des idées concrètes. Trump a déblatéré sur la santé, sur la Syrie, sur Daech, mais ils veulent quelqu’un dont ils sentent qu’il a le tempérament, et la connaissance", a-t-il insisté.

"Trump reste en vie", pour le moment. La presse américaine titrait ce matin : "Trump reste en vie", mais pour combien de temps ? L’information de la journée, qui est tombée il y a une heure, c’est en effet l’annonce du patron républicain de la chambre des représentants Paul Ryan : il ne défendra plus Donald Trump. Il se concentrera sur les scrutins locaux pour garder une majorité au Congrès, ce qui revient à dire : il a perdu, sauvons les meubles.