Trains, bus, voitures : comment la filière hydrogène se met en ordre de marche

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Parallèlement à des investissements massifs sur l'électrique, la filière hydrogène commence à se structurer en France, passant du statut de simple niche à celui d'alternative crédible aux moteurs thermiques.
ON DÉCRYPTE

Parallèlement à des investissements massifs sur l'électrique, la filière hydrogène commence à se structurer en France. En effet, une seule solution ne suffira pas si l'on doit se passer progressivement des moteurs thermiques. Et l'hydrogène est, doucement mais sûrement, en train de passer du statut de simple niche de recherche à celui d'alternative crédible.

Des projets dans chaque région

Cela va d'abord passer par les transports en commun, avec des bus à hydrogène. Une première ligne sera lancée cet été, dans l'agglomération de Lens. Ce sera du 100% français : Transdev pour l’exploitation, Michelin pour la pile à combustible et Engie pour la station à hydrogène. Et puis, il y aura aussi une expérimentation grandeur nature à Pau, en septembre. Preuve que l'État mise sur l'hydrogène : Emmanuel Macron doit faire le déplacement dans la ville de François Bayrou pour l'occasion.

Chaque région est ainsi en train de lancer ses projets. Onze ont déjà été retenus par l'ADEME, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie. Un groupe d'études vient en outre d'être créé à l'Assemblée, avec déjà une soixantaine d'élus. À la tête de ce groupe, Michel Delpon, député de la deuxième circonscription de Dordogne, est convaincu que miser sur l'hydrogène est une stratégie de long terme, présentant plus d'avantages que l'électrique.

Entendu sur europe1 :
L'hydrogène, c'est beaucoup plus efficace

"Je considère que le tout électrique, ce n'est pas du tout évident, par rapport à la batterie qui pose problème, en matière écologique, en matière d'importation - elle sera fabriquée à 80% en Chine, et surtout ensuite en matière de service, puisque la batterie a un problème de temps de recharge et un problème d'autonomie kilométrique", argumente-t-il auprès d'Europe 1. "Alors que l'hydrogène, c'est beaucoup plus efficace : zéro émission, temps de recharge immédiat, autonomie de 600 kilomètres, voire 1.000 à terme, et puis surtout, ça apporte une autonomie politique à la France sur le plan de l'énergie, pour en finir avec le pétrole du Moyen-Orient ou le gaz russe", conclut le député. 

Une production encore problématique

Tout cela se met en place un an après le "plan hydrogène" annoncé par Nicolas Hulot. Plus de 100 millions d'euros ont été investis par l'État, et on atteint déjà les 500 millions d'euros sur les onze projets choisis, en comptant les investissements privés. La France compte en effet des "champions" de l'hydrogène, à commencer par Air Liquide, qui est le leader mondial du secteur.

On entend beaucoup que l'hydrogène, c'est "zéro émission", et c'est vrai. Pour autant, cette technologie n'est pas encore 100% propre. La production de l'hydrogène reste en effet problématique. En France, 90% de l'hydrogène vient d'énergies fossiles, du gaz, donc la production d'hydrogène émet du CO2. L'étape suivante, qui est en train de se mettre en place, sera donc de produire massivement de l'hydrogène de manière vertueuse.

Des transports en commun mais aussi des voitures

Un projet de hub énergétique se prépare ainsi du côté de Bergerac, pour produire de l'hydrogène de manière locale et pouvoir en stocker. Cela devrait permettre de faire rouler les TER à hydrogène commandés par la région Occitanie, à l'horizon 2022. 

Autre initiative, en Île-de-France, une production locale a été lancée à partir de l'énergie d'une usine d'incinération de Créteil. Le projet est piloté par le Sipperec, syndicat d'énergie d’Île-de-France, dont le président, Jacques Martin, imagine déjà une production à grande échelle dès 2021. "On produirait 300 tonnes par an d'hydrogène, ce qui permettrait de couvrir, par exemple, les besoins de 100.000 kilomètres-jours de véhicules légers, ou les besoins journaliers de 40 bus, ou encore de 300 taxis, et peut-être plus dans le futur, si tout se passe correctement", explique-t-il. 

Les taxis, ce sont les taxis Hype, lancés par Air Liquidue. Une centaine circule déjà à Paris, et l'objectif est d'en avoir près de 600 fin 2020. 

Si l'hydrogène passera d'abord par les transports en commun et les flottes de véhicules dans les collectivités, il faut également s'attendre à une montée en puissance côté voitures. Les deux constructeurs les plus en pointe, Toyota et Hyundai, prévoient, à partir de 2021, une production annuelle de 30.000 voitures à hydrogène. C'est 10 fois plus que maintenant. Peugeot va de son côté commercialiser une gamme d’utilitaires, alors que les Allemands Audi et BMW vont lancer, à leur tour, un modèle de série.

Des infrastructures à développer

Et tout cela se développe quand les infrastructures suivent, les stations de recharge notamment. C'est ce que constate Pierre-Etienne Franc, directeur des métiers de l'hydrogène du groupe Air Liquide. "La voiture particulière existe dans d'autres pays. En Californie, vous avez plus de 5.000 passagers individuels qui utilisent des voitures à hydrogène, parce que la Californie est relativement bien achalandée, il y a une cinquantaine de stations, et le modèle a pris parce que la Californie a une réglementation qui impose aux constructeurs d'adopter des modèles zéro-émission progressivement", souligne-t-il.

"Au Japon il y a peu près 3.000 modèles individuels qui circulent, parce qu'il y a aussi un réseau d'infrastructures. En Allemagne c'est pareil - en Allemagne il n'y a pas assez de voitures, mais il y a un réseau d'une soixantaine de stations", poursuit le spécialiste.  

Côté français, l'objectif est de mettre en place des stations multi-énergies : pouvoir, au même endroit, proposer de l'électrique, de l'hydrogène ou du gaz naturel, le GNV.

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