Sécurité renforcée pour le Dakar 2023, vitrine pour l'Arabie saoudite

La 45e édition du Dakar aura lieu du 1er au 14 janvier
La 45e édition du Dakar aura lieu du 1er au 14 janvier © AFP
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avec AFP
Le Dakar, emblématique rallye-raid maintes fois exposé aux menaces sécuritaires et théâtre d'une explosion juste avant l'édition 2022, a renforcé son niveau d'alerte avant le départ samedi en Arabie saoudite de sa 45e édition, une vitrine pour Ryad.

À quelques heures du départ de la 45e édition du Dakar, les organisateurs renforcent la sécurité. Le niveau d'alerte a été revu à la hausse face aux menaces sécuritaires. "On recentre tout le monde, et on se concentre sur le bivouac, c'est ce qu'on a fait pour tenir compte de ce qui s'est passé l'an dernier", commente le patron de l'épreuve David Castera, en référence à l'explosion qui a visé le Dakar 2022 à Jeddah, deux jours avant son départ.

Contrairement à la tradition, les vérifications techniques des véhicules et le départ se font donc non pas de Jeddah, deuxième ville de la riche monarchie du Golfe, mais d'un vaste bivouac plus au nord, sur les rivages de la mer Rouge, entouré de grillages et dont la police anti-explosif vérifie l'accès.

Une course ciblée

Depuis son premier départ en 1978, l'ex Paris-Dakar a été ciblé à plusieurs reprises au point que pour sa 30e édition, entre Lisbonne et Dakar, les "menaces directes lancées contre la course par des mouvances terroristes" avaient contraint les organisateurs à annuler à la dernière minute. La course s'était l'année suivante délocalisée en Amérique latine.

Enraciné dans les sables saoudiens depuis 2020 pour un contrat de cinq ans, le Dakar n'est pas pour autant à l'abri des risques. Le royaume ultraconservateur dirige en effet une coalition militaire engagée au Yémen voisin en conflit depuis 2015, et connaît des tiraillements internes.

 

Enquête ouverte en France

"Importante dans le royaume il y a 15-20 ans, la menace terroriste a considérablement diminué", affirme Jon Alterman, du Center for strategic and international studies. "Certaines des menaces les plus sérieuses viennent du Yémen", et al-Qaïda et le groupe Etat islamique (EI) "n'ont pas beaucoup de portée dans le royaume à ce stade".

Le 30 décembre 2021, le pilote français Philippe Boutron a été grièvement blessé par l'explosion de sa voiture à Jeddah, près de l'hôtel où lui et les cinq autre occupants du véhicule venaient de passer la nuit. L'équipage se dirigeait vers le stade où avaient lieu les vérifications, deux jours avant le coup d'envoi du Dakar 2022.

Quant aux circonstances du "gros choc" et de "la bombe" évoqués par Philippe Boutron, le flou demeure. Dès le début, Paris a souligné que "l'hypothèse d'un acte criminel" n'était pas écartée.

Une enquête a été ouverte en France pour tentative d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste, et confiée en novembre à un juge d'instruction. Dès février, une source proche du dossier indiquait que la seule explication possible à l'origine de l'explosion était due à un "engin explosif improvisé".

 

Diffusé par 70 chaînes

Les enquêteurs ont "la certitude que l'explosion était criminelle, mais il n'y a eu aucune revendication", avait rapporté à l'AFP une source proche du dossier mi-novembre. Selon cette source, "l'enquête essentiellement menée par les Saoudiens n'a pas débouché". Ryad, qui a affirmé dès le départ qu'il s'agissait d'un "accident", n'a pas répondu aux sollicitations récentes de l'AFP.

L'Arabie saoudite va donc "tout verrouiller" cette année, prédit Agnès Levallois, maîtresse de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique, car "ils ne peuvent pas se permettre d'avoir le moindre accroc sécuritaire, en termes de crédibilité, ça remettrait en cause toute leur stratégie du soft power qui passe par le sport".

Avec la stratégie du prince héritier Mohammed ben Salmane baptisée "Vision 2030" pour diversifier une économie dépendante du pétrole, les règles interdisant notamment les grandes compétitions sportives s'assouplissent pour aussi doper le tourisme du royaume historiquement conservateur et fermé.

Avec cette épreuve diffusée par 70 chaînes de télévision à travers le monde, les Saoudiens "jouent gros" dans l'espoir de décrocher un jour l'organisation des Jeux olympiques, à défaut de devenir le premier pays du monde arabe à accueillir le Mondial de football, honneur revenu le mois dernier au petit émirat voisin du Qatar.