ÉDITO - Open d'Australie : pour Nick Kyrgios, il est temps de "casser la baraque" après les raquettes

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Pour l'Open d'Australie, qui vient de débuter, Nick Kyrgios est chez lui. Cette année, le natif de Canberra espère briller après d'innombrables coups de sang et sorties de route. Parce qu'il a mûri, et parce qu'il montre désormais un autre visage capable de libérer tout son potentiel, veut croire notre éditorialiste Virginie Phulpin.
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Si l'Open d’Australie de tennis a commencé lundi, c'est mardi que Nick Kyrgios entre en lice. Pour l'enfant terrible du tennis mondial, âgé de 24 ans, il est temps de tourner la page de l'immaturité sur les courts pour se focaliser sur son jeu, brillant par moments. Notre éditorialiste Virginie Phulpin analyse le profil de ce joueur haut en couleurs. Colérique, détesté, instable… Mais aussi, et c'est nouveau, généreux et altruiste, comme il l'a montré face aux incendies qui ravagent encore la côte est de son pays.

"Encourager Nick Kyrgios, c'est mon défi du jour, et il y a du boulot. Pour l’instant, l'Australien est l’un des sportifs les plus détestés au monde, même dans son pays. Le journal australien Herald Sun a demandé à ses lecteurs fin décembre quels sportifs ils haïssaient le plus. Oui, c’est un peu bizarre comme sondage. Et Nick Kyrgios arrive à la deuxième place, juste derrière Oscar Pistorius. Ça fait au moins une ligne dans son palmarès assez famélique de 30e joueur mondial pour l’instant. L’Australien peut battre n’importe qui, il a Djokovic, Nadal et Federer à son tableau de chasse. Mais il peut aussi perdre contre n’importe qui. De l'importance d’être si peu constant, ça pourrait être sa maxime.

Nick Kyrgios, c’est un peu le Benoît Paire australien, en surmultiplié. On ne sait jamais ce qu’il va se passer. Ou plutôt, on sait que le pire peut arriver. Il peut insulter l’arbitre, son adversaire, ou le public. Il peut aussi casser ses raquettes, dire qu’il déteste le tennis et ne jamais s’excuser. Ça, c'est sa seule ligne de conduite. Alors forcément, il détonne dans le milieu du tennis, mais c'est ce genre de personnage entier et nature qui peut attirer les plus jeunes vers le tennis, à condition de ne pas se limiter à cette caricature de sale gosse. C’était marrant quand Nick Kyrgios venait de débarquer sur le circuit, ça nous apportait un peu de fraîcheur déjantée. Mais là, ça commence à lasser, ces provocations permanentes. La crise d’ado, à 24 ans, on arrête peut-être, Nick, non ?"

Des failles et un cœur

"Il aime beaucoup jouer au gros dur, Nick Kyrgios, mais là il vient de nous montrer des failles. Et moi ça m’a touchée. On l’a vu en larmes sur le court lors de l’ATP Cup, en Australie. Il est né à Canberra, et en évoquant les incendies et l’air toxique au-dessus de sa ville, il a craqué, pour la première fois depuis qu’il est un joueur pro. Et ça n’était pas feint. Je trouve ça passionnant de voir un joueur se dévoiler comme ça, sous nos yeux, faire tomber l’armure.

En plus, derrière, il a assumé. C’est lui qui a eu l’idée d’organiser des exhibitions pour récolter de l’argent pour les victimes, lui encore qui donne 100 dollars par ace réalisé pendant toute la tournée australienne. Donc non, Nick Kyrgios n’est pas juste un enfant gâté qui crache dans la soupe du tennis. Les Australiens, et tous les fans de tennis, vont peut-être commencer à le voir sous un autre angle. Il peut être bête et méchant, mais quand on gratte un peu, heureusement, il y autre chose. On a compris qu’il savait casser des raquettes, maintenant j’ai envie de le voir casser la baraque."

Europe 1
Par Virginie Phulpin