Présidentielle : que retenir du grand oral éco des cinq grands candidats ?

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Les conseillers économiques des principaux candidats à la présidentielle étaient ce dimanche sur Europe 1 pour détailler quelques mesures de leur champion.

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Cinq représentants des cinq grands favoris de la présidentielle étaient ce dimanche sur le plateau du Grand-Rendez-vous d'Europe 1/Cnews/Les Echos pour défendre les programmes économiques de leur poulain respectif. Retour avec eux sur les mesures phares portées par chaque candidat dans le domaine économique :

Le revenu universel de Benoît Hamon : "On a un projet que l’on a enrichi" 

Mesure phare du candidat Benoît Hamon, le revenu universel a été la cible de ses concurrents pendant la primaire de la gauche. Lors de son passage dans l’Emission politique de France 2 jeudi dernier, l’ex-frondeur, qui peine à fédérer l’aile droite du PS, semble être revenu en arrière, évoquant une mesure "dégressive". "Il reste plus d’actualité que jamais, on a un projet que l’on a enrichi", veut rassurer Julia Cagé, professeur d’économie à Science Po Paris, et conseillère économique du candidat. "Le projet de la primaire était un projet concernant les 18-25 ans au 1er janvier 2018, et aujourd’hui le projet mis sur la table par Benoît Hamon va revaloriser au 1er janvier 2018 tous les salaires des Français jusqu’à 1,9 smic", explique-t-elle.

"L’ensemble des Français, jusqu’à l’âge de 18 ans, va se voir garantir, soit en bas de son bulletin de revenu universel, soit en bas de son bulletin de salaire dans le cadre du prélèvement à la source, déjà prévu pour le 1er janvier 2018, une ligne de revenu universel d’existence de 600 euros. Cette ligne sera immuable. Tous les mois, sans en faire la demande, vous aurez au bas de votre feuille de salaire ou de votre feuille de revenu universel, une ligne de 600 euros", assure l’enseignante. "À 1,9 smic vous sortez du dispositif", reconnait-elle cependant, tout en affirmant que cette mesure reste bel et bien universelle. Car "les Français, ce qui les préoccupe c’est que, à 1,9 ou à 2 smic, s’ils ont un accident de la vie, ils peuvent garder ce seuil immuable de 600 euros".

Une mesure chiffrée à 35.000 milliards d’euros. "On va ré-alouer une partie de l’ensemble du pacte de compétitivité du CICE, parce que c’est une usine à gaz. Entre 15 et 20 milliards vont être pris sur le CICE et l’ensemble des mesures du pacte de compétitivité. Ensuite, on assume de faire un peu de dette, un peu de déficit parce que l’on veut faire de la relance, parce que l’austérité ne marche pas. […] On va faire de 5 à 10 milliards de relance. Ensuite, on a des dispositifs innovants comme la taxe robot", détaille Julia Cagé quant au financement du revenu universel.

Marine Le Pen et la sortie de l’euro : "Une mesure de liberté nationale"

C’est l’une des propositions qui fait le plus réagir dans la campagne présidentielle, mais aussi l’une des plus contestées puisque trois Français sur quatre la désapprouvent, selon un sondage Elabe pour Les Echos. Marine Le Pen a fait de la sortie de l’euro le fer de lance de son projet économique.

"La sortie de l’euro, ce n’est pas seulement une question économique et technique qu’il appartiendrait à quelques technocrates de trancher. Il s’agit quand même d’une mesure de liberté nationale sans laquelle on ne peut pas mettre en œuvre le reste du projet", martèle Jean Messiha, haut fonctionnaire, docteur en sciences économiques et coordinateur du projet présidentiel de la candidate. 

La fille de Jean-Marie Le Pen prône la réintroduction d’un francs dévalué. Une mesure qui fait craindre une augmentation du coût de la vie pour les Français. "L’Euro est surévalué par rapport à la nature de notre économie. De l’ordre de 10 à 15 % selon les études", veut nuancer l'économiste. "La dévaluation, dans un second temps, entraîne aussi une baisse de nos exportations, et donc nous permet d’exporter d’avantage [sic]", assure-t-il. 

Jean Messiha soutient également qu’une sortie de l’Euro n’entraînera pas de hausse des taux d’intérêt, prenant pour exemple le Brexit même si celui-ci n’a pas encore été déclenché. "Prenez le cas du Brexit, quand la décision a été prise […] qu’est ce qui s’est passé ? Les taux d’intérêt britannique ont augmenté. Pourquoi ont-ils baissé par la suite ? Parce que la banque centrale britannique a fait une annonce par son gouverneur qui a dit : 'si le Spread [écart entre les taux, ndlr] continue à accroître, nous avons un bazooka monétaire que nous tenons à disposition [un assouplissement de la politique monétaire, ndlr]".

Macron et l'universalité de l'assurance chômage : "Un vrai système d’allocations conditionnelles"

Emmanuel Macron souhaite mettre en place une assurance chômage universelle, dont pourrait également bénéficier les non-salariés et les démissionnaires. "On veut aller vers un système à la danoise où tout individu, quel que soit son statut, ait le droit à des compensations lorsqu’il passe d’un emploi à un autre", déclare Philippe Aghion, professeur au Collège de France et conseiller économique du fondateur d'En marche !. Pourtant, l'ancien locataire de Bercy prétend pouvoir économiser jusqu'à 10 milliards d’euros avec cette mesure.

"Sur le plan des économies, on va avoir un meilleur contrôle du système de recherche d’emploi. On investit pour économiser. On va multiplier par cinq le nombre de conseillers, ça coûte de l’argent, c’est un investissement. On va recruter à Pôle emploi et avoir un vrai système d’allocations conditionnelles", explique Philippe Aghion. "On pense qu’avec ça, on économise 950 millions d’euros. On va retarder l’accès à la filière senior jusqu’à 59 ans et on va limiter à 12 mois le cumul indemnisation chômage/salaire d’activité", ajoute-t-il.

"On a un plan avec des économies d’un côté et une couverture plus large de l’autre", résume le conseiller. "Il faut un vrai système d’incitations et c’est tout l’esprit du projet d’Emmanuel Macron. C’est toujours par contrat. On facilite les choses, mais il faut que tout le monde joue le jeu".

François Fillon et la suppression de 500.00 fonctionnaires : "L’hôpital ne sera pas sanctuarisé"

Mesure polémique du candidat de la droite, la suppression de 500.00 fonctionnaires durant le quinquennat avait valu des débats houleux entre François Fillon et Alain Juppé durant l’entre-deux-tours de la primaire de novembre. Sur le plateau du Grand Rendez-vous d’Europe 1/Cnews/les Echos, Eric Woerth, veut rassurer sur ce point du programme, moins radical qu’il n’y parait, selon lui, et nécessaire à allègement de la dépense publique.

"Ce n’est pas la mesure phare. La mesure phare de François Fillon, c’est la compétitivité du pays. C’est le candidat de la croissance, de la croissance des entreprises et donc de la croissance du pouvoir d’achat. Avec la fonction publique, l’idée c’est de baisser la dépense publique", explique l'ancien ministre du Budget de Nicolas Sarkozy. "Le niveau de la dépense publique est trop important car il étiole la capacité d’investissement. 50% de dépenses publiques par rapport au PIB, c’est l’objectif de François Fillon, et il a raison !"          

"Les 500.000 fonctionnaires ne sont pas que des fonctionnaires, ce sont des postes publics, donc des fonctionnaires et des contractuels", souligne encore ce filloniste. "Sur les 5 ans du quinquennat, il y a 1,1 million de personnes qui partiront en retraite, ça fait beaucoup de monde. L’idée, c’est d’en remplacer 600.000 et pas les 500.000 restants", développe-t-il. Il évoque des suppressions "dans la fonction publique d’Etat, dans la fonction publique territoriale et dans la fonction publique hospitalière". "L’hôpital ne sera pas sanctuarisé", ajoute-t-il. "La règle, ce sera d’abord les emplois administratifs, et les emplois soignants selon la nature des hôpitaux".

"On n'est pas dans une logique comptable", veut encore faire valoir Éric Woerth. "Il y a aujourd’hui un pacte implicite de paupérisation de la fonction publique, nous on veut le remplacer par un pacte explicite de progrès pour la fonction publique, avec des agents publics mieux qualifiés, des qualités de vie au travail meilleures, des rémunérations meilleures […]. Cela va évidemment avec une augmentation du temps de travail". "On passera à 39 heures de manière progressive. Il y aura des négociations importantes, dès l’été 2017", promet-il.

Jean-Luc Mélenchon et les 100 milliards d’investissements, dont "50 milliards accès sur la transition écologique"

"Nous sommes les seuls à dire que dans le moment où nous sommes, il faut un grand plan de relance", explique Jacques Généreux, professeur à Sciences Po, coordinateur du programme de Jean-Luc Mélenchon, et auteur de Les bonnes raisons de voter Mélenchon. "Pourquoi ? Parce qu’il se trouve que nous subissons toujours les effets de la longue récession de l’économie européenne puis de la longue stagnation de l’économie française, provoquée par la crise financière, et le fait que nous n’ayons pas fait des politiques adaptées", développe-t-il, tout en fustigeant les politiques d’austérité conduites en Europe après 2007.

"Nous avons, du côté des dépenses, à peu près 170 à 175 milliards de dépenses nouvelles qui viennent de la nature de notre programme, en matière de service public, de retraite et de restauration d’un certain nombre d’emplois publics […]", développe le conseiller économique du leader de la France insoumise. "À côté de cela, nous avons un plan d’investissements de 100 milliards d'euros concentrés sur le début du quinquennat, qui consiste en 50 milliards accès sur la transition écologique, […] – c’est immédiatement un chiffre d’affaire massif pour les entreprises du BTP français avec des emplois à la clef – […] et l’autre partie de ce plan de relance est accès sur la rénovation des services publics et sur l’urgence sociale, c’est à dire la construction de logements, de crèches et de places en Epad pour les personnes âgées."

Ou trouve-t-il ces 100 milliards ? Via des réformes fiscales, avec notamment "une augmentation de la fiscalité sur les très hauts revenus et les très grosses fortunes. Il y a 33 milliards d’euros en impôts et en ressources nouvelles", des mesures concernant d’abord les revenus dépassant les 8.000 euros par ménage, précise Jacques Généreux. "Le reste c’est, pour une grosse masse, la récupération de niches fiscales et sociales inutiles. La Cour des comptes dit qu’il y a 160 milliards."