Dakar : critiquée, l'Arabie saoudite lance son opération séduction

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Dakar, Arabie saoudite, FAYEZ NURELDINE / AFP 1280 5:00
Abdulaziz bin Turki Al Saud, président de la General Sports Authority, s'est exprimé lors de la présentation du Dakar 2020. © FAYEZ NURELDINE / AFP
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A partir de 2020, le Dakar se déroulera en Arabie saoudite. Face aux critiques, le pays veut profiter de l'événement pour redorer son blason et montrer son "véritable visage".

La prochaine édition du Dakar a été officiellement présentée jeudi en Arabie saoudite. C'est dans le vaste désert saoudien qu’aura lieu le célèbre rallye-raid à partir de 2020 et pour cinq ans. Une alliance qui suscite déjà des critiques, en pleine guerre au Yémen et après l’affaire Khashoggi. La Ligue des droits de l’Homme a notamment demandé à France Télévisions de renoncer à diffuser le Dakar.

ASO, l'organisateur du Dakar, a profité de cette cérémonie pour mettre en place une opération de communication en faveur de l'Arabie saoudite. Illustration faite notamment avec le lieu choisi pour cette présentation, à Al-Qiddiya, en plein milieu d’un désert rocailleux, à plus d’une heure de route de Riyad. L'arrivée de la dernière étape du Dakar 2020 aura lieu là-bas, et c’est là que le Royaume veut bâtir le plus grand parc d’attraction au monde, avec des manèges, des safaris, des terrains de sport…

Il s'agit de l'un de ces lieux que le pays veut mettre en avant avec le Dakar. A entendre certains passages du discours du prince Khalid bin Sultan Abdullah Al Faisal, président de la Fédération saoudienne de sport automobile, le message est assez clair : "Grâce à Dieu, le Rallye Dakar va montrer au monde le véritable visage de l’Arabie saoudite."

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"Ce sont toujours les chose négatives qui font parler"

Si le Royaume doit montrer son véritable visage, cela signifie-t-il que le monde se fait une fausse idée de l'Arabie saoudite ? "Moi par exemple, je me faisais une fausse image de la France. Je pensais que les Français étaient des gens malpolis. Mais je suis allé en France et j’ai vu qu’ils étaient sympathiques. Je pensais aussi que si j’allais aux Etats-Unis, quelqu’un allait forcément me tirer dessus dans la rue. J’y suis allé, et je suis toujours vivant. Ce sont toujours les choses négatives qui font parler. C’est pour ça qu’on s’ouvre, c’est pour ça que vous êtes ici, comme ça vous pourrez dire au monde ce que vous avez vu. Je suis sûr que, si Dieu le veut, vous avez beaucoup de bonnes choses", répond le prince Khalid bin Sultan Abdullah Al Faisal.

Lors de cette présentation, un long clip a notamment été diffusé pour promouvoir des paysages saoudiens, les dunes, les montagnes, qui promettent effectivement un superbe terrain de jeu pour les pilotes. Mais à Riyad, on voit également partout, sur les façades d’immeuble, les portraits de Mohammed ben Salmane (MBS), le fameux prince héritier, l’instigateur de cette politique d'ouverture. Il veut séduire la jeunesse saoudienne et le monde, notamment grâce au sport. Il a déjà fait venir le golf, le catch, le football italien, et donc maintenant, le Dakar. Mais MBS, c’est aussi celui qui est responsable du meurtre du journaliste Jamal Khashoggi, selon le Sénat américain. 

Le Dakar doit donc désormais gérer ce problème d'image. Le directeur de la course, David Castera, préfère pour sa part insister sur les bienfaits du sport. "Le sport réunit beaucoup de gens, beaucoup de monde. Il y a plus de 50 nationalités qui vont être présentes sur le prochain rallye. Il y a de l’entraide et il y a plein de notions qui sont très positives. Il faut attendre un petit peu et le développement se fera petit à petit", explique-t-il sur Europe 1.

"Les pilotes, nous sommes tous de très grands égoïstes"

Les pilotes (les stars du Dakar étaient également invitées à cette présentation) sont conscients eux aussi, dans quel genre de pays ils mettent les pieds. Mais Stéphane Peterhansel, le pilote français 13 fois vainqueur du Dakar, ne veut pas en savoir davantage : "Avant tout, c’est le sport que l’on regarde, l’endroit où l’on va s’exprimer, la bataille que l’on va mener avec les autres concurrents. C’est peut-être un peu égoïste, c’est même très égoïste. Les pilotes, nous sommes tous de très grands égoïstes. On pense plus à nous, à notre propre plaisir qu’au reste. Et je pense qu’il faut rester comme ça, autrement ça peut nous remuer la tête."

Il y a donc ceux qui ne veulent pas voir, et il y a celui qui a vu, et qui est convaincu. "Je pense que ça a été un peu dramatisé. Depuis que je suis arrivé ici, je me renseigne quand même beaucoup sur tout ce que l’on a entendu dire. On a posé des questions aux chauffeurs de taxis. Je pense que c’est effectivement un pays où il y a des règles strictes à respecter, mais je pense aussi que c’est un pays qui a vraiment une volonté de vivre avec son temps. Je ne me suis pas senti oppressé depuis que je suis ici. Je pense que ça va dans le bon sens et je suis vraiment rassuré à ce sujet-là", confie le motard français Adrien Van Beveren.

Un regard sur l’Arabie saoudite qui sera peut-être aussi celui des touristes qui viendront pour le Dakar. A priori, les étrangers pourront obtenir un visa pour l'occasion. Un grand changement puisque, jusqu'à présent, l'Arabie saoudite ne délivrait aucun visa, sauf pour les hommes d’affaires et les musulmans qui se rendent à la Mecque. Une ouverture pour les touristes qui accepteront de voir, en somme, ce que l’Arabie saoudite veut bien leur montrer.

Europe 1
Par Rémi Bostsarron, édité par Grégoire Duhourcau